Obama et le Proche-Orient

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Alors que le Hamas fête sa « victoire » avec un champ de ruine en toile de fond et que les Israéliens s'approchent de leur échéance électorale, Barack Obama s'adressait directement au monde musulman dans son discours d'investiture. Une première pour un président américain ! La guerre de Gaza, encore présente dans tous les esprits, influence forcément ses premiers jours en tant que président officiellement investi.

En effet, Barack Obama n'était pas encore entré en fonction le 27 décembre dernier, lorsqu'a commencé la guerre de Gaza. La position américaine, habituellement déterminante, a donc été laissée à une administration Bush à bout de souffle, qui s'est contentée de soutenir passivement le droit d'Israël à se défendre. Officiellement au nom du respect de la transition, Barack Obama ne s'était pas prononcé sur le conflit, même s'il avait promis de s'en charger dès le premier jour de son investiture. Dans sa campagne, il ne s'était pas vraiment engagé sur le conflit au Proche-Orient, clairement relégué au second plan derrière l'Iran, l'Irak et l'Afghanistan.

Historiquement, les Etats-Unis ont eu grosso modo deux grands objectifs au Moyen-Orient : assurer la sécurité de l'Etat d'Israël (pour des raisons politico-historico-stratégico-sociologico-économiques assez variées et complexes), et protéger les approvisionnements en pétrôle. Ces deux fronts ont rarement été contrôlés en même temps. Un exemple : en 1979, les Etats-Unis entérinaient la paix entre l'Egypte et Israël, mais la prise de pouvoir de Khomeiny en Iran rendait incertain la situation dans le Golfe. A l'inverse, alors que la situation au Proche-Orient se calmait au début des années 90 (fin de la guerre du Liban, à la veille des accords d'Oslo), les Etats-Unis déclenchaient la seconde guerre du Golfe suite à l'invasion de l'Irak au Koweit. Toutefois, les choses sont plus compliquées depuis 2001, dans la mesure où ces deux fronts sont ouverts simultanément depuis maintenant plus de sept ans: alors que la deuxième intifada mettait fin à la « paix d'Oslo », le 11 septembre annonçait le début de la guerre en Afghanistan puis en Irak.

Pour Obama, une difficulté stratégique s'ajoute à ce contexte difficile, puisqu'il doit se distinguer de George Bush sans créer de clivage prématuré au sein de l'opinion publique américaine. Quelque soit sa position, il n'avait rien à gagner à l'exprimer tant qu'il ne pouvait pas agir, ce qui explique son silence lors de la période de transition. Au contraire, il a tout intérêt à profiter de cette période comme d'un « répit », inespéré si l'on raisonne cyniquement ainsi, pour constituer une équipe solide et prendre le temps de consulter tous les experts nécessaires. Sa position n'ayant presque aucune chance d'être consensuelle, s'exprimer dès maintenant reviendrait certainement à exciter ses adversaires sans pour autant satisfaire ceux qui le soutiennent. Il doit agir efficacement sur le dossier palestinien sans compromettre ses objectifs de campagne. Un vrai champ de mines.

Les éléments à notre disposition sont malheureusement flous, voire contradictoires, pour l'instant. D'abord, et contrairement à ce qu'ont fait ses prédecesseurs, Obama est contraint de prendre en main le dossier palestinien dès maintenant et non pas en fin de mandat. Cela lui laisse donc quatre ans pour mettre en place ses ambitions dans la région.
Par ailleurs, Obama est entouré de conseillers, parmi lesquels de nombreux anciens collaborateurs expérimentés de Bill Clinton, par opposition au mouvement néo-conservateur qui avait fortement influencé Bush et conduit à la guerre en Irak. Il y a notamment eu la nomination par Obama de Daniel Kurtzer, ancien ambassadeur américain en Israël qui avait fait un travail important de négociation entre Tsipi Livni et les Palestiniens, et Dennis Ross, un ancien de Clinton qui avait joué un rôle important dans les négociations de Camp David.
Le nouveau président serait également favorable à des discussions indirectes avec le Hamas (selon The Guardian), une option jamais envisagée par l'administration Bush. Lors de sa campagne, il avait par ailleurs exprimé sa volonté de parler avec l'Iran, ce qui irait dans ce sens.
Cependant, on est aujourd'hui très loin de la situation du début des années 90 (heures de gloire de Bill Clinton), aussi bien du point de vue de la situation sur le terrain qu'au regard des enjeux domestiques. La crise économique est en effet la priorité annoncée d'Obama, qui aime à croire que « l'Amérique est de retour ».

On peut donc raisonnablement penser que la future administration de Barack Obama oeuvrera pour une relance du processus de paix. Il s'agit cependant de pures spéculations pour le moment. Si la question palestinienne est dores et déjà incontournable, elle est avant tout risquée politiquement, et les résultats hautement incertains. A l'heure actuelle, rien ne permet de dire si Barack Obama se contentera d'une gestion de crise, ou s'il mettra en place une politique audacieuse et durable, capable de relancer un processus de paix aujourd'hui très malade.

Elsa

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