La charité gouvernementale se moque de l’hôpital public !

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po


Si le monde nous envie la performance de notre système hospitalier et si les Français, dans leur grande majorité, continuent à croire en l’efficacité de l’hôpital public, cela n’est pas une raison pour en faire la victime des coupes budgétaires orchestrées par Bercy. La santé n’est pas une marchandise, et ne peut répondre à une logique comptable.

Dans son discours du 9 janvier 2009 de Strasbourg adressé aux personnels de santé de l’hôpital public, Sarkozy a rassuré, un temps. Il a d’abord vanté les mérites des professionnels de santé, à coups de « vous faites un travail exceptionnel » ou de « la France vous aime ». Puis il est rentré dans le vif du sujet, affirmant que « l’hôpital ne souffrait pas de manque de moyens, mais d’une mauvaise organisation ». Prenant la période 1998-2008 pour exemple, il a affirmé que le budget alloué aux hôpitaux publics avait augmenté de 50%, soit 23 milliards d’euros en 10 ans. Autrement dit, maintenant que le budget est élevé, on va pouvoir cesser de l’augmenter. C’est dans cet esprit que 20.000 postes d’administratifs et de personnels de santé des hôpitaux seront supprimés en France en 2009. Derrière le terme de « réorganisation », il faut voir ceux de « licenciement de personnels ». La baisse du budget dans l’hôpital public semble être une priorité pour le Président de la République. Il a voulu rassurer, il n’a fait qu’aggraver le malaise régnant parmi le personnel hospitalier.


Les manques de moyens sont tangibles pourtant. Les suppressions de postes sont une réponse à ceux-ci, alors que des services hospitaliers ne peuvent ouvrir faute de moyens et de recrutements. De plus, le chef de l’Etat en personne s’est permis de saluer « l’engagement exemplaire » des infirmières. Mais quand on voit les rémunérations des infirmières qui stagnent autour de 1500 euros par mois, et le travail astreignant et angoissant qu’elles ont à accomplir, on peut logiquement concevoir qu’un drame tel que celui du petit Yliès, mort le 3 janvier en raison de l’administration d’un mauvais médicament, puisse survenir. Selon Michel Lacher, secrétaire adjoint CGT des hôpitaux universitaires de Strasbourg, c’est lorsque l’on « est sur le fil du rasoir en termes d’effectifs, que l’erreur arrive ».  A la suite de l’apparition de ce décès, la réaction de la Ministre de la Santé Roselyne Bachelot, a été de jeter une nouvelle fois l’opprobre sur l’hôpital public et de faire porter la responsabilité du drame sur l’infirmière mise en cause. Cette manière de s’indigner de ce décès fut une façon de masquer la baisse d’effectifs et la financiarisation diminuée des hôpitaux prévue dans le projet de loi « hôpital, patients, santé et territoire ».

Un projet de loi que le Parti Socialiste ne peut soutenir !

Depuis 6 ans, le budget alloué à l’hôpital a augmenté. Mais cette augmentation s’est faite moins rapidement que celle de l’inflation, et tous les pays du monde ont également augmenté la part du PIB consacrée à la santé. Dans le même temps, l’instauration de la « tarification à l’activité » depuis 2005, qui détermine les fonds alloués par l’Etat aux hôpitaux, selon le type et la taille de ceux-ci, n’a fait que conduire les hôpitaux à des déficits importants, puisque les dotations de l’Etat prévues étaient sous-évaluées par rapport à leur coût réel. En pratiquant certains actes médicaux, les hôpitaux perdaient de l’argent.
En février sera débattue la proposition de loi intitulée « hôpital, patients, santé et territoire », que défendra Roselyne Bachelot. Cette loi est une dérive qui mène tout droit vers un « hôpital-entreprise ». Elle prévoit une redéfinition complète des missions de service public. Le secteur privé ne sera désormais plus considéré comme une entité participant au service public hospitalier, et les missions de santé seront assurées par tout établissement public ou privé. De plus, la rémunération individualisée des praticiens en hôpital sera mise en vigueur.

Ce texte apporte cependant des réponses concrètes. La création des Agences régionales de Santé (ARS), permettront une meilleure collaboration entre les villes et les hôpitaux. Le texte prévoit également la réforme de la formation médicale continue. Il faut se satisfaire de cette organisation des soins à l’échelon régional.
En revanche ce texte ne se contente que de traiter de la question des moyens. En raison de la nécessité absolue invoquée par le Président de diminuer les dépenses publiques, l’hôpital se doit de répondre aux problèmes qui lui sont posés, tout en évitant d’importants coûts. C’est pour cette raison que ce texte n’apporte que des réponses court-termistes aux enjeux soulevés touchant l’accès aux soins, et ne dessine pas d’objectifs clairs à long terme pour la Santé publique en France. Des éléments sont occultés par ce projet de loi, tels que l’augmentation de la population, son vieillissement et les migrations qui vont pourtant toucher la France et changer la demande de soins médicaux. Les maladies qui vont affecter davantage de citoyens au cours des prochaines années, comme les maladies cardio-vasculaires ou le diabète, ne sont pas prises en considération. La réforme HPST n’offre donc pas de réponse aux grands défis que l’hôpital devra relever. De même, la question de la prévention est à son tour ignorée. Dans les prochaines décennies, on sait que le nombre de cancers contractés va être en augmentation perpétuelle. Pourtant aucun moyen supplémentaire n’est prévu pour améliorer la prévention et ainsi éviter aux patients des dégâts supplémentaires. L’hôpital public n’est pas une administration comme les autres, et ne peut par conséquent répondre à une logique de rationnement économique.

La Santé publique doit être épargnée par les coupes budgétaires dans une nécessaire et cruciale réforme de la Santé. Les personnels de la santé, ainsi que les associations d’usagers et de malades doivent y prendre part. Il est nécessaire pour eux d’obtenir un rôle dans la prise de décision au sein des hôpitaux, car ils sont les premiers concernés par les décisions prises en comité de direction.  Pour obtenir une réforme efficace et un hôpital public pérenne, un meilleur maillage doit être mis en place avec des dotations différenciées, afin de répondre à la demande de soin, partout où elle existe. De surcroît, l’installation de médecins libéraux dans les zones où leur présence est réclamée doit être facilitée, voire contrainte dans certains cas. Contrairement à ce qui est prévu par cette loi, l’offre publique doit être maintenue dans les zones de démographie déclinante, subissant des difficultés économiques. Les financements de mission de service doivent être recréés. Trop longtemps des zones ont été délaissées invoquant le fait que le secteur privé pouvait tout aussi bien s’en charger ; l’hôpital public doit revenir dans ces zones où la demande de soin n’a pas diminuée. Enfin, une véritable politique de prévention doit être instaurée, préconisée par le milieu hospitalier dans son ensemble. Par de faibles coûts, des actes médicaux bien plus coûteux en termes de vies et d’argent peuvent être évités si une volonté politique existe.

3 exigences
Le contre-plan de relance du Parti socialiste « Agir vraiment contre la crise » publié le 21 janvier 2009, préconise l’abrogation de la tarification à l’activité pour assurer un financement pérenne aux hôpitaux, ainsi que le retrait du projet de loi « hôpital, patients, santé et territoire ». En outre, le PS propose le « lancement d’un plan de modernisation de l’hôpital public, d’un montant de 1,4 milliards d’euros, poursuivant les objectifs de l’égal accès aux soins pour tous et de la préservation du rôle de l’hôpital public au cœur de l’excellence du système de santé. » L’avenir de l’hôpital public ne doit pas être compromis. Ce n’est pas une question de moyens, mais une question de volonté politique.

 Aurélien S.

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