Obama n'a qu'une priorité : la relance économique

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Après les enjeux de la crise au Proche-Orient expliqués par Elsa et le volontarisme environnemental présenté par Romain, le dernier article sur les premiers dossiers auxquels le Président Barack Obama doit s'atteler revient sur le plan de relance de l'économie américaine qu iconstitue la priorité absolue pour Obama.

La victoire de Barack Obama le 4 novembre dernier était si belle et si nette qu’elle nous semble rétrospectivement logique et inéluctable. Il suffit pourtant de se replacer deux mois auparavant, à la fin de l’été, pour se rappeler le véritable tournant de la campagne. Jusqu’à la mi-septembre, les deux candidats étaient au coude à coude. McCain avait même une légère avance compte tenu de son expérience plus grande, à même de rassurer un pays toujours en guerre.
Puis le 15 septembre 2008, la banque d’investissement Lehman Brothers fait faillite et la spirale de la crise financière s’enclenche définitivement, engendrant des répercussions durables sur l’économie réelle. Alors que McCain propose de suspendre sa campagne, Obama se montre calme et déterminé, sentant que les sujets économiques lui seront plus favorables que la politique internationale. On peut reconnaître que la campagne d’Obama était celle de l’innovation, qu’il y avait un « moment » historique pour Obama, mais sans la crise économique, l’issue aurait peut-être été différente.
Par conséquent, il n’est pas étonnant de voir le Président et ses équipes se focaliser sur un vaste plan de relance de l’économie américaine. Dès le 8 janvier en Virginie, Obama a présenté son plan de relance, chiffré autour de 775 milliards de dollars. Contrairement à la solution adoptée par Nicolas Sarkozy en France, le plan Obama apporte à la fois un vrai soutien conjoncturel à la consommation des ménages américains et des réformes structurelles pour le pays et son économie. En revanche, on peut regretter qu’il soit essentiellement américano-centré.

La mesure la plus immédiate du plan Obama consiste à réduire de 1 000$ les impôts de 95% des Américains. C’était une idée avancée pendant la campagne, rendue nécessaire par la crise. C’est une mesure très chère pour les finances publiques : 40% du plan de relance ! Elle a le mérite de redonner (réellement !) du pouvoir d’achat à la population, là où le plan Sarkozy n’offre qu’un effet d’aubaine sur les achats de nouvelles voitures (ce qui a bien marché). Les socialistes ont proposé une redistribution plus directe de pouvoir d’achat pour soutenir les Français les plus démunis (nous y reviendrons la semaine prochaine sur le blog). L’effet de cette mesure du plan Obama est cependant critiqué par certains, y compris au sein du camp démocrate, pour son coût et son efficacité limitée. Les Américains sont surendettés et l’argent récupéré par les ménages américains risque de disparaître en remboursement d’intérêts plutôt qu’en consommation.
La deuxième partie du plan de relance de l’administration Obama vise le moyen et le long terme. Il s’agit essentiellement de nouveaux investissements de grande envergure dans les écoles et l'éducation en général (augmentation des bourses universitaires), les autoroutes, ponts et tunnels, les réseaux de communication ou encore l’énergie. Les objectifs annoncés sont le doublement de la production d’énergies renouvelables d’ici trois ans ou le réaménagement de plus de deux millions de bâtiments fédéraux à travers le pays afin de diminuer leur consommation énergétique et de faire économiser plus de deux milliards de dollars par an au budget des Etats-Unis. L’enjeu pour Obama est de créer ou sauver trois à quatre millions d’emplois. C'est urgent au regard de la situation : un million et demi d’Américains supplémentaires se sont retrouvés sans emploi entre son élection et son investiture et que le taux de chômage pourrait atteindre très vite les 10% !
À côté, la relance française fait pale figure : sur les vingt-six milliards d’euros annoncés par Nicolas Sarkozy et Patrick Devedjian, seuls cinq milliards d’euros environ concernent de nouvelles dépenses. Freiné par des conseillers obnubilés par la réduction des dépenses publiques, le gouvernement français a renoncé à l’ambition et ne fera qu’anticiper des dépenses déjà prévues pour accélérer quelques grands travaux. Obama a l’avantage d’être en début de cycle électoral et donc de pouvoir engager de grandes réformes. Contrairement aux pays européens, il se donne des marges de manœuvre en aggravant le déficit américain, qui atteindrait 8,3% du PIB en 2009. Mais toutes ces dépenses sont totalement justifiées selon lui : "Il est tout aussi certain que ne pas en faire assez, ou ne rien faire du tout, conduirait à un plus grand déficit d'emplois, de revenus, et de confiance dans notre économie".

Barack Obama l’a rappelé ses derniers jours : la relance de l’économie américaine est sa priorité. Son plan ne sera pas un remède miracle (en existe-t-il ?), mais il a le mérite d’être ambitieux, cohérent, et de répondre à la fois aux besoins immédiats des Américains les plus fragilisés par la crise et aux mutations nécessaires pour rebâtir une économie plus forte et respectueuse de l’environnement. Un grand silence reste à noter : l’absence du reste du monde dans ce plan Obama. La crise a été mondiale, ses causes et ses répercussions aussi ; les solutions devraient l’être également. Rendez-vous à Londres en avril pour obtenir des réponses à ce sujet, et voir si le changement porté par Obama s'étendra au-delà des Etats-Unis.


Val

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