Obama : la révolution est en ligne !

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Pour finir ce dossier spécial consacré depuis une semaine à l’élection puis l’investiture de Barack Obama, le blog revient sur les leçons que le Patri socialiste doit tirer de la victoire d’un candidat qui n’était pas favori, mais qui a su incarner le changement, à la fois sur le plan politique mais aussi dans la gestion de sa campagne.

La gauche française a perdu les trois dernières élections présidentielles. Le combat de 2012, s’il s’annonce difficile, n’est pas perdu d’avance. Pour gagner, le PS doit changer sa façon de faire de la politique, car après la victoire d’Obama, les campagnes ne ressembleront plus à ce que nous avons connu sous la Ve République. Je vous recommande la lecture du passionnant rapport de la mission de Terra Nova, dont je ne fais que reprendre certaines des principales conclusions.


L’une des principales raisons du succès de Barack Obama est son écrasante victoire financière. Avec 750 milliards de dollars, le coût de sa campagne est plus de deux fois supérieur à celui de son rival républicain. Les Etats-Unis et la France se distinguent pour le moment sur ce terrain. Attachée à l’égalité de tous les candidats, la France s’est dotée d’un cadre très strict pour le financement des élections : les campagnes, remboursées pour moitié par l’Etat, sont limitées à vingt millions d’euros de budget… à comparer avec les trente millions de dollars consacrés, chaque jour, aux seules publicités télévisées par l’équipe d’Obama !
La critique traditionnelle (et tout à fait fondée) que nous faisons au système américain est l’explosion des coûts et le risque de dépendance d’un président élu vis-à-vis des lobbies ou entreprises qui ont cofinancé sa campagne. Terra Nova propose d’ouvrir la possibilité de recourir au micro-financement par les partisans, avec un système de dons limités à 4600€ par personne et interdit aux entreprises. Nicolas Sarkozy y pense pour sa future campagne, nous devons à notre tour nous préparer à cette alternative.


Après le financement, la communication et la mobilisation des électeurs. La dernière élection française a ouvert la voie, avec l’essor des blogs, vidéos politiques et autres forums qui échappent à toute règle de limitation comparable aux exigences d’égalité de temps de parole à la radio et à la télévision. Cela permet de s’adresser directement aux électeurs et de contourner les médias traditionnels, surtout lorsqu’ils sont défavorables, mais aussi d'organiser le travail militant, comme l'équipe d'Obama l'a fait avec le réseau social MyBO. Sur ce point, la campagne de Ségolène Royal a été novatrice en 2007. La démocratie participative, la délégation d’une partie de la campagne aux sympathisants et aux militants, le site Internet Désirs d’avenir  formaient déjà des recettes qui seront désormais utilisées dans toutes les campagnes électorales.
Plus polémique et moins connu du grand public, la création du fichier Catalist a été l’arme absolue d’Obama. En recoupant des banques de données politiques et commerciales et le travail sur le terrain de plus d’un million de militants, l’équipe démocrate a personnalisé le message politique pour chaque « électeur-consommateur » indécis grâce à plus de cinq cents données personnelles enregistrées ! La France est plus réticente sur le domaine de la protection des libertés privées, mais Terra Nova rappelle que la loi permet en partie aux partis politiques de recourir à un tel fichage.


Faut-il un « parti de masse » ou un parti de militants traditionnels ? Faut-il ouvrir le financement de la campagne aux contributions des électeurs ? Quel arbitrage entre égalité de tous les candidats et qualité de la campagne des meilleurs ? Faut-il des primaires ouvertes de toute la gauche dès 2011 pour avoir le temps de s’unir et de convaincre les Français sur nos alternatives à Sarkozy ?
Ces grandes questions, auxquelles s’ajoute la fatidique interrogation au sujet de la personne qui nous représentera, ne sont pas tranchées au PS. Nous devons commencer à en débattre dès aujourd’hui si nous voulons avoir toutes nos chances. Toutefois, le financement et l’infrastructure militante seront nécessaires mais naturellement insuffisants pour être porteurs d’un véritable changement : le plus important sera notre candidat ou candidate et notre programme.


Val

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