La droite sombre dans l’imbroglio universitaire

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po


Sarkozy a réussi, grâce au décret modifiant la gestion des carrières des enseignants-chercheurs, son coup ultime : créer l’unanimité du corps universitaire contre lui. L’exploit est à souligner étant donné l’hétérogénéité du corps des enseignants-chercheurs et les conflits d’intérêts entre universités de taille et de prestige différents. Face au décret, un mouvement de grève des enseignants affecte aujourd’hui plus de la moitié des Universités.

Peut-être le gouvernement a-t-il dépassé les limites à ne pas franchir, celles relatives à l’éthique même du métier universitaire. Le décret prévoit de confier aux présidents d’Université la gestion des carrières des enseignants-chercheurs. Sur la base d’une évaluation systématique effectuée tous les quatre ans par la CNU (Commission nationale des Universités), les présidents d’Université pourront sanctionner les universitaires en leur attribuant davantage d’heures d’enseignement.

Deux dérives sont à l’œuvre. La première porte sur la nature de l’évaluation des enseignants-chercheurs. Alors que le Conseil Constitutionnel a reconnu en 1984 comme principe fondamental l’indépendance des universitaires, ces derniers seront dorénavant jugés sur des critères purement bureaucratiques. Ce sera le nombre de publications qui fondera le rapport d’évaluation rédigé par la CNU. Or, ce nombre n’a aucune signification intrinsèque. Il existe des domaines de recherche, notamment celle qualifiée de « fondamentale » où l’absence de résultats ne signifie en rien des lacunes dans la recherche. L’on peut d’ores et déjà présager des suites de l’instauration de ce critère : les chercheurs ne travailleront non plus en fonction de leur curiosité mais en fonction des exigences standardisées des comités de lecture qui sélectionnent les articles publiés dans les revues scientifiques internationales.

Deuxième dérive, l’enseignement devient pour un enseignant-chercheur une « punition » et demeure d’ailleurs exclu du champ de l’évaluation par la CNU. Plus globalement, ce décret est une mauvaise réponse aux évolutions qu’a subies le métier d’universitaire. Depuis une vingtaine d’années, au fur et à mesure que l’Université a diversifié ses missions (professionnalisation avec stages etc., collaboration internationale…), les universitaires ont vu leurs charges administratives exploser. C’est officiellement pour tenir compte de cette évolution que le gouvernement a confié aux présidents d’Université une partie de la gestion des carrières des enseignants. L’humiliation pour les enseignants-chercheurs est totale : ils doivent assumer des tâches pour lesquelles ils n’ont pas été formés et verront leur activité principale – l’enseignement et la recherche – soumise à l’évaluation de cette activité subalterne. La vraie solution, à l’image des Universités étrangères, réside en réalité dans l’embauche d’auxiliaires administratifs pour prendre en charge ces tâches administratives.

Pour finir, le décret met en lumière l’aveuglement du gouvernement depuis qu’il s’est attelé au problème universitaire avec la loi LRU. Sous couvert d’autonomie, le gouvernement a transféré toute la bureaucratie du ministère de l’enseignement supérieur aux Universités elles-mêmes. Ce transfert, qui n’est pas néfaste en soi, pêche par la gouvernance qu’il inaugure. Les présidents d’Université deviennent tout-puissants alors que les enseignants-chercheurs, ceux qui font vivre et transmettre le savoir, ne cessent d’être méprisés et marginalisés.

Sebastian B.

Publié dans Education et jeunesse

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