Ce que Sarkozy a fait de bien : parce que les socialistes ne font pas que critiquer !

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po


Nicolas Sarkozy est un président très actif, et dans toutes les réformes qu’il a lancées et parfois réalisées, il faudrait sans doute être de mauvaise foi pour ne pas en trouver quelques unes qui soient un tant soit peu intéressantes et encourageantes. Il serait donc possible, en tant que socialiste, de dresser une liste des réformes avec lesquelles un esprit de gauche n’est pas en total désaccord, voire est en accord partiel. Curieux bilan, mission impossible ou bien trop facile ?

L’inventaire à la Prévert pourrait commencer par la plus consensuelle des réformes, histoire de ne pas se frotter tout de suite à la difficulté : la RGPP (pour revue générale des politiques publiques). Réforme lancée en avril 2007 par le premier ministre François Fillon, elle consiste à réformer l’administration centrale et déconcentrée dans le double objectif d’une plus grande efficacité et d’une diminution des dépenses publiques. Concrètement, beaucoup de services dans les ministères ont fusionné, les services déconcentrés en région et département ont été rationalisés pour une meilleure efficacité et surtout une meilleure lisibilité pour le citoyen-usager qui est souvent en contact avec ces services de proximité. La RGPP a également mis en place des systèmes d’évaluation des politiques publiques, effectués par des cabinets privés et par les corps d’inspection de l’Etat. On peut ici écrire sans peur que les socialistes se réjouissent sans réserve de cette réforme nécessaire de notre administration. En effet, depuis la loi organique sur la loi de finances de 2001 (LOLF) qui instaurait une organisation des dépenses budgétaires par missions plutôt que par directions, il était largement temps que l’administration toute entière s’adapte à cette nouvelle forme de l’organisation de l’action publique. En 2001, c’est la gauche qui a impulsé la réforme de la LOLF, en collaboration avec des élus de droite. Trop facile d’être d’accord avec la RGPP…

Plus dur alors : la réforme constitutionnelle de juillet 2007. Cas intéressant que cette réforme, car plusieurs parlementaires socialistes ont eu du mal avec l’opposition du groupe PS à ce projet, et on a beaucoup entendu que là franchement, le Parti socialiste était dans une opposition complètement stérile. Il est vrai que la réforme constitutionnelle octroie plus de pouvoirs au Parlement, et qu’il est difficile à notre esprit de gauche d’être contre une telle avancée. Il est vrai aussi que le toilettage de cette cinquième République était bien nécessaire et souvent porté comme idée par le Parti socialiste. Il faut donc être beau joueur et reconnaître que cette réforme n’était pas à jeter entièrement à la poubelle. Mais, si les socialistes voulaient une réforme plus ambitieuse, pour un vrai retour des pouvoirs du Parlement, voire une nouvelle République, n’avaient-ils pas le devoir de voter "non" pour signifier cette opinion ? Avancer d’autres propositions est loin d'être stérile… N’est-ce pas le rôle d’une opposition ?

Cas le plus délicat de tous, celui qui titille notre esprit de gauche au plus haut point : le RSA ou revenu de solidarité active. N’importe quel homme ou femme de bon sens dira au PS : vous ne pouvez pas être contre une aide sociale aux défavorisés quand même ! Zut alors, non en effet, on ne peut pas… Le RSA part du principe que retrouver un emploi représente un surplus de coût que les chômeurs n’ont pas intérêt à endosser car s’ils font un bilan coût/avantages, le salaire qu’ils toucheront en travaillant n’est pas beaucoup plus élevé que les prestations et avantages dont ils bénéficient en tant que chômeurs. Un complément de revenu temporaire pourrait donc les inciter économiquement à retrouver un emploi. Peut être peut-on oser faire remarquer que cette politique sociale sous entend que les chômeurs refusent de chercher un nouvel emploi car leurs allocations sociales permettent une vie tout aussi confortable. Et là, notre esprit de gauche, il a le droit de s’opposer non ?

Pour conclure, un petit dernier : la suppression de la publicité. La gauche en rêvait, Sarkozy l’a fait ! En voilà un président embêtant qui nous pique tellement d’idées que peut être nous devrions songer à le faire adhérer. Oui, notre esprit de gauche est plus que d’accord avec la suppression de la publicité sur la télévision publique, car la publicité est aliénante et manipulatrice, et que l’Etat se doit d’aider le citoyen à être libre, notamment des emprises de la société de consommation. Mais, oui, encore un petit mais, c’est le président de la République qui nomme désormais le directeur de la télévision publique. Et notre esprit de gauche, il est aussi pour l’indépendance des médias, condition sine qua non de la liberté d’expression. D’ailleurs, grâce à la mobilisation du Parti socialiste contre cette réforme et au travail de la commission du Sénat, le choix du Président est désormais soumis à une majorité de trois cinquièmes des parlementaires.

A tous ceux qui pensent que le Parti Socialiste s’oppose systématiquement aux réformes d’un gouvernement qui tente enfin de changer les choses en France, il faut rappeler que le premier rôle de l’opposition est de toujours mettre en avant les défauts d’une réforme, car la majorité n’a certainement pas intérêt à le faire. Une opposition intelligente peut certes reconnaître les qualités et les avantages de certaines réformes de la majorité. Mais Nicolas Sarkozy vante déjà si bien ses réformes qu’il n’a aucunement besoin de l’aide du Parti Socialiste.

Une opposition n’est jamais stérile car elle contribue à la pluralité d’opinions et d’informations qui constitue une des bases de notre démocratie.

M.P.

Publié dans Point de vue militant

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Nicolas SEM 19/02/2009 13:26

hallucinant... c'est oublier un peu vite que ces réformes se sont faites au détriment des personnels d'abord des usagers ensuite!

Ils gèrent comme une entreprise... il faut vraiment être déconnecté de la réalité pour écrire tout cela en se disant de gauche!!!

Jean-François 12/02/2009 14:32

Je n'ai pas dit le contraire (je suis même allé dans ton sens là-dessus). Le progrès est sans doute indéniable au niveau déconcentré (Sandra pourrait nous donner son avis si elle lit cet article...) Mais par rapport aux ambitions affichées (5 milliards d'économies) on en est loin. résultat, on tranche dans les effectifs de la fonction publique (notamment l'éducation...) et donc des services publics.

M.P 12/02/2009 12:01

Vraiment? moi j'ai quand même l'impression que c'est une petite révolution... je ne dis pas que c'est parfait, mais franchement quand tu vois le bazard que c'était les services déconcentrés de l'Etat et le financement croisé de pleins de services + collectivités locales pour un projet, on gagne quand même en efficacité

Jean-François 11/02/2009 23:45

"Trop facile d’être d’accord avec la RGPP"? Euh il faudrait peut-être nuancer un peu là. La simplification des services déconcentrées et certaines réformes de l'administration centrale comme la fusion DGI/DGCP vont évidemment dans le bon sens. Mais la RGPP c'est aussi la suppression de nombreux services publics de proximité (sous-préfectures, tribunaux...)
Plus largement, la RGPP est restée largement en deça de ses ambitions et ne restera qu'un sigle de plus dans la longue liste de l'histoire de la réforme de l'Etat (rationalisation des choix budgétaires, audits de modernisation...)