Quand Nicolas Sarkozy décide de s’en prendre à la culture…

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po


Sylvie Robert, secrétaire nationale à la culture au Parti socialiste, écrivait il y a peu : « Nous devons replacer l’art et la culture au centre de nos réflexions socialistes ».

Il ne fait aucun doute que ce n’est pas dans le contexte actuel qu’une telle phrase a le plus de résonnance. En ce moment, la culture, on s’en fout un peu… D’ailleurs Christine Albanel est devenue ministre de la culture et de la communication dans l’indifférence générale, ce qui en dit long sur l’image de la culture qu’a notre président. Certains s’interrogent encore sur le possible lien entre ces deux thèmes. Passons.
Pendant que des gens se font licencier et que d’autres vivent au RMI depuis quelques années déjà, il faut avoir conscience de l’indécence du gaspillage de forces dans un domaine aussi inutile que celui de la culture.

Pourtant, en tant que socialistes, il faut oser dire que la culture n’a rien d’inutile. Le but premier de la gauche est de donner à l’individu les moyens de sa liberté, et pas comme à droite, faire comme si cette liberté était déjà acquise. Les moyens d’une liberté sont certes financiers, mais d’abord –avant tout ?- intellectuels. Ne jetons pas en ces temps de crise la culture par la fenêtre.

Ici comme ailleurs, Nicolas Sarkozy est très présent, même si ses actions sont moins médiatisées. Ce qui est étrange, étant donné l’ampleur des réformes qu’il propose. Il a en effet crée le 2 février 2009 le nouveau Conseil pour la création artistique, qu’il se chargera lui même de présider tandis que Christine Albanel en assurera la vice présidence.
Il lui a fixé  pour mission d'impulser un « changement de culture » et pour ambition de faire de la culture « la réponse de la France à la crise économique ». Selon Nicolas Sarkozy, « encourager la diversité sans égard pour la qualité, ce serait possible dans une ère d'abondance. A l'ère de l'économie, il faut faire des choix, et des choix justes.»

De telles déclarations sont simplement choquantes. Depuis quand le politique exerce-t-il un  contrôle rapproché sur la production culturelle ? Encore une fois, Nicolas Sarkozy franchit la ligne entre contrôle des politiques publiques et contrôle de l’objet des politiques publiques. Et quand cette ligne est franchie dans le domaine de la culture, c’est toute une liberté qui est remise en cause.
Il est important de souligner que le diagnostic de Nicolas Sarkozy se base sur des réalités. Depuis une vingtaine d’années, les politiques culturelles ont échoué dans leur but de démocratisation de la culture. On retrouve très souvent le même public dans les musées ou les théâtres. Une réforme était donc nécessaire.

Mais la réponse est-elle dans un « changement de culture » imposé par le Président de la République ?  Que sont des « choix justes » dans la production culturelle ? Les artistes qui vendent, les artistes qui ont une dimension internationale, les artistes qui soutiennent la politique du gouvernement ? Une centralisation de ces décisions sous le contrôle du politique revient à museler l’expression artistique. A tuer toute possibilité de création pour tous les artistes qui ne rentrent pas dans la catégorie des choix justes.

Le désengagement de l’Etat dans le domaine de la culture, que ce soit en réformant le statut des intermittents ou en réduisant les subventions aux directions régionales de la culture (DRAC) est le corollaire de la politique culturelle de Sarkozy. Commencer par réduire les financements d’un domaine où l’on sait que plus d’investissements seraient nécessaires pour transformer l’échec des politiques en réussite donne le ton de la réforme.

Le Parti socialiste doit donc refuser de jeter la culture par la fenêtre sous prétexte de temps économiques difficiles. La solution de réforme des politiques culturelles portées par la gauche passe aujourd’hui par l’éducation artistique. Mettre la culture à portée de tous dès le plus jeune âge est le meilleur moyen de démocratiser la culture. L’éducation artistique ne se résume pas à son enseignement, et une telle politique doit être protéiforme, toucher les enfants autant que les adultes en rendant l’accès à la culture plus facile et moins coûteux. Le Parti socialiste doit également défendre le statut des intermittents, car la sauvegarde de leur métier est essentielle à la bonne marche de la culture française. Ce qui peut paraître à certains comme un privilège est souvent le minimum nécessaire à beaucoup d’artistes pour survivre. Si tout le monde connaît les grands artistes qui engrangent des recettes importantes, beaucoup d’artistes modestes exercent leur métier grâce à leur statut et leur travail est un véritable engagement dans une passion.
La gauche défend plus que jamais la culture face à un contexte économique qui sert de prétexte à beaucoup de réformes du gouvernement, souvent injustifiées, mais dans le domaine de la culture, simplement choquantes.

M.P

Publié dans Point de vue militant

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lili-oto 30/03/2009 09:43

Pour le parti socialiste, il faudrait peut-être stopper cette collusion politique avec l'UMP qui cimente la gestion des Frac dans toutes les régions, en France, il y a une politique commune et partagée entre le PS et l'UMP pour l'art contemporain qui est un scandale et une honte, où le conflit d'intérêt est le seul mode d'expression politique pour égorger la création contemporaine et les artistes plasticiens et ce, depuis presque 30 ans. Lili-oto