Etats généraux de la Presse : surprise, le malade bouge encore !

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po


Fruit de l’unique volonté élyséenne, organisés et pilotés par elle, les Etats généraux de la presse ne démarraient pas sous les meilleurs auspices. Pire, une kyrielle de déclarations présidentielles toutes plus terrifiantes les unes que les autres – abaissement des seuils anti-concentrations, création de grands groupes (grands groupes dont l’existence est déjà bien réelle, mais M. Sarkozy n’est pas à une contre-vérité près) – en précédait la tenue et en accompagnait les travaux.


Pourtant, le 8 janvier, contre toute attente, le livre vert remis à Nicolas Sarkozy ne suit pas le président sur ces points. Soulagement donc… Mais très vite, on se remémore les déboires de la commission Copé, dont un certain nombre de pistes, comme celle de l’augmentation de la redevance, avaient été promptement écartées par le président de la République avant même la fin des travaux. Et l’on se dit que l’histoire pourrait se répéter lors des vœux présidentiels à la presse où Nicolas Sarkozy doit rendre son verdict.


Les bonnes nouvelles :

Une fois n’est pas coutume, le président suit les conclusions du livre vert et renonce à ses rêves de concentration médiatique. C’est un spectaculaire volte-face/camouflet pour celui qui en avait fait l’une des pièces maitresses de son discours sur les médias. Bouygues, Bolloré et Bernard Arnaud devront patienter, leurs revendications semblent être rangées dans les cartons de l'Elysée.


Seconde bonne nouvelle, la confirmation de la création du statut d’éditeur de presse en ligne. Les sites d’information en ligne, alimentés par des journalistes comme Rue89 ou Mediapart, sont donc officiellement reconnues et bénéficient ainsi des mêmes avantages que leurs homologues papiers. Un progrès salutaire et qui n’allait pas forcément de soi, étant donné la ligne éditoriale de ces différents sites.


Les nouvelles dont on ne sait que penser :

Autre mesure phare du dispositif Sarkozy, l’engagement de l’Etat à hauteur de 600 millions d’euros par le biais d’un gel de l’augmentation des tarifs postaux, d’exonérations fiscales, d’abonnements gratuits pour chaque jeune de 18 ans et de dépenses de communication. Ballon d’oxygène nécessaire à la survie à court terme des entreprises de presse, cet engagement pose question. Certes, et ce n’est pas le socialiste que je suis qui le renierait, la subvention de l’activité économique fait partie des devoirs de l'Etat.


Mais la presse en particulier et les médias en général sont un secteur économique sensible que l’on ne saurait traiter de la même façon que le secteur automobile. Dans une démocratie, il n’est pas sain que l’information se trouve sous perfusion étatique, d’autant plus que les aides à la presse obéissent à des critères obscures, voir inconnues, notamment pour les aides dites directes.


En outre, ces subventions installent le secteur dans un cocon douillet, ne l’incitant en aucune façon à conquérir de nouveaux lecteurs et à innover. Le jour où le cocon se brisera, parce que l’Etat n’en aura plus les moyens, parce qu'il aura d’autres priorités, ce sera la catastrophe…


D’autres formes de subvention étaient pourtant possible. Par exemple, comme le souligne Jeff Jarvis, journaliste  et éminent blogueur américain, il eut été plus intelligent de subventionner l’installation du haut débit et le développement technologique partout en France pour obliger la presse française à inventer les médias de demain.


Une catastrophe ? Non ! Une réponse à la hauteur de l'enjeu ? Non plus !

Notre degré de confiance vis-à-vis de Nicolas Sarkozy est si élevé que l’on éprouve un étrange sentiment de satisfaction lorsque les mesures prises ne sont pas aussi inquiétantes que prévu. Mais cela ne doit pas nous faire oublier que le plan Sarkozy ne sauvera pas la presse. A l’heure où même les titres les plus avancés dans la révolution Internet – je pense notamment au New York Times – sont en difficultés, le président de la République ne donne pas au journalisme français les clés juridiques et financières dont il a besoin : reconnaissance juridique des rédactions, conditionnement des aides de l’Etat à un certain nombre de critères déontologiques et sociaux, incitation financière à la modernisation, moyens pour lutter contre les pressions économiques et les conflits d’intérêts etc…


Nicolas Sarkozy s’est contenté de mettre en place quelques mesurettes de bon sens et de maintenir le malade sous subvention artificielle. Ce n’est pas une surprise, la voie de la guérison ne passera pas par le Plan Sarkozy.


Curieusement, la mort du malade non plus. Là est la plus importante des mesures de ces Etats-généraux de la Presse.


Thomas B.

Publié dans Point de vue militant

Commenter cet article