La mobilisation des enseignants-chercheurs

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po


Le 10 février 2009, la manifestation contre les réformes du gouvernement des enseignants-chercheurs, rejointe ici et là par certains étudiants, a connu un franc succès, et ce malgré le mauvais temps. Réunissant environ 80 000 personnes partout en France, la revendication principale des manifestants portait sur deux projets de réforme : un décret modifiant leur statut et leurs obligations d'enseignement et la refonte du système de formation des professeurs des écoles, collèges et lycées supprimant l’année d'apprentissage du métier en classe. La récente nomination d’un médiateur n’a pas réussi à désamorcer les blocages des enseignants-chercheurs vis-à-vis de ces réformes. Ainsi, ils s'apprêtent à redescendre dans la rue le jeudi 19 février pour exprimer à nouveau leur opposition vis-à-vis du gouvernement.

A ces revendications des enseignants-chercheurs sont venus entre temps se greffer les revendications des étudiants, au risque d’un brouillage des revendications de chacun. Réunie ce week-end à Rennes 2, une coordination nationale étudiante a durci les revendications du mouvement en cours dans les universités en demandant l’abrogation de la loi LRU sur l’autonomie des universités. Or cette dernière est nécessaire pour que les établissements d’enseignements supérieurs puissent se doter d’un projet stratégique portant sur la cohérence de l’offre de formation, des objectifs de recherche, du travail avec les entreprises ainsi que sur des problèmes plus triviaux comme la gestion du patrimoine immobilier.


Il peut être tentant de faire du mouvement des enseignants-chercheurs, l’occasion d’une mobilisation plus globale afin d’inciter le gouvernement à prendre en main d’autres problèmes comme la difficulté des étudiants à étudier dans des conditions décentes ou encore à pouvoir s’insérer dans le marché du travail. Mais il serait en revanche désastreux de tomber dans des revendications démagogiques qui décrédibilisent le mouvement des enseignants-chercheurs. La coordination étudiante, en rendant responsable la loi LRU de tous leurs maux, se trompe de coupable : ce n’est pas cette loi qui constitue un danger, mais plutôt le manque de concertation dans la gouvernance des universités.


La réflexion collective menée par le PS autour de Bertrand Monthubert, ancien président du collectif « Sauvons la recherche » et secrétaire national du PS à l’enseignement supérieur et à la recherche va dans le bon sens. Ce qu’il faut, ce sont des réformes améliorant les conditions des enseignants-chercheurs au bénéfice des étudiants et du développement des performances de la recherche française. Or cela ne peut pas passer par la baisse des horaires d’enseignement ou la dévalorisation de la formation des enseignants, mais par davantage d’intégration des différents acteurs qui font l’université (enseignants-chercheurs mais aussi étudiants et entreprises) dans les conseils d’administration et la responsabilisation des uns et des autres au sein d’une université ouverte sur le monde économique et social qui l’entoure.

Nicolas Rouillot

Publié dans Point de vue militant

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