L’Union Européenne vue par Vaclav Klaus

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po


Un certain manque d’enthousiasme ou un excès de rationalisme vis-à-vis de l’Union Européenne...C’est ce que les chefs d’Etat et de gouvernement tchèques nous ont donné à voir pas plus tard que la semaine dernière…

La loi autorisant la ratification du traité de Lisbonne a été approuvée le 18 février dernier par 125 des 197 députés de la chambre basse du parlement tchèque, soit seulement 5 députés de plus que la majorité des trois cinquièmes nécessaire. Ce premier pas vers une ratification du traité par la République tchèque n’a, semble-t-il, pas ému aux larmes le Premier Ministre et député Mirek Topolanek, qui a affirmé avoir voté « oui avec sa tête et non avec son cœur », estimant que « la non-ratification […] n’apportera rien [à la République tchèque] » et qu’«il n’y avait pas d’alternative ». Une grande partie des députés d’ODS, principal parti de la coalition gouvernementale, n’ont d’ailleurs pas suivi leur leader dans ce choix de raison. C’est donc principalement grâce aux autres partis de la coalition (chrétiens et verts), ainsi qu’aux sociaux-démocrates, dans l’opposition, que l’on doit ce résultat de peu positif. Le texte doit désormais être approuvé au Sénat, où le résultat promet également d’être très serré, avant d’être signé par le Président Klaus, particulièrement réticent quant au contenu du traité de Lisbonne. Autant dire que la ratification n’est pas gagnée, d’autant plus que M. Klaus conditionnait sa signature à l’adoption du traité par tous les autres Etats européens, y compris l’Irlande.

Hasard du calendrier ou pas, c’est également la semaine dernière que ledit Klaus s’exprimait devant les eurodéputés réunis à Bruxelles. Une fois de plus, le Président tchèque n’a pas hésité à faire entendre sa singularité, quitte à choquer et à agacer. Son discours était volontairement centré sur des questions très générales et ont permis de clarifier la vision qu’avait le Président vis-à-vis de l’Union Européenne, ce qui n’a pas manqué d’irriter profondément une partie des eurodéputés qui ont finalement préféré quitter la salle.

Vaclav Klaus revenait tout d’abord sur la place de la République tchèque, un Etat ayant « toujours appartenu à l’histoire européenne ». De ce fait, l’adhésion à l’Union n’était qu’un aboutissement logique. Cependant, M. Klaus insistait sur le fait que les citoyens tchèques, dans leur grande majorité, ne pouvaient s’estimer déçus par l’Union Européenne. Selon son Président, la République tchèque est un pays où « l’on n’éprouve pas de déceptions dues à des attentes non réalisées ». Les attentes des Tchèques auraient été « réalistes » et l’Union Européenne n’aurait jamais été perçue comme une communauté idéale. Il est difficile de savoir si le peuple tchèque réagit réellement comme son Président veut bien le prétendre. Il apparait néanmoins que les attentes très limitées et le manque de foi en la capacité de l’Union à faire évoluer les choses dont le Président Klaus fait preuve sont sans aucun doute à l’origine du tiède pragmatisme de ce dernier pour ce qui est de la chose européenne. Car c’est bien de « rationalisme » qu’il s’agit. Vaclav Klaus a tenu à réaffirmer lors de son discours qu’il n’y avait pas d’autre « alternative » que l’adhésion à l’Union pour les Tchèques, que cela a toujours été et sera toujours le cas. Le choix de l’Union est donc un choix « rationnel ». A bien analyser la sémantique utilisée par le Président, il apparait que celui-ci semble estimer qu’il fallait rentrer dans l’Union parce que cela était la « moins pire des solutions »: quand on n’a pas d’autre alternative possible, c’est qu’on n’a en fait pas vraiment le choix, un peu comme le pensait le Premier ministre Topolanek par rapport au traité de Lisbonne.

M. Klaus a également fait part de son relatif manque d’enthousiasme vis-à-vis d’une « Union toujours plus étroite ». Ainsi, contrairement à beaucoup, Vaclav Klaus a estimé que « Union » ne signifie pas nécessairement « plus d’intégration », si jamais celle-ci ne va pas dans le sens désiré. Or les deux objectifs de l’intégration européenne cités par le Président tchèque attestent de cette modestie des ambitions pour l’Union : « l'élimination des barrières inutiles » et « la gestion commune des biens publics existant au niveau du continent» sont en effet des buts vagues, assez limités et bien éloignés de ceux imaginés par les « Pères fondateurs » et appelés de leurs vœux par les fédéralistes et les européens convaincus. En sus, le Président tchèque n’a pas manqué de fustiger l’organisation institutionnelle actuelle de l’Union et le déficit démocratique dont souffre celle-ci, que le traité de Lisbonne ne ferait qu’aggraver.

On peut conclure de tout cela que la République tchèque se retrouve actuellement dans une position bien étrange : dernier pays à devoir ratifier le traité de Lisbonne par voie parlementaire tout en exerçant la présidence tournante de l’Union, avec un Président remettant en cause la nécessité d’un traité qu’il a lui-même négocié et un Premier ministre qui vote avec « sa tête ». A n’en pas douter, les positions d’une majorité des élus d’ODS, Président et Premier ministre compris, ne sont pas à l’image de celles de l’ensemble de la classe politique tchèque : l’engagement européen et le vote « comme un seul homme » en faveur du traité des sociaux-démocrates mais aussi des verts et du parti chrétien est là pour nous rappeler que le manque d’enthousiasme décrit (et décrié) plus haut n’est pas partagé par tous au pays du bon Saint Venceslas. Il revient à M. Klaus d’avoir dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, et à n’en pas douter, un certain nombre d’hommes politiques européens de premier plan perçoivent l’Union de manière aussi pragmatique et peu enthousiaste que ce dernier…Suivez mon regard.

Paul H.

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bratox 20/04/2010 20:39


Merci pour cet article


Achat Or 10/02/2010 18:24


Décrochage du prix de l'or
Actuellement, nous sommes loin des 800 $ atteint lors de son dernier sommet en 1980. Si nous prenons la valeur ajustée par rapport à l'inflation, ce prix de 800 $ l'once (31,1 g) correspondrait à
un prix compris entre 1700 et 2400 $, cette variation est en fonction de l'indice retenu pour définir la hausse des prix.

Une des raisons pour laquelle l'or n'a pas suivi cette hausse en rapport des indices est que l'or physique présentait peu d'attrait en France comme support de placement. Les différents
gouvernements français et d'autres pays ont tout fait pour dissuader l'achat d'or en pièces et lingots. En France la mise en application de l'article 15 de la loi n° 94-6 du 4 janvier 1994 et
l'instauration de taxations diverses, 8% (7,5 +0,5%) lors de la vente en sont la principale cause.


Cette semaine la première de février, nous enregistrons un décrochage sur le prix de l'once d'or, c'est le rebond du dollar qui en est la cause. La monnaie européenne se porte très mal, entrainée
par les déficits incontrôlables des pays du sud de l'union européenne.
http://interor.fr