Pour une relance verte

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po


2007. Une présidentielle, un vainqueur, des perdants. Un espoir aussi : il semblait que la droite allait enfin devenir sérieuse sur les questions environnementales. Très peu de temps après l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence, il annonce la tenue d’une grande table ronde, réunissant à peu près tout ce qui a rapport de près ou de loin à l’environnement dans ce pays, qu’ils soient responsables de sa destruction ou qu’ils passent pour d’infâmes hippies fumeurs d’herbe pour avoir émis l’idée qu’il serait intéressant de penser à le préserver. Des engagements sont pris, la révolution verte est en marche.

2009. Un big bang économique et social, beaucoup de perdants : les pauvres, les jeunes, l’environnement notamment. Un plan de relance est mis en place, on annonce le chiffre de 26 milliards d'euros ; en réalité, plus de la moitié des sommes engagées étaient déjà prévues. Le Gouvernement décide de saupoudrer de milliers d’euros sur à peu près chaque tranche professionnelle pour éviter une trop forte tension sociale (pourquoi pas après tout, la politique ne s’arrête pas pendant les crises) et des mouvements qui ne feraient qu’aggraver la crise. Au fur et à mesure que les mesures du plan de relance sont annoncées, une question commence à tourner dans le milieu des gens qui s’intéressent un peu aux politiques environnementales : le Gouvernement est-il idiot ? Question à première vue outrancière mais qui cache en fait une réalité qui l’est bien plus : les annonces du Grenelle semblent oubliées. A croire que les engagements de ce Gouvernement n’engagent que ceux qui y croient.

Le plan de relance : de quoi être vert.
Voyons dans le détail ce qui se passe, ou plutôt ce qui ne se passe pas.
Dans le secteur des transports, le plan de relance prévoit la construction de trois autoroutes, censés avoir été gelés par le Grenelle, pour un montant d’un milliard d’euros. Outre la schizophrénie complète du pouvoir sur cette question, c’est d’une vraie pantalonnade  économique dont il s’agit. Premièrement, et je sais qu’en disant cela je vais outrer certaines personnes vivant dans des zones totalement enclavées telles qu’elles existent encore sur notre territoire, la construction de routes n’est vraiment pas une priorité pour le pays. Le réseau routier hexagonal, sans être parfait, est solide et permet une circulation à peu près aisée dans n’importe quelle partie du pays. Deuxièmement, plusieurs études (dont une du PNUE) montrent que la construction routière est faiblement génératrice d’emplois comparée à la mise en place de transports urbains collectifs. Et par une coïncidence incroyable, il se trouve justement que les villes françaises souffrent d’un sous-équipement chronique dans de telles infrastructures ! Dommage que les villes ne votent pas à droite…

Pantalonnade, acte 2 : les énergies renouvelables. Rappelons l’objectif du Grenelle : 20% de l’énergie que nous consommerons en 2020 devra provenir de sources renouvelables, soit le double d’aujourd’hui. Eh bien chers amis, si nous y arrivons ce ne sera certainement pas grâce au plan de relance ! Si on omet le problème de la construction du deuxième EPR, qui lui relève d’une conception tout à fait intéressante de l’énergie renouvelable (souvenons-nous que la France avait, lors des négociations de Poznan, tenté de faire inclure le nucléaire dans les énergies renouvelables),  rien n’est fait pour accélérer la marche de notre pays vers une production d’énergie propre. En parallèle, la région Poitou-Charentes vient de lancer un plan de grande envergure visant à l’implantation de 650 km2 de panneaux solaires, avec un financement de 400 millions d’euros, devant créer 1000 emplois directs dans le secteur photovoltaïque et bien plus dans le bâtiment, l’artisanat etc. Car il s’agit bien ici aussi d’un problème de relance ! Là encore plusieurs études démontrent que le secteur des énergies renouvelables génère bien plus d’emplois que l’énergie traditionnelle, argument que reprend Nicholas Stern. Ainsi, en basant de manière plus intensive les fonds du plan de relance dans les technologies vertes et les transports en commun, le Gouvernement aurait pu faire d’une pierre deux coups : accélérer l’entrée dans une trajectoire de carbonification de l’économie et relancer celle-ci en créant des dizaines de milliers d’emplois.

Je ne dis pas, bien sûr, que des mesures de préservation des emplois dans des industries déclinantes comme l’automobile sont inutiles : j’aurais été le premier offusqué si elles n’avaient pas été prises. Mais il ne faut pas s’arrêter au passé. La crise a ouvert une fenêtre politique incontestablement favorable à des dépenses massives des pouvoirs publics qui n’auraient pas été possibles il y a un an. Si nous n’investissons pas de suite et de façon massive dans une économie verte, ni les conditions politiques ni notre futur niveau d’endettement ne nous permettront de le faire par la suite. Le Gouvernement, s’il avait réellement compris les enjeux énergétiques et environnementaux que ce pays va devoir affronter dans un futur proche, aurait du saisir cette opportunité pour initier une réforme profonde de notre système de production. Et ce faisant, il aurait eu l’occasion de contribuer à la reprise de l’économie. Ce calcul n’est ni simpliste, ni naïf. Il a été fait par l’administration Obama, qui a lancé un plan massif de soutien aux énergies propres ainsi que des incitations fiscales pour la recherche environnementale. Nous, nous construisons des centrales nucléaires et des autoroutes. Encore une fois, le Président Sarkozy et son équipe font preuve d’un manque de vision (ça ce n’est pas nouveau) et d’un manque de courage politique qui traduit surtout un manque de convictions. Et je tiens à dire, par souci de justice, que le plan de relance du PS, s’il a compris les enjeux et les orientations à prendre (ce qui n’est déjà pas si mal), pêche par son manque de mesures concrètes sur la relance verte.

Bref, peu nous importe qu’un capitaine soit à la barre s’il doit nous faire aller droit vers les rochers.

Romain I.
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Pro eole 10/03/2009 14:16

Quant à la relance à la sauce Sarkozy en ce qui concerne l'éolien, c'est à reculons toute !

claudine 10/03/2009 08:33

... et le comble de l'incohérence, est le projet, quasiment adopté du circuit de Formule 1 à Flins sur Seine. Terrains voués à trois jeunes agriculteurs bios, endettés; terrains inondables au bord de la Seine; captage principal de l'eau pour le Région Ile de France; financement entièrement public, bien sûr; circulation déjà bloquée ( 24 000 véhicules/jour chez moi sur la RD14, plus l'A 13); construction d'une gare spéciale Grand Prix de France, elle servirait une fois l'an !, j'en passe ( www.contrelaf1aflins.fr), chantage à l'emploi amalgammé, aide à Renault, polltions carbones, bruit, aéroport, héliport, gare ULM, bateaux luxe, hôtels luxe ...
Le Président du Conseil Général M. Bédier, dont le dossier pénal est en cassation, se refait une nouvelle vie politique sur le dos des pauvres de la vallée. Il y a tellement de populations diverses, ils ne diront rien !
On ne touchera pas aux villages chics loins sur le plateau. Par contre les prolétaires des Mureaux, Flins etc peuvent supporter tout ceci en plus de leurs problèmes de survie.
Aidez nous, parlez de ce massacre de l'agriculture, de la flore et la faune des champs et de la Seine, le peu qu'il reste, et de nos oreilles et nos poumons ...
et allez voir à Magny-Cours, ce projet a déjà détruit plus de 400 emplois ...
Merci à vous
Claudine