Pour une politique de civilisation, chronique d’un livre qui ne parle pas d’économie.

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Il existe un petit livre de soixante-dix sept pages à trois euros, caractéristiques assez rares pour être soulignées. Ce livre s’appelle Pour une politique de civilisation, d’Edgar Morin. Et il ne parle pas d’économie. Au contraire, il commence par nous expliquer un phénomène que peu d’intellectuels semblent aujourd’hui à même de percevoir : la pensée occidentale s’enfonce dans un morcellement de plus en plus important de ses composantes. On a dépassé la pensée unique, il faudrait aujourd’hui un retour de la pensée globale.

D’aucuns vous diront que c’est une utopie car ce morcellement s’explique tout naturellement par la complexité croissante de nos sociétés. Impossible d’avoir une pensée globale, la simplification et la caricature en seraient le résultat immédiat ! Il s’agit là peut être de l’enjeu majeur de l’évolution de nos connaissances. C’est ce que dit Edgar Morin : « Les progrès admirables des connaissances s’accompagnent d’une régression de la connaissance par la domination de la pensée parcellaire et compartimentée, au détriment de toute vision d’ensemble ».

Il explique simplement quel est le problème de nos sociétés : son développement en menace les fondements. Une société qui ne cesse de se développer sans revoir sa base va droit à l’échec. Quoi de plus évident ? Qui le reconnaît pourtant aujourd’hui ? Il définit ensuite la politique de civilisation : « Il s’agit en somme de régénérer complètement la vie sociale, la vie politique et la vie individuelle. » Les phrases ambitieuses se font assez rares pour que celle-ci coupe le souffle.

Quels sont les problèmes de nos sociétés selon E. Morin ? D’abord, le fait que l’élévation du niveau de vie est gangrénée par l’abaissement de la qualité de la vie. Pendant que les économistes nous expliquent que le revenu par habitant en France ne cesse d’augmenter chaque année, les français prennent des anti dépresseurs, et personne ne sait véritablement pourquoi. De façon simple, Morin nous répond : l’argent ne suffit plus, ce que cherchent les gens aujourd’hui, c’est une ville sans pollution, sans bruit, avec des services accessibles et des gens qui ne font pas la gueule. Autant de conséquences du progrès économique autrefois révéré. Edgar Morin nous parle aussi de choses beaucoup plus essentielles, comme la dissociation individuelle du corps et de l’esprit, ou la dissolution des solidarités.

Que propose-t-il ? Morin fait l’analyse suivante : des résistances aux inconvénients de nos sociétés actuelles s’organisent : on prend des vacances, on crée des associations, on se centre sur sa famille. Autant de résistances qui restent du domaine privé, ou quasi-privé. Pour Edgar Morin, l’enjeu est le suivant : « Il faut  faire émerger [ces résistances] à la politique pour qu’elles revêtent la figure d’une politique de civilisation. » Il développe trois types de composantes de cette politique de civilisation. D’abord, solidariser contre l’atomisation de nos sociétés. Puis, ressourcer et convivialiser, contre l’anonymisation de nos sociétés, en créant des structures de proximité pour retrouver du lien social pour que vous connaissiez les gens que vous croisez sur le trottoir en rentrant chez vous.  Enfin, moraliser, contre l’irresponsabilité et l’égocentrisme qui nous caractérise aujourd’hui. Tout le monde semble croire que son propre bien être ne dépend pas de celui des autres : il faut absolument détruire cette illusion d’étanchéité, car les individus de nos sociétés actuelles sont profondément interdépendants.


On dit aujourd’hui : il faut réduire le déficit de l’Etat, il faut arrêter l’assistanat des aides sociales, il faut réduire les remboursements des soins santé. Morin répond : « Une société ne peut progresser en complexité que si elle progresse en solidarité ». On dit aujourd’hui :  l’économie va mal, il faut sauver le capitalisme car on ne connaît pas d’autre système. Morin répond : « la politique de civilisation nécessite la pleine conscience des besoins poétiques de l’être humain ».

Après ça, il n’y a plus rien à dire, à part peut être : lisez ce livre, car cet article peine à rendre toute sa profondeur (et 70 pages, c’est pas long…).

M.P.

Publié dans Questions de société

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