Sarkozy, chef de la majorité présidentielle.

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po


Il y a trois ans encore, les Français se demandaient comment des Italiens avaient pu voter pour un homme d'extrême-droite - Berlusconi - alors qu'il avait traité de « couillons » les électeurs de gauche. Aujourd'hui, l'extrême-droite s'est installée à la tête du parti majoritaire en France, l'UMP. Hier, le député de Paris Lellouche indiquait lors d'un débat sur l'Afghanistan face au Sénateur Mélenchon que si l'on était au XIXe siècle, il le « flinguerait ». Aujourd'hui, après les excuses de Ségolène Royal à Zapatero suite aux propos de Sarkozy qualifiant de « pas très intelligent » le Premier Ministre Espagnol, des remarques scandaleuses et extrémistes ont ressurgis. Quand le porte-parole du parti majoritaire déclare que la dernière candidate socialiste à l'élection présidentielle a « besoin de soins psychologiques », quand il présente comme un « tract » qui « déshonore la France » un journal qui a simplement relater des propos tenus devant plus de vingt députés (qui les confirment), on se demande si l'influence d'Occident ne revient pas en force à l'UMP.


Les propos de Ségolène Royal à Dakar et la lettre envoyée à Zapatero ont été parfois critiqués car il n'est pas dans la tradition française de discuter la politique étrangère du chef de l'Etat. En outre, seul le Président parle au nom des Français nous dit-on. Revenons sur ces deux points.

 

Selon la tradition, le chef de l'Etat est le seul apte à guider la politique étrangère de la France. En période de cohabitation, les équilibres avaient été trouvés, le gouvernement s'occupait de politique domestique tandis que le Président recentrait ses activités autour des questions de défense et de politique étrangère. Cette situation semblait convenable car la politique étrangère n'était « ni de gauche, ni de droite ». Elle était dans la continuité de la politique étrangère de la France.


Aujourd'hui cette situation de monopole de la question internationale par le Président n'est plus tolérable. Sarkozy a accumulé les catastrophes diplomatiques depuis son arrivée au pouvoir. Le discours de Dakar et l'homme africain « pas assez entré dans l'histoire ». Le discours de Latran et le prêtre « plus méritant que l'instituteur ». La réception en grande pompe du dictateur libyen Kadhafi. La réception en grande pompe du dictateur syrien El Assad. La stigmatisation des pays d'Europe de l'est. Les critiques récurrentes adressées à Angela Merkel. Les changements de position incessants sur la Chine qui se sont finalement conclus par une présence à la cérémonie d'ouverture des JO et la récente signature d'une déclaration commune indiquant que « le Tibet et Taiwan font et feront toujours partie intégrante du territoire chinois ». La réintégration du commandement intégré de l'OTAN. Le soutien au catastrophique Barroso pour la présidence de la Commission Européenne...


Le chef de l'Etat est critiqué par le PS pour ses propos ou ses actions qui ridiculisent la France dans le monde. C'est le minimum.


Par ailleurs, au-delà de la forme assez maladroite de la lettre au chef de gouvernement espagnol, quand Ségolène Royal indique que les propos de Sarkozy à Dakar ou concernant Zapatero n'engagent pas les Français, elle a parfaitement raison. Sarkozy veut le beurre et l'argent du beurre. Il a modifié la Constitution et transformé la place du chef de l'Etat, confirmant ainsi le choix établi au moment du vote du quinquennat. Au lieu d'être un « père de la Nation » qui s'appuie sur un Premier Ministre pour gouverner, il a transformé la place du Président en un «chef de la majorité ». Personne ne lui a succédé à la présidence de l'UMP d'ailleurs, car il occupe - de facto - toujours cette fonction. Le Premier Ministre, lui, ne sert plus à rien.


En raison de cette transformation du Président en un chef du parti majoritaire, Nicolas Sarkozy ne représente plus la France. Il représente seulement sa majorité, les gens qui soutiennent sa politique, à l'image d'un Premier Ministre britannique ou espagnol. Il ne s'exprime plus au nom de tous les Français, comme un « père de la Nation », mais simplement au nom de sa majorité, y compris en matière diplomatique. C'est exactement ce que le Conseil d'Etat a indiqué dans un arrêt très récent. Le temps de parole du chef de l'Etat jusqu'à présent n'était pas comptabilisé car celui-ci s'exprimait au nom de tous les français. En censurant cette décision du CSA et en imposant le calcul du temps de parole du Président avec la majorité ou avec le gouvernement, le Conseil d'Etat a clairement indiqué que les propos du chef de l'Etat sont ceux d'un homme partisan. Il sera en outre très complexe de distinguer quand Sarkozy parle uniquement en tant que "père de la nation" (ce ne serait alors pas décompté) car le mélange des genres constitue sa spécificité. Les exemples de politique étrangère mentionnés précédemment en attestent. Ils sont partisans.


Ainsi, en indiquant que les propos de Sarkozy n'engageaient pas les Français, l'ancienne candidate du PS à l'élection présidentielle a simplement pris acte de l'arrêt du Conseil d'Etat et a ouvert un nouvel espace politique que devront désormais occuper les partis dans l'opposition.
    

Etienne L

Publié dans International

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DOUD 27/04/2009 17:42

Je voulais ensuite revenir sur ce que l'auteur de l'article a écrit sur Sarkozy dans le but de le critiquer sans vraiment y réfléchir. Tout d’abord sur le discours de Dakar et l’Afrique, tout le monde peut constater que le continent est en retard en termes de développement économique (à l’exception de certaines régions très riches et plus ou moins pacifiques). Et l’histoire du continent est plutôt récente en excluant la colonisation et l’esclavage. Il y a eu certes des empires au Sud du Sahara, sur le Nil ou en Afrique Australe mais leur histoire se résume plus souvent à des guerres et à des dynasties qu’à un réel développement que connaît une civilisation. Beaucoup de pays ont été créés dans les années 60 et la France à ce moment là se mêlait encore de leur politique de façon souvent injustifiée. C’est tout de même surprenant que des personnes comme Senghor aient siégé dans notre parlement. Aussi, je comprends que Sarkozy et Guaino renoncent à la politique de la Françafrique et créent des partenariats égal à égal (enfin ça reste tjrs relatif). Je n’ai pas trop suivi le discours du Latran donc je m’abstiendrai de tout commentaire.
Sur la venue de Kadhafi et d’El Assad, c’est un autre débat. Est-ce qu’on peut construire une Union de la Méditerranée sans eux malgré le fait que ce soient des dictateurs ayant un passé lourd ou bien peut on se permettre de les laisser à l’écart ?
Avec Angela Merkel, ils n’ont pas le même comportement et pas toujours la même manière de voir les choses. Je ne crois pas que la chancelière allemande se soit privée de quelques remarques à la presse germanophone. Donc qu’il y ait eu des moments de désaccord, ça n’a rien de choquant. Et je pense qu’au G20, ils ont réussi à tenir un discours commun ce qui était tout de même pas mal.
Sur la Chine, il y a la volonté de montrer sa sympathie au Dalai Lama (qui a par ailleurs reconnu que le Tibet ne serait plus jamais indépendant) sans vexer les autorités chinoises ce qui, j’en suis persuadé, serait une très mauvaise chose. Défendre ses idées auprès de la Chine me paraît bien plus judicieux que de l’ignorer ou de la blesser.
Ensuite, il faudra que l’auteur m’explique ce que la gestion de Barroso a de catastrophique et pourquoi la France ne devait pas réintégrer le Shape (Supreme Headquarter Allied Power Europe), commandement intégré de l’Otan.

DOUD 27/04/2009 17:16

Le but des médias c'est de faire parler d'eux, de créer des polémiques afin d'augmenter leurs audiences! C'est dans cette logique que Libération a publié l'article sur la réunion de Sarkozy. N'y étant pas, je me garderai de tout commentaire là dessus. Et contrairement à ce qu'à écrit l'auteur du blog, toutes les personnes qui ont assisté à la discussion ne sont pas d'accord. un député communiste est passé à la télé en disant que Sarkozy n'avait pas dit que Zapatero n'était pas intellignent et Kouchner a tenu des propos ambigüs qui pouvaient laisser croire le contraire.Je pense que pour Libération ou pour Ségolène Royal, la question n'était pas de savoir si les propos étaient avérés mais plutôt de faire parler d'eux. Je pense qu'au global ça ne donne pas une bonne image d'eux!

Jean-François 20/04/2009 21:55

Tout à fait d'accord avec Val. Cette stratégie d'occupation de l'espace médiatique traduit bien le niveau de la politique actuelle, en France comme ailleurs... Est-ce là le prix à payer pour gagner une élection?
Sur le fond du problème, à supposer qu'elles aient été prononcées les électeurs jugeront les paroles du Président...

Val 20/04/2009 18:52

Mon seul commentaire sera de regretter que les médias relayent et amplifient ces polémiques stupides (des deux côtés dans le cas des propos sur Zapatero) qui ne sont qu'un nuage de fumée, et qu'on ne parle pas de ce qui préoccupe vraiment les Français aujourd'hui, à savoir la crise, et, espérons-le, les européennes.

Entre le discours de Dakar et cette mauvaise blague détournée, il y a l'opposition entre ce que la politique devrait être et ce qu'elle devient. Nous perdons la distinction entre l'essentiel et le futile, et comme il y a fort à parier que les journaux feront leurs unes sur les montées et descentes des uns et des autres dans les sondages, les acteurs du politic-show sont encouragés à recommencer de plus belle.

Il ne faudra pas s'étonner après si le PS et l'UMP font des mauvais scores aux européennes alors que dans notre cas, nous avons un beau programme à défendre et une belle campagne à faire.

Sharky 20/04/2009 12:01

Je ne voulais pas remuer le couteau dans la plaie tellement c'était pathétique une nouvelle fois, mais vous avez osé avec votre habituelle mentalité et rhétorique de cours d'école, « moi c'est pas très bien, Madame, mais l'autre il a fait ça! c'est pire, hein Madame? »; en livrant un post anti-sarkozy de base croyant rebondir comme des chats sur vos pattes. Le ridicule ne tuant pas, je vais moi aussi oser et me livrer à une déclaration officielle en offrant un Mea Maxima Culpa en votre nom.

AU NOM DES MILITANTS ET SYMPATHISANTS SOCIALISTES, JE TIENS À M'EXCUSER PLATEMENT AUPRÈS DE LA FRANCE ET DE L'ENSEMBLE DES FRANÇAIS , POUR L'ATTITUDE INQUALIFIABLE, PUÉRILE, BASSEMENT CALCULATRICE, POUR SES ACTIONS PASSÉES, PRÉSENTES ET FUTURES DE BRAVITUDES INTERNATIONALES DÉPLACÉES DE MARIE SÉGOLÈNE ROYAL, DAME DU POITOU , TOUJOURS NON REMISE DE SES MULTIPLES « NON VICTOIRES » À RÉPÉTITION! ;-))))

SHARKY

PS: J'espère que les journaux vont parler de MOA, si non la prochaine fois j'enlève le bas!

Psbis: Le PS est mal barré avec les temps de parole des siens, ça sent la cacophonie à venir surtout si la majorité provient des journaux people de l'hystérique poitevine. Elle va faire des cheveux blancs Martine.