"Je t'aime, moi non plus", ou une brève histoire de la gauche et de la mondialisation.

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po


La gauche et la mondialisation, c'est un peu comme Laurel et Hardy : un véritable couple infernal. Tantôt présentée comme un phénomène diabolique, tantôt applaudie comme la promesse d'un village global, la gauche ne sait pas toujours sur quel pied danser quand il s'agit d'évoquer la mondialisation.

Le grand paradoxe réside dans ce qu'une force politique comme le Parti socialiste, porté jusqu'aux années Mitterrand par une certaine téléologie optimiste de l'Histoire - "changer la vie" ou la marche vers un monde meilleur-, est progressivement parvenu à être perçu dans l'opinion comme une formation d'accompagnement de la désespérance.
Comment en est-on arrivé là? Pourquoi ce pessimisme social est-il peu à peu devenu le socle idéologique structurant de la gauche de gouvernement? Comment celle-ci est-elle arrivée à incarner pour certains la résistance au changement alors que l'ambition réformiste figure au cœur de son pacte originel?

Le souci réside dans ce que le positionnement idéologique de la gauche de gouvernement s'est, au fil du temps, de plus en plus articulé autour d'une conception purement réparatrice de l'ordre social, à travers un mot d'ordre: constituer "l'anti-droite", c'est-à-dire incarner la force politique qui protège face aux délabrements causés par l'adversaire au pouvoir. C'est cette même vision défensive qui a mené la gauche à entretenir vis-à-vis de la mondialisation un rapport ambigu, sinon totalement méfiant.

En privilégiant ainsi la pensée réparatrice à la pensée créatrice, c'est sur le terrain des luttes et de la protestation que la gauche s'est avant tout concentrée. Ce faisant, il semble bien que son "logiciel intellectuel", du fait de son absence de renouvellement, ait fini par devenir daté. En effet, si la critique de l'ordre social est inhérente à la gauche, l'impasse entretenue par cette dernière est qu'elle se réfère encore trop souvent à un cadre dépassé. Le PS, même à travers ses éléments les plus réformistes, a parfois trop tendance à analyser la société sans suffisamment prendre en considération les importantes évolutions culturelles d'individualisation des préférences et des choix.

C'est cette incapacité à soulever le caractère changeant des structures sociales qui a conduit les socialistes à négliger l'hétérogénéité croissante de la population et à lui imposer subséquemment des mesures qui ont parfois été perçues comme inefficaces parce que trop rigides, à l'image des 35h. Aussi l'échec de la gauche aux dernières élections présidentielles (et avant-dernières, et avant-avant dernières…) est-il avant tout le fruit de sa paresse intellectuelle, qui l'a mené vers le déni de la différenciation et pas assez vers une approche repensée de concepts aussi fondamentaux que celui du mérite, du marché et de la mondialisation.

En effet, s'il n'est pas question de renoncer à la vocation redistributrice des progressistes, les femmes et les hommes de gauche se doivent de dépasser leur "surmoi marxiste", lequel les invite à développer, dans un même réflexe pavlovien, une vision punitive de la réussite. Similairement, une gauche moderne gagnerait à mettre davantage en avant les bienfaits du marché comme de la mondialisation : oui, le premier peut constituer un instrument puissant au service de la lutte contre les inégalités ; oui, la seconde peut être une source formidable de progrès, en faisant sortir du dénuement quelques milliards d'individus. Le tout est d'imaginer un cadre pour exploiter les potentialités, corriger les excès, surmonter les défis et anticiper les dangers d'un monde global.

Ainsi la gauche commettrait-elle une faute historique à se ranger du côté des ennemis de la mondialisation. Elle doit au contraire agir pour la rendre heureuse. Pour faire vivre cette utopie, il devient urgent que les progressistes refondent leur matrice idéologique en profondeur, explorent l'infini du champ des réformes possibles et imaginent les outils politiques de demain. Bref, qu'ils se mettent au travail. La gauche et le travail? Un autre couple infernal. Parlons-en au prochain numéro.

Clara B.

Publié dans Point de vue militant

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DOUD 28/04/2009 10:42

J'ai trouvé cet article particulièremen pertinent avec un bémol sur le fait qu'entre les socialistes de Pipo, qui sont assez informés sur le fait que la mondialisation a plus d'effets positifs que négatifs, et la plupart des militants socialistes, il y a une différence profonde. C'est d'ailleurs pour ça que le parti se morfond. A quand un leader charismatique au PS qui montera un vrai projet de gouvernance et qui abandonnera la critique systématique?

Val 23/04/2009 19:18

Bravo Sharky, tu viens de découvrir que le PS a un peu évolué depuis 50 ans ;)

Sharky 23/04/2009 09:49

Bravo Clara B, tu viens de découvrir le capitalisme qui non content de créer de la richesse comme jamais depuis 50 ans, a également permis à des milliards d'habitants de considérablement élever leur niveau de vie comparativement à leurs ancètres, et à des centaines de millions d'autres de s'extraire d'une pauvreté sans nom. Certes, il en reste encore beaucoup trop mais aucune autre "machine" n'a prouvé sa capacité à faire mieux. Certes la machine a quelques emballements mais à globalement largement plus de positif que de négatif. Il suffit de demander à nos amis de l'ex URSS, de l'ex RDA et autre pays de l'Est ou de la Chine ce qu'ils en pensent, eux qui ont connu les 2; pour les coréens du Nord cela va être difficile, ils meurent de faim et ont d'autres soucis.