AG Avec Najat Vallaud-Belkacem le 12 mai 2009

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po


Najat Valleau-Belkacem était mardi soir l'invitée de la section Jean Zay du PS Sciences Po. Adjointe au Maire de Lyon Gérard Collomb, en charge des grands évènements et de la culture, elle est aussi depuis quelques semaines porte-parole de Ségolène Royal et membre de la direction du Parti Socialiste en tant que Secrétaire nationale en charge des questions de société. Pendant deux heures et avec une grande liberté de ton et de paroles, Najat Belkacem a échangé avec les nombreux étudiants présents. Le dialogue nourri est retranscrit ici le plus fidèlement possible. La section Jean Zay remercie encore une fois Najat Belkacem pour sa présence très appréciée et son enthousiasme.

Merci à Cicorée pour les photos !

Najat Belkacem : Tout d'abord, bonsoir à tous ! Je suis vraiment très heureuse d'être ici parmi vous, heureuse aussi de revenir à Sciences Po. Merci de m'avoir invitée. C'est en effet mon ancienne école et vous verrez – aujourd'hui vous être un peu jeunes – mais plus tard ça vous fera toujours chaud au cœur de revenir ici. Bien sûr maintenant vous êtes tous dans une période d'études, avec beaucoup de travail : néanmoins profitez bien de ce lieu.
Je salue aussi votre participation politique. C'est important. Je souhaite vraiment que puisse engager un échange : je ne suis pas là pour vous faire une conférence. Mais afin de commencer, en guise de propos introductif, j'ai pensé vous parler un peu de l'idée de génération. Et puis ensuite on pourra bien sûr s'en écarter si vous voulez aborder d'autres thèmes.

Il faut en premier lieu partir d'un constat : la génération des 20-30 ans est aujourd'hui la grande absente : absente du monde politique, économique. Elle ne contrôle pas.
Contrairement aux précédentes générations, elle n'a pas connu la guerre, elle est née après les Trente Glorieuses, elle n'a la nostalgie d'aucun âge d'or. Comme le disait Gerard Schroeder, cette génération libre est touchée par la « grâce de la naissance tardive ». Mais en même temps, c'est la génération de l'Europe, du métissage, de l'après Guerre froide. C'est une génération qui à la fois s'offusque des injustices mais salue aussi les réussites individuelles.
Pourquoi ne prend elle pas en main la gestion, aujourd'hui, des grandes problématiques? Elle n'est peut-être pas prête? Trop hétérogène, atomisée? On connaît tous les thèses de Bourdieu sur le fait que les phénomènes de classes l'emportent sur le fait générationnel.

Mais je m'interroge: nous avons connu le 21 avril 2002, la crise des banlieues, le CPE, … Des mouvements ont eu lieu, menés par la jeunesse. Rien de durable n'est sorti de tout cela. La jeunesse n'est pas consciente de sa force.
Aujourd'hui, les jeunes sont moins bien payés, sont davantage touchés par le chômage (insiders/outsiders sur le marché de l'emploi). De plus, on subit une forme d'incapacité structurelle à assurer la mobilité sociale dans ce pays. Autrefois, la définition de la classe moyenne, c'était la possibilité pour les enfants d'améliorer durablement leur niveau de vie par rapport aux parents. Il y a avait cette espérance. Aujourd'hui, c'est un retournement que l'on vit. Le cas des intellectuels précaires est parlant : ils ont des diplômes élevés et des salaires bas.

En politique, aussi, les jeunes sont absents. Deux chiffres. En 1982, la moyenne d'âge en politique est de 45 ans. Aujourd'hui, elle est de 57 ans. D'ailleurs lorsque les journalistes me posent des questions, on me demande toujours ce que ça fait d'être jeune en politique. Mais personnellement je ne me considère pas comme « jeune ». Je suis mariée, j'ai un travail, des enfants. Ca montre le décalage qu'il y a dans la classe politique française.


Simon : A ce propos, la question de la règle du non-cumul des mandats ne pourrait-elle pas être une solution pour laisser la place aux jeunes?
NB : Je suis favorable au non-cumul. Mais j'y mettrai peut-être un bémol, sauf pour les mandats nationaux. Un mandat national = pas de cumul. Au niveau local, c'est plus compliqué et pour une raison principale : il n'y a pas de statut de l'élu local en France. Un élu local perçoit de faibles indemnités (environ 1200 euros en moyenne, sauf bien sûr pour les grandes collectivités) et c'est souvent difficile de cumuler un mandat – c'est vraiment un sacerdoce, vous savez – et un emploi. D'où la nécessité de cumuler parfois.
Un autre point est que la règle du non cumul des mandats ne passionne pas du tout les Français. De plus, ça les arrange souvent. En effet, prenons un exemple, c'est parfois plus simple pour une dame de venir me voir à ma permanence d'adjointe au Maire et de pouvoir, en même temps, me demander des conseils ou des explications sur telle ou telle politique mise en oeuvre par le département du Rhône.
Enfin dernier point, il faut que tout le monde joue le jeu en même temps. Il faut un effet d'entraînement de tous les partis pour que cela marche vraiment.

Valentin : Martin Hirsch a parlé récemment des difficultés de la jeunesse et de la nécessité qu'elle se révolte pour se constituer en bloc contre les générations précédentes actuellement au pouvoir. Pour se rassembler, il faut souvent trouver un adversaire commun. Néanmoins, si la jeunesse se révolte, ne se met-elle pas en rupture avec la société qu'elle aspire à ensuite diriger?
NB : C'est juste. Les jeunes sont d'une manière générale très conscients des injustices et des problèmes.
Au Canada, ils ont essayé de répondre à ces difficultés de génération. Ils ont créé des instances décisionnelles avec une représentativité par âge. C'est donc une institutionnalisation du principe.

Elsa : Je m'écarte un peu du sujet. Je veux parler des femmes et de leur implication. Aujourd'hui, je pense que la plupart des obstacles à l'égalité hommes-femmes sont tombés (salaires, formations, …). Alors pourquoi, y a t'il toujours des inégalités selon vous? On est ce soir 1/3 de femmes dans la salle.
NB : D'une part, il y a un effet de rattrapage lent au vu du retard accumulé. Je pense que l'habitude joue aussi, ainsi qu'un effet puissant d'auto-censure.
Et puis, le monde politique est d'une violence inouïe : il faut renoncer à beaucoup de choses (sa tranquillité, même le week-end – et avec le sourire ! -, sa vie privée en partie...) Il y a donc probablement un arbitrage fait par les femmes.
Enfin, je crois qu'il y a aussi des réticences en politique … un fond de machisme qui persiste.

Etienne : Même à Sciences Po je me rends compte que c'est difficile d'atteindre spontanément la parité.
NB : Il faut aussi redéfinir la façon de militer. Avec Ségolène Royal notamment, on réfléchit à ces évolutions. Les réunions fréquentes à 20h30 en semaine ne sont pas forcément très pratiques ni incitatrices.
Il faut donc revoir la définition du militant avec l'utilisation des NTIC, envisager des réunions de voisins, d'appartement. Et puis, on doit s'ouvrir très largement. Nous devons devenir un parti de masse avec au moins 500 000 adhérents. C'est que nous voulons avec Ségolène Royal.

Simon : Mais curieusement les études montrent que les femmes ont plus voté pour Nicolas Sarkozy. Si les hommes seuls avaient voté, Ségolène Royal aurait gagné! N'y-a-t'il pas un fantasme d'un blocage des femmes par les hommes?
NB : (sourire) C'est intéressant. Effectivement, la règle « les gens qui te ressemblent votent pour toi » est fausse. En 2007 lorsque j'ai été candidate aux législatives dans l'ancienne circonscription de Raymond Bare, très à droite et notamment grâce au redécoupage Pasqua, j'en ai eu la preuve. Il y avait au sein de cette circonscription un quartier très populaire, très dur. Je n'ai pourtant pas fait un bon score. Aux élections cantonales cela s'est aussi vérifié alors que je suis moi aussi issue de l'immigration, etc...
Je vais aussi vous raconter une anecdote. Pendant la campagne de 2007, je tracte sur un marché, et une dame prenant un tract me demande « mais Ségolène Royal a toujours des enfants mineurs, non? », oui, une, pourquoi?, « mais alors qui va s'occuper d'elle? ». Tout ça pour dire que les gens ont parfois une vision un peu décalée.
Et, savez-vous pour quelle raison les plus de 65 ans ont voté en majorité pour Sarkozy? … Travailler plus pour gagner plus! (rires de la salle) Derrière ça, il y a une image erronée de la société française, déformée. Ils s'imaginent peut-être une France de fraudeurs, de paresseux, peuplée de mauvais « jeunes ». Le PS doit pouvoir modifier positivement l'image fausse qu'ils ont de la société.

Alexandre : Se concentrer sur les clivages générationnels, n'est ce pas oublier les questions sociales?
NB : Vous avez totalement raison, et d'ailleurs je ne nie pas cela. Effectivement les questions sociales demeurent majeures. Bien sûr!
Seulement aujourd'hui, les jeunes ont peut-être plus conscience des inégalités et des problèmes.

Etienne : Quand on parle des jeunes issus de l'immigration, je suis toujours mal à l'aise. Cela me semble peu adéquat car la plupart sont nés en France. Alors quelle sémantique utiliser? "La France dans sa diversité"? "La France de la réalité" (Martine Aubry l'a employé récemment)?
NB : Aucun terme n'est vraiment convaincant. Il faut y réfléchir. On mélange tout et il faut faire très attention.

En ce moment, je commence à réfléchir sur différents thèmes de société dans le cadre de mon secrétariat. Par exemple, la Gestation pour Autrui (GPA). Il faut placer le PS en avance sur ces thèmes là. Nous devons réfléchir en amont, être offensif et non pas sur la défensive.
En 2010, on va revoir la loi sur la bioéthique. La droite va encore nous dire: « donnons la liberté de pratiquer des GPA ! ». Il faut donc réfléchir collectivement sur des sujets aussi sensibles. Ce ne sont pas des sujets faciles. En Suisse par exemple, ils ont mis en place des conférences de consensus. On place 12 personnes (un panel représentatif de la société) dans une salle de réunion et on leur demande – sur un sujet précis – de dégager un consensus unanime. Ils doivent s'accorder sur un point.
On parlait de la GPA. Mais, sur les systèmes de quotas et de discrimination positive, là encore il y a matière à discussion. Je n'y suis pas très favorable personnellement. Cela me semble dangereux, pernicieux. Regardez l'exemple de la Belgique avec les Flamands reprochant aux Wallons de bénéficier de la majeure partie des aides de l'État fédéral. La discrimination positive peut donc semer la dissension.

Etienne : Ségolène Royal avait dit pendant la campagne présidentielle que sa position sur l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne serait celle des citoyens. Le politique ne doit-il pas au contraire précéder la société ou seulement l'accompagner? Le risque de ces comités de consensus n'est-il pas celui d'aboutir au plus petit dénominateur commun?
NB : Ma réponse est simple: sur certains sujets porteurs de progrès sociaux, sociétaux, on ne transige pas. La peine de mort ou le droit à la filiation pour tous par exemple. Mais sur d'autres sujets, il y a hésitations. Là il faut donc une démarche plus collective.

Thomas : J'aimerai revenir quelques instants sur l'épineux débat que tu as abordé : la Gestation pour Autrui. Je crois profondément que ce qui se cache derrière la GPA, c'est l'hystérisation du désir d'enfant. Ce désir d'enfant est aujourd'hui si puissant qu'il pourrait se transformer en droit opposable à l'enfant ! Je comprends bien sûr la souffrance des couples qui pour des raisons médicales, voire des couples homosexuels, ne peuvent avoir d'enfants biologiques. Néanmoins, faut-il pour autant que ce désir d'enfant effréné bouscule tous les obstacles philosophiques et déontologiques qui balisent aujourd'hui l'idée que l'on se fait de la naissance?
NB : Vous avez tout à fait raison. De plus, il faut aussi prendre en considération la souffrance de la mère porteuse. Même si cette dernière est consentante, doit-on accepter la souffrance psychique de la mère qui abandonne le nouveau-né qui vient de naître?


Swann : Un militant qu'est ce que c'est pour vous?
Un militant est d'abord quelqu'un de convaincu. C'est quelqu'un qui croit en ses valeurs et qui sait en parler aux autres. Je connais ainsi à Lyon une petite dame, charmante, qui m'a beaucoup aidé dans ma campagne. Alors bien sûr elle ne connaît peut-être pas la dernière loi ou règlement. Mais elle a une énergie et un enthousiasme car elle croit en ses idées. C'est ça être militant.

Sébastien : Sur la question des statistiques ethniques, ça me semble nécessaire pour les chercheurs. Votre avis?
NB : Je n'y suis pas très favorable. Quand tu te bas en politique, tu te bas pour des principes. Tu te bas contre des inégalités dès la première personne qui les subit. Peu importent les statistiques.

Anouar : Comme tu l'as dit, il faut une massification du PS. Il faut restructurer le Parti et sortir de la logique de courants.
NB : C'était dans le programme de Ségolène Royal au Congrès ! Effectivement nous devons aller vers un grand parti de masse, nous devons parler à la société et cesser de ne parler qu'entre nous, dans nos réunions internes. Nous devons aussi aller vers les Français pour les convaincre. Aujourd'hui, le problème des courants est toujours là.

Simon: Par rapport aux problèmes de société, il faut faire l'agenda !
NB : Oui, il faut être à l'offensive et non pas sur la défensive afin de ne pas apparaître comme les conservateurs. C'est donc une réflexion de longue haleine qu'il faut mener avec de grandes questions de principes à ré-interroger.

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Florentino 26/05/2009 13:39

A chaque congrès y s’font baiser
La motion pour laquelle ils ont voté
A la fin, ils ne la reconnaissent pas
Et par un tour de passe, passe
Les meilleurs on s’en débarrasse
Et sous couvert de débat
On les met au placard à chaque fois,
Rocard a disparu comme ça.
Ils se font des mamours et des sourires
Mais comme à chaque fois, chaque fois
Ce sont les mêmes carmes, les pires,
Qui gagnent à chaque fois. A chaque fois.
Et à ce congrès il n’y aura rien de nouveau
Toujours, toujours appareil
Les mêmes ambitions, les mêmes faux débats
Ne sont là que pour se partager le gâteau,
Pas un de différent, tous pareils,
Sans projet, trop occupé par leurs petites querelles,
Pas un porteur de renouveau

Florentino 26/05/2009 13:38

En chanson

http://fr.youtube.com/watch?v=A12ok-1zGH8
Aznavour La Mama ( A chaque fois )
Ils sont venus, ils sont tous là,
Ca va être une vraie boucherie.
Ils vont s’étriper cette fois
Ils sont venus, ils sont tous là
Y a Martine, Delanoë, Emmanuelli
Et la madone qui a envie du parti
A moins que ce ne soit des parties,
Elle ne sait pas.
Tous les militants les écoutent en silence
Ils sont venus de Paris les bobos
Mais leurs votes n’ont pas d’importance
Comme d’hab ils l’auront dans le dos
Comme à chaque fois

Cicorée 24/05/2009 19:56

Merci a Najat ce fut effectivement un plaisir immense et je la trouve sincere, pleine de bonne volonte et vraiment a l'ecoute. Je lui souhaite que du bien! Merci pour la retranscription!!

Jean-François 17/05/2009 19:18

Effectivement, alors qu'au contraire l'UMP est reconnu pour son désintéressement total au service du citoyen et a promu tous les ministres au vu de leur seule compétence...
Plus sérieusement, une discussion intéressante même si je ne suis pas d'accord sur plusieurs points.

Sharky 15/05/2009 20:53

Nul doute que "NVB" fera une longue carrière au PS grâce à son sourire carnassier dont les dents de l'arrivisme rayent tous les sols. Elle aura été dans ce domaine à bonne école.