Incertitudes sur les élections du Bundestag à J-5

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Un suspense paradoxal entoure les pronostics de résultat du scrutin de dimanche prochain outre-Rhin.


En effet, le pourcentage approximatif de voix recueillies par chaque force politique semble connu à l’avance, à quelques points près. La CDU-CSU recueillerait entre 34 et 38 % ; la SPD, dont la victoire aussi conjoncturelle que relative aux élections des Länder d’août dernier ne fait pas oublier la faiblesse structurelle depuis la montée en force de Die Linke (voir article de Ladislav V., Une autre gauche en Europe : Die Linke), entre 20 et 25 % ; la FDP entre 12 et 16 %, selon le nombre de déçus de la CDU-CSU – et particulièrement de la politique afghane de son Ministre de la défense mis en cause récemment – qu’elle parvient à attirer ; Die Grünen et Die Linke oscillant tous deux entre 10 et 15 %.


Pour autant, rien n’est joué quant à la couleur de la coalition qui gouvernera l’Allemagne durant les quatre années à venir. L’option considérée depuis quelques mois comme la plus probable, celle d’une coalition entre CDU-CSU et FDP (« schwarz-gelb »), se voit sérieusement concurrencée dernièrement, du fait de son étroitesse, par l’hypothèse d’une poursuite de la
Grosse Koalition entre SPD et CDU-CSU. Par ailleurs, malgré les récentes affirmations des responsables de la FDP et des Grünen, il convient de ne pas éloigner trop vite la perspective d’une « Jamaïka-Koalition », entre CDU-CSU, FDP et Grünen, voire d’une « Ampelkoalition » entre SPD, Grünen et FDP, même si ces scénarios semblent moins probables.


Quatre scénarios possibles donc, radicalement différents, allant d’un gouvernement ancré clairement dans le social-libéralisme (Ampelkoalition), à une alliance largement conservatrice (schwarz-gelb). Plus que par les chiffres apparaissant sur nos écrans dimanche à 18 heures, ce sont surtout les tractations entre forces politiques, « à partir de 18 h 01 » comme l’affirmait lundi Frank-Walter Steinmeier, qui détermineront la couleur de la prochaine coalition au pouvoir.


Ce paradoxe nous amène à relativiser les mérites souvent vantés de la culture de négociation qui serait le trait constitutif de la démocratie allemande (considérant naturellement en creux la démocratie française et ses rigidités comme archaïque) : si la négociation est bien une réalité forte outre-Rhin, elle a néanmoins pour conséquence de noyer les options populaires dans le grand bal des tentatives de rapprochement entre partis. En d’autres termes, un même résultat issu des urnes dimanche pourra conduire à la formation de différentes coalitions selon le déroulement des tractations post-électorales. Or, si les partis sont incontestablement nécessaires en démocratie comme vecteur des choix populaires, il convient que ceux-ci ne contournent et n’ignorent pas ceux-là.


Bastien L.

Publié dans Europe

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