Le G20 de Pittsburg: un échec annoncé faute d'union des pays de l'UE

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po


Malgré la reprise timide de l’activité économique, la crise est loin d’être terminée.

Si la tempête financière et boursière s’est relativement calmée, la hausse massive du chômage devrait s’en ressentir sur le pouvoir d’achat des citoyens américains et européens, surtout lorsque les chômeurs arriveront en fin de droit ou auront perçu leurs dernières indemnités de licenciement. Ainsi, une rechute de l’économie dans les prochains mois est bien plus que probable. Dés lors, « le monde ne peut se permettre un G20 pour rien », martèle le PS.

Pourtant, la construction de l’économie de demain se fait attendre. Après plusieurs sommets du G20 historiques, puisqu’ils ont entériné définitivement l’entrée des pays émergents dans les processus de décision à  l’échelle planétaire, les chefs d’Etat continuent à s’opposer, tant sur les modalités que sur le fond, à l’architecture de ce nouvel ordre économique tant attendu.


La commission européenne, dirigé par son schizophrénique président, le tout juste réélu José Manuel Barroso, néolibéral hier, ardent défenseur de la régulation aujourd’hui, tente de trouver un accord entre les pays européens. Parmi les solutions envisagées, rappelons que le parti socialiste européen exige l’encadrement des bonus, afin  de regagner la confiance des citoyens européens ; la possibilité d’une taxe sur les flux financiers internationaux pour fournir aux Etats une nouvelle source salvatrice de revenus pour leurs finances exsangues ; la lutte contre les paradis fiscaux dans le but d’éviter la fuite de capitaux et donc la perte de ressources fiscales au profit de micro états et de sociétés opaques couvrant des opérations plus que douteuses (comme l’établissement clearstream au Luxembourg…) et enfin la réforme du processus de décision au sein du FMI, c'est-à-dire la fin du véto américain et la baisse du nombre de voix accordées aux pays occidentaux au profit des pays émergents.


Dans un discours d’une fermeté inhabituelle, José Manuel Barroso a même affirmé à propos des bonus et de l’encadrement des salaires que « si nécessaire, il faut y aller seul ».

Toutefois, comme le rappel le PS, « La position européenne n'est malheureusement pas de nature à lui donner une vraie impulsion. Malgré les affirmations contraires de Nicolas Sarkozy, le compromis adopté à Bruxelles jeudi dernier ne prévoit en effet ni mesure de plafonnement des bonus ni véritable régulation financière ».



Quant à la construction d’une régulation de la finance, au moins à l’échelle européenne, avec la création de trois institutions européennes pour contrôler les banques, les assurances et les marchés financiers des 27 membres, ainsi que la mise au point d’un conseil des risques systémiques comme le propose José Manuel Barroso, là encore l’Europe patine faut d’accord entre ses membres. Londres refuse en effet toute idée de décision s’imposant aux contribuables anglais sans leur accord préalable.

Désunis, les Européens ne pourront donc obtenir des américains et des puissances asiatiques, qu’au mieux des accords à minima sur la question des bonus, au pire des déclarations d’intention classées sans suite. Et l’initiative ne pourra venir cette fois des Etats-Unis. Chahutée dans son propre pays par des conservateurs opposés à la création d’un système de santé sur fond de racisme, Barack Obama cherche à éviter une confrontation frontale avec les défenseurs de Wall Street et se présente à ce G20 sur la défensive.

Ce n’est donc pas depuis Pittsburg que naîtra le nouvel ordre économique mondial et ce au grand dam des citoyens des pays du G20 durement touchés par la crise. L’attente ne sera que plus forte lors du prochain sommet, un rendez-vous que les européens ne pourront manquer et qu’ils doivent d’ores et déjà préparer. Le PS demande ainsi "l'encadrement des hautes rémunérations et souhaite que la France montre l'exemple en légiférant en la matière". Une proposition de loi en ce sens a été déposée par les députés PS et sera débattue le 15 octobre à l'Assemblée nationale. Un premier pas nécessaire que le Président Sarkozy ne pourra ignorer s’il tient tant à réformer le monde de la finance comme il l’affirme.
Espérons pour les citoyens européens qu’entre temps, les élections législatives allemandes du 27 septembre permettront au candidat du SPD, Franz-Walter Steinmeier, d’accéder au poste de chancelier. Il pourra alors renforcer la pression sur Nicolas Sarkozy pour transformer ses innombrables déclarations d’intention, poudre aux yeux inutile, en actes.


Arnaud L.

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