[Vu d'ailleurs!] Kouchner chez les Américains: l'arrogance au service de la Realpolitik

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Bernard Kouchner était à New York cette semaine pour participer à  la session plénière de l’Assemblée générale des Nations Unies. Ce jeudi, il en a profité pour faire un discours dans une université non loin de là… En constatant la piètre qualité de sa prestation, je me suis dit qu’il aurait mieux fait de ne pas venir, ne serait-ce que pour l’image de la France et de l’Europe auprès des Etats-Unis. 


Les étudiants de Columbia présents l’attendaient pourtant au tournant. Même ici, beaucoup connaissent « Docteur » Kouchner et son passé humanitariste. Il a été totalement incapable de satisfaire ces attentes. Premier détail sur lequel je vais très vite passer : son anglais était pitoyable. Lors de la séance de questions qui a suivi son discours, il avait besoin qu’Henri Guaino se lève et lui souffle la traduction dans l’oreille.  
Le discours avait un thème : l’Europe et ses défis. A priori, il s’agit de gloser sur les sujets où l’Europe est attendue au tournant : régulation financière, sécurité internationale et droits de l’homme. On attendrait d’un ministre des affaires étrangères issu d’un pays comme la France qu’il indique quelles sont les directions de l’action concertée des Européens. Ou bien, qu’il fasse part au public d’éventuelles difficultés pour aboutir à cette concertation. Au lieu de ça, il a employé un ton très moralisateur et a raconté l’histoire de l’Europe comme s’il parlait à des enfants. Après le lyrisme survient la résignation. Les mots qui revenaient les plus souvent étaient « very difficult », comme pour justifier le manque d’ambition et l’action à courte vue des leaders européens d’aujourd’hui. Le discours s’est terminé sur une note très étrange. Il semblait s’agenouiller devant les Américains pour leur répéter dix fois avec le plus mauvais accent : « We want to be part of the work ! », en parlant notamment des sujets comme la Palestine. Comment diable un Américain peut-il faire confiance à une Europe dont les leaders se montrent aussi résignés et cyniques ?  

Le plus drôle est à venir. Comme je l’ai dit, les Américains considèrent Kouchner comme une figure spéciale. Ce dernier a réussi l’exploit de doucher leurs attentes en apparaissant comme le représentant le plus mesquin de la realpolitik. A la question, inévitable, sur la façon dont Rama Yade et son secrétariat d’État aux droits de l’homme, il a répliqué que défendre les droits de l’homme en politique étrangère n’était pas « efficace ». Il a appelé son homologue russe Sergueï Lavrov son « ami ». Autre question, celle du dévoiement du travail humanitaire dans le monde et du manque de protection dont font l’objet les employés et bénévoles des ONG. Pourtant fondateur de Médecins Sans Frontières, Kouchner a répliqué que ce sont les membres des ONG qui sont les uniques responsables de leur mise en danger : parce qu’au nom du principe du neutralité, ils refusent la protection militaire qui leur est « accordée », ils ne devraient blâmer personne lorsqu’ils sont pris en otage ou tués.  

Les applaudissements de la salle à l’issue de la conférence étaient pour ainsi dire limités, froids et polis. Notre ministre n’en méritait guère plus.  

Sébastien B. (en direct de New-York City)

Publié dans International

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Sandra 26/09/2009 18:40


C'est complètement incroyable, je n'en reviens pas. Ca devient inquiétant, après le coup des yogourts...je me demande s'il ne perd pas la boule. Evidemment je n'ai vu aucun écho de ça dans la
presse française, heureusement que tu étais là ! Finalement la gauche a bien fait de ne pas le mettre en avant plus que ça, Védrine c'était quand même un autre niveau !