L'éternelle querelle du PIB

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

 

Les réactions suscitées par les conclusions de la commission Stiglitz n’ont pas été aussi enthousiastes que le commun des mortels aurait pu le penser.

Pourtant, le Président de la République avait mis les petits plats dans les grands : 5 prix Nobel dont Joseph Stiglitz et Amartya Sen (pas vraiment réputés pour leur ultra libéralisme économique), pour réfléchir sur un grand sujet : les limites du PIB.

Et nos éminents chroniqueurs français, Eric Le Boucher (Les Echos), Pierre Antoine Delhommais (Le Monde), se sont immédiatement portés au secours de ce pauvre PIB déchu, car certes il est imparfait, mais il est bien utile quand même. Il n’y a eu que Le Figaro pour saluer un travail pas « révolutionnaire » mais « d’une grande modernité ».

 

Commençons au commencement. Il est aujourd’hui assez consensuel d’affirmer que le PIB est un indicateur imparfait, qui mesure la valeur ajoutée des entreprises nationales, c’est-à-dire leur production. Disons-le, c’est du bon sens, il sera toujours vrai qu’un seul indicateur ne peut évaluer à lui seul l’économie d’un pays. Pourquoi dès lors en faire une commission ?

C’est ce que se sont demandés les chroniqueurs-économistes, outrés par le fait qu’on ose contester des indicateurs pendant que le monde est en crise. Ils feraient mieux de travailler au retour de la croissance, ces imbéciles de Prix Nobel !

 

Analysons leur discours. Ils ont raison de faire remarquer nous sommes dans l’urgence, avec une crise économique et sociale sur les bras. Et il est vrai qu’une augmentation du PIB signifie plus de richesse, donc plus d’emplois et plus de revenus, autant de bonnes nouvelles pour les victimes de la crise, qui se moquent bien de savoir si le PIB est un indicateur pertinent.

Mais la crise a bon dos. Et il serait juste de noter qu’encore une fois, l’hégémonie de l’économie en tant que science sous tend des discours qui se veulent progressistes, voire « de gauche ». Les solutions économiques, ce sont les politiques qui les mettent en place, et tout le rôle de la commission Stiglitz était d’aider les dirigeants à orienter leurs politiques publiques en connaissance de cause. Et, bien qu’on puisse noter le double langage du Président de la République, qui d’un côté mène une politique économique classique, et de l’autre fait semblant de se poser des questions sur le bien être des français, pour une fois, la réflexion économique est mise au service de l’action publique. Ca vaut d’être souligné.

 


Le rapport de la commission appelle, simplement, à prendre en compte d’autres indicateurs pour diriger les politiques économiques : le Produit Intérieur Net (qui ne prend pas en compte les investissements de remplacement, qui ne créent pas de richesse) ou le revenu net des ménages par exemple. Le rapport a le mérite de noter une idée essentielle : les dirigeants doivent connaître la situation réelle des ménages, peut être mieux que la situation de leur économie nationale. C’est-à-dire leur richesse, leur bien être, le prix d’une baguette de pain, les habitudes de consommation, les mobilités, les problèmes récurrents de la vie quotidienne… «Les embouteillages peuvent accroître le PIB puisqu'ils entraînent une augmentation de la consommation d'essence, mais pas le bien-être» ironise le rapport, mettant en exergue les limites d’un indicateur dominant dans la pensée économique.

La commission insiste également sur deux idées : mieux prendre en compte les transferts en nature de l’Etat vers les ménages, et améliorer les indicateurs mesurant le développement durable. En tant qu’esprit de gauche, on ne peut que saluer discours aussi pertinent, discours tenu par la gauche depuis un certain temps déjà. Constituer une boite à outil économique pour les dirigeants politiques qui ne soit pas uniquement orientée vers la production économique, mais également vers tous les autres pans de l’économie, est une excellente idée.

 

Y a-t-il plus important que d’aider les dirigeants politiques à prendre des décisions dans une économie de plus en plus complexe et multiforme ? Oui, nous disent les critiques du rapport, il y a retrouver l’équilibre de la croissance et éviter d’autres accidents. Ah, mais ce n’est pas le rôle d’un gouvernement, ça ? On marche sur la tête.


MP

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Alain 26/09/2009 09:49


Article éclairant! L'idée de repenser un nouvel indicateur de richesses, incluant non plus seulement la création et l'échange de biens et services marchands, mais aussi le bien-être, le niveau de
formation, la santé, ... était d'ailleurs portée par le PS dans la campagne de 2007.