[Allemagne] L'acclamation aléatoire comme ironique témoin du désenchantement citoyen

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Le jour J des élections générales allemandes est donc arrivé. Laissons donc de côté, pour le moment, les commentaires et analyses sur la possible issue du scrutin! En revanche, soulignons que la campagne électorale a été marquée par une nouvelle forme de critique sociale de la politique. Le principe est simple: averties par le web et les réseaux sociaux, des personnes se retrouvent parmi une foule, au coeur d'un meeting, et ils hurlent un YEAH tonitruant à chaque phrase de l'orateur (Voir la vidéo; Angela Merkel s'exprimait à Hambourg, le 18 septembre 2009). Quoi de plus normal dans un meeting que de mettre de l'ambiance, de marquer son assentiment tonique et enthousiaste?

Seulement voilà, l'arme vocale "YEAH" est ici à double tranchant. Employée à tout propos, elle noie et désacralise la parole politique, lui retire toute importance en tant qu'elle égalise la portée de chaque mot. Pis, elle la décrédibilise en ridiculisant l'orateur, jouet d'une vaste farce dont les didascalies exclamatives seraient absurdement placées dans la trame. Les YEAH-flashmob sont donc un nouveau signe outre-rhin d'une perte de sens de la politique et de l'incompréhension du discours.

Les sondages l'illustrent, qui donnent la victoire à l'abstention: 30% environ. Nicolas Sarkozy et son prochain adversaire de second tour devront être sur leurs gardes: il y a parfois des acclamations mortifères.

Thomas E. 

 

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