[Grippe A] Les barrières de la lutte contre la grippe

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po


 Comme l’a souvent rappelé François Fillon, à propos de la crise financière, en temps de crise, il n’y a plus de place à la « polémique politicienne », sous peine de porter atteinte à l’union sacrée des français autour de l’UMP.

La rhétorique est bien connue : nous l’opposition devrions cesser de briser le calme politique orchestré par un président de la République qui cherche à étouffer toute forme de contestation.

La pensée unique, si souvent invoquée pour qualifier le discours de la gauche, a changé de camp. La guerre contre la grippe est déclarée et toute critique adressée à l’égard du gouvernement passerait pour une tentative dangereuse de mutinerie ou pire de collaboration avec l’ennemi !

Que l’on se rassure, les socialistes n’entendent pas pactiser avec le H1N1 pour renverser le gouvernement et semer la panique dans le pays !


Les questions que l’opposition est en droit de se poser sur la gestion de la pandémie grippale par le gouvernement font partie des exigences que tout citoyen doit avoir en faveur d’une plus grande transparence de l’action publique. Il ne s’agit pas là d’une manœuvre politique de la part d’une opposition en mal de projet et d’alternative, comme voudrait nous le faire croire la droite, mais bien d’une démarche constructive visant à préparer notre société a affronté les risques sanitaires, économiques, sociaux, mais aussi politiques, de la grippe.

Il faut sur ce point saluer les prises de positions de Jean-Marie le Guen. Comme celui-ci le rappelle à plusieurs reprises : « nous ne sommes pas tous égaux devant les risques de pandémie ».

Cette crise interroge en effet le fonctionnement même de notre société. Que faire par exemple, vis-à-vis des personnes seules ou isolées, qui ne pourront pas recevoir leurs soins à domicile lorsque les infirmières ou les aides ménagères seront atteintes par le virus et incapables d’assurer leurs services ? Faute de réelle coordination de l’action du gouvernement avec les associations et centres d’action sociale, c’est toute une partie de la population qui sera plus vulnérable face à la grippe et ses conséquences.

Il s’agit bien là d’une barrière sociale sur laquelle butte l’action du gouvernement, dans la mesure où cette grippe peut devenir surtout plus grave pour les personnes les plus à risques ou les plus défavorisées. Lever cette barrière impliquerait une plus grande solidarité, aussi bien sur le plan national, vis-à-vis des plus démunis, mais également sur le plan international, où l’on peut douter de la vertu philanthropique affichée par certains laboratoires pharmaceutiques.

La tendance est forte au sein du gouvernement de faire porter l’action publique uniquement sur les techniques médicales (vaccins, masques), alors que la gestion d’une crise pandémique implique de s’investir encore plus fortement dans la conduite des politiques sanitaires et sociales.


Si la gestion de la pandémie impose une action plus forte de la part de l’Etat, il ne faudrait pas non plus que cette intervention se fasse au détriment des libertés publiques. C’est là un deuxième type de barrière, celle que l’on tente d’imposer à l’exercice de nos libertés.


Le gouvernement a choisi de privilégier une stratégie axée quasi exclusivement sur le maintien de l’ordre public. A ce titre d’ailleurs, le Ministre de la Justice envisage de prendre des mesures visant à modifier la procédure pénale en cas de pandémie (comme la modification de la composition des formations de jugement, avec dans certains cas l’instauration d’un juge unique). Sous couvert de mesures visant à limiter l’extension de la pandémie, c’est bien le risque de voir s’instaurer une justice d’exception qui se dessine. Le Syndicat de la Magistrature a d’ailleurs interpellé la Garde des Sceaux début septembre, sur ce sujet, dénonçant un dispositif liberticide.


Mais au-delà de la seule pandémie grippale, c’est l’action même du gouvernement en temps de crise qui pose problème. Or c’est précisément lors de crise, qu’un pays démocratique comme le notre, peut tester la force de son Etat de droit.

Face à une crise-sanitaire, économique, ou écologique-, il ne suffit pas de se protéger derrière des « mesures barrières », il faut savoir mener des politiques visant à limiter l’impact de la crise tout en s’assurant du respect de l’égalité et des libertés de tous les citoyens.

Au gouvernement de savoir relever ce défi et à nous, opposition et citoyens, d’être vigilants !


Arnaud

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