Travailler tue.

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Les médias traitent jusqu’à la nausée les drames qui traversent nos sociétés. Ainsi en est-il des suicides de salariés de l’entreprise France Télécom.
Pourtant, malgré ce rabachage continuel de personnes en détresse qui se jettent dans le vide, tout le monde, préoccupé par les causes et les solutions, a oublié les morts, les vies perdues dans un capitalisme déraisonné.
 
L’affaire détache deux paradoxes affligeants qui affectent notre culture actuelle.
Le premier d’entre eux est cette médiatisation à outrance, qui traite de tout sauf de la souffrance. Reportage après reportage, sur le PDG, les managers, les collègues, le spectateur ou le lecteur oublie l’humanité toute entière. Le sentimentalisme a tué le sentiment. Et les interrogations se portent tellement sur les causes de cette « mode », sur les dérapages et les opinions de chacun, que tout le monde oublie cette détresse atroce, sous nos yeux chaque jour, dans nos oreilles chaque jour, cette détresse atroce noyée dans le flot médiatique.

Alors que la cause première de ces suicides est cette même déshumanisation que nous font subir les médias jour après jour. Les cadres managers, tout comme les médias, oublient qu’ils traitent d’abord d’hommes et de femmes, et que rien ne justifie de générer de la souffrance chez un être humain.
Et c’est le deuxième paradoxe de notre culture française : d’un côté, des français qui mettent la valeur travail au dessus de beaucoup d’autres, mais qui ne sont presque jamais heureux dans leur profession ; de l’autre, des managers qui cherchent la rentabilité à tout prix alors que la rentabilité s’obtient tellement mieux avec des individus bien dans leur peau qui se réalisent dans leur travail. Quel point de stupidité faut-il avoir atteint pour oublier qu’un bon management est un management où les salariés sont heureux et motivés par leur travail ? Quel point effroyable d’indifférence faut-il avoir atteint pour considérer les salariés comme des ressources sans humanité, malléables à merci au service d’objectifs comptables ?
C’est pourtant ce qui se passe, sans que personne ne le dise clairement. Des gens meurent au nom de la rentabilité, et ce n’est pas une affirmation de gauchisme rhétorique, non, c’est un fait, une réalité incontestable. Des gens meurent.
Et le plus triste de l’histoire, c’est que la solution des plus grands experts sur le sujet, c’est d’arrêter le management par le stress, les mobilités forcées ou les changements de métier. C’est revenir à un management des hommes en tant qu’humains et non pas en tant que simples ressources. Mais, comment a-t-on bien pu s’éloigner de ça ? Qu’est-ce qui va si mal dans notre société et dans notre formation de cadres dirigeants pour qu’ils croient que la terreur, la déstabilisation, la dépression, sont des modes efficaces de management ?
 
La vraie conclusion d’un tel drame n’est pas qu’il faut changer la nature humaine, car finalement, c’est bien ce dont il est question : des gens à qui l’on donne du pouvoir sur d’autres, avec des objectifs de rentabilité à atteindre, et qui décident de se servir du fouet, méthode aux effets radicaux et surtout immédiats. La vraie conclusion, c’est qu’il faut absolument revoir l’organisation du travail en France. Depuis le taylorisme, l’individu a gagné en épaisseur par rapport au groupe tandis que le statut de salarié semble de moins en moins adapté à une société où chacun cherche désormais sa place singulière.
En conséquence, la collaboration, la valorisation du travail de chacun, une certaine autonomie avec accompagnement, une gestion efficace du stress et surtout une minimisation de la concurrence entre salariés, sont des méthodes de management bien plus efficaces que la peur et la menace. Ainsi, même sans en appeler au bon cœur du capitalisme qui n’existe pas, on en appelle à son intérêt pour arrêter définitivement des méthodes inhumaines : plus de rentabilité et moins de mauvaise publicité à cause de la « mode » des suicides seraient à la clé du changement.
En attendant que les méthodes de management du privé veuillent bien changer, c’est à l’Etat de pourvoir à une assistance efficace et systématique auprès des personnes mal dans leur travail, enjeu majeur de santé publique de notre siècle. Car il s’agit bien de gens qui meurent.

M.P.

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pm 02/10/2009 11:46


Je trouve cet article que vous conseillez véritablement de la pire espèce :
1-il s'agit d'un chercheur, qui affirme connaitre la vérité pendant que d'autres se trompent ce qui est tout sauf une position scientifique crédible,
et 2- il s'agit d'un chercheur qui critique d'autres chercheurs pour leur engagement.
Cet article est totalement symbolique de la manipulation politique utilisée de tout temps par des intellectuels malhonnetes : ils font semblant d'observer de l'extérieur et de ne prendre parti
alors que leur discours défend clairement un camp au détriment de l'autre. c'est purement dégoutant tant de malhonneteté et l'utilisation scandale du statut de chercheur soi disant "objectif"
(quand les vrais scientifiques reconnaissent depuis longtemps que l'objectivité est impossible à atteindre et non souhaitable).
et le pire!! c'est la défense des propos d'Hortefeux. prenons la mesure des choses : nous avons un raciste comme ministre de l'intérieur. Alors les réactions de Hamon et compagnie étaient peut etre
démagogiques, mais enfin merde on ne transige pas avec le racisme! lisez donc l'article du monde écrit par un journaliste maghrébin.
Pour conclure, il est à noter qu'on peut exactement écrire le même article sur l'UMP. Rien là dedans à part le "politiques tous pourris mais en plus à gauche ils ne savent pas faire le ménage".
Merci bien pour l'info, mais pour l'analyse constructive, on repassera.


marie-christine 01/10/2009 12:11


A lire d'urgence:
http://blogdesebastienfath.hautetfort.com/archive/2009/09/17/france-la-fin-de-la-protestation-socialiste.html#more
C'est un chercheur qui analyse les raisons du déclin socialiste. Je trouve ça incomplet mais très intéressant vraiment !


01/10/2009 09:46


En l'occurence, avec FT, il s'agit aussi - outre le stress, les objectifs à atteindre, les pressions pour faire toujours mieux, plus, et plus vite - de muter les salariés tous les 3 ans sur des
postes différents pour les "polyvaliser" (pardonnez moi le barbarisme). Le travail devient donc le locus de l'insécurité. Non seulement on peut le perdre (insécurité majeure, même à FT où tous les
agents ne sont pas fonctionnaires), mais il faut le regagner tous les 3 ans. Certes, on peut imaginer qu'il est simple et facile de ré-appprendre un travail au sein d'un même groupe tous les 3 ans.
Certes... A 20 ans peut-être. Imaginons seulement un instant la détresse d'un salarié qui doit se mouler le plus rapidement possible (plus fort, plus loin, plus vite!) dans un nouveau poste, avec
cette angoisse de ne pas être "apte".