[Allemagne] Derrière la défaite du SPD, quelle opportunité?

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Commentant le (très) décevant résultat du SPD au soir des élections du 27 septembre : le SPD a recueilli à peine 23% des suffrages devancé de 10 points par la CDU d’ Angela Merkel, Frank-Walter Steinmeier concédait : « C’est un jour amer pour la social-démocratie allemande. Un nouveau rôle nous attend, celui de l’opposition ».

Qu’on ne s’y trompe pas : si tous les journaux français ont eu à cœur de souligner l’éclatante victoire d’ « Angie », le score réalisé par la CDU reste tout de même le second plus mauvais score de son histoire…La presse française a tôt fait d’oublier la position indélicate dans laquelle se trouvait encore Angela Merkel à la veille des élections : critiquée au sein de son parti pour avoir mené une politique jugée trop « gauchisante », critiquée tout court pour ce qu’elle incarne (nos lecteurs et lectrices avisé(e)s comprendront que l’arrivée d’une femme, originaire de l’Est, divorcée et qui plus est sans enfant à la tête DU parti conservateur allemand n’a pas été une mince affaire…) Angela Merkel était donc une femme politique fragilisée.

Si victoire il y a eu, c’est donc bien davantage celle des « petits » partis, de ceux dont dépendait en fait la nouvelle coalition : le FDP – die Freie Demokratische Partei – , le parti des libéraux emmené par Guido Westerwelle qui totalise 15% des suffrages, die Linke, le parti de gauche qui recueille 13% des voix et enfin les Verts – die Grünen - qui avec 10% des suffrages réalisent également un bon score.

L’Allemage aurait-elle basculé à droite comme le titre le journal Les Echos en ce mardi 29 septembre ? Une lecture plus fine du scrutin et de la presse allemande nous en apprend davantage sur le dilemme devant lequel les Allemands étaient placés depuis quelque temps. Alors que « tout le monde », dirigeants, partisans et électeurs s’accordaient sur la nécessité d’en finir avec la « Grande Coalition » - que nous avions tant loué 4 ans auparavant admirant le courage d’un compromis dont seuls nos cousins germains étaient capables…. Le jeu des alliances ne laissait guère de choix.

Quelle alternative ? Un tournant à gauche ou un « coup de barre à droite » comme le titrait encore Les Echos décidément très inspiré par ce résultat en termes d’innovations lexicales.

Dans un contexte de crise économique, certains diront que la « prudence » a triomphé : l’avenir nous dira si cette coalition « jaune-noire » sera effectivement aussi libérale qu’elle l’annonce ; mais contrairement à l’UMP, la CDU, qui reste le parti majoritaire de cette coalition, est plus complexe et surtout « moins à droite » que l’étiquette conservateur pourrait le laisser penser. Ceci reste à voir mais il n’en demeure pas moins que cette victoire conservatrice semble – du moins me semble - davantage due à un sentiment sinon d’impuissance du moins de lassitude de la part de nos voisins que d’une véritable « droitisation » de la société allemande.

On aurait pu imaginer un autre scénario - rêvons un peu nous en avons besoin - celui d’une coalition rouge- rouge - verte : parce que nous sommes dans un contexte de crise économique justement peut-être serait-il temps de mettre fin aux vieilles recettes qui nous y ont justement précipité…Mais le SPD, grandement fragilisé par l’ère Schröder, ne semblait pas prêt à ce choix ou du moins les propositions avancées en matière sociale sont arrivées un peu tard. Ne jetons pas non plus tout l’opprobre sur le SPD : si le succès de die Linke est incontestable, Oskar Lafontaine est loin de faire l’unanimité. Par ailleurs le fait que d’anciens membres du SED, le parti d’Allemagne de l’Est, aient rejoints les rangs de die Linke constitue un véritable point d’ombre un parti qui, du reste, semble enthousiasmer la gauche allemande. L’étiquette radicale véhicule souvent presque autant d’enthousiasme que d’inquiétude et peut-être les Allemands n’étaient-ils tout simplement pas prêts. Ceci reste matière à discussion.

 

Reste donc un espoir comme l’a souligné Steinmeier : l’opposition. Espérons qu’elle sera constructive. Il en est d’autres toutefois, de l’autre côté du Rhin, qui ont encore deux ans pour nous proposer une véritable alternative…du courage politique et un véritable tournant à gauche seront peut-être « de rigueur ».

M.L.

Publié dans Europe

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