Discussion avec Olivier Ferrand autour des idées de DSK

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

* Introduction

 

Olivier Ferrand est un conseiller de DSK sur les questions européennes, il fait partie du club de réflexion « A gauche en Europe ». Il soutenait Lionel Jospin avant 2002, et a rejoint DSK après le 21 Avril. Ce choix lui semble logique car DSK est celui qui a le mieux tiré les leçons du premier tour de la dernière élection présidentielle. Les Français, ce jour là, ont voulu montrer de façon franche leur désarroi, parce que depuis 1980, la France est le pays qui connaît la plus faible croissance au monde, parce que la France n’est pas sorti du chômage de masse.

Le problème correspond au fait que le capitalisme a changé depuis 30 ans, mais qu’on le traite toujours avec les outils de 1945, ce qui est inutile.

DSK veut rénover la France , lui donner de meilleurs outils, pour qu’elle s’adapte efficacement à la mondialisation.

 

* Sur l’université

 

Il considère qu’une faiblesse de notre enseignement supérieur est d’abord quantitative. 25% d’une classe d’âge sort diplômé du supérieur quand ce chiffre est de 80% en Suède ou en Corée du Sud. Il y a donc un véritable problème dans l’économie de la connaissance. En France, aujourd’hui, on produit des contremaîtres, mais pas les cadres et les ingénieurs de 2006. Il faut donc démocratiser l’enseignement supérieur.

Cela passe par plusieurs moyens :

-Par la finance. Aujourd’hui, 1.4% du PIB va à l’université, quand aux Etats-Unis, c’est 3% du PIB qui va à l’enseignement supérieur, sans compter les ressources apportées par le privé.

-Il faut créer des filières pour faciliter le passage du bac à l’enseignement supérieur. Par exemple, les personnes en Bac Professionnel n’ont aucune chance d’aller dans les enseignements professionnels supérieurs (IUT, BTS) puisque les places sont prises par des personnes venant de bac général. Du coup, les personnes venant de Bac Pro partent dans des filières généralistes, où 3% d’entre elles réussissent. Pour luter contre cela il faudrait que les IUT et BTS prennent 50% de personnes venant de bac professionnel.

-Il faut aussi mieux orienter car certaines filières ne sont pas qualifiantes. Par exemple, il y a beaucoup de personnes qui étudient la sociologie, mais peu de postes. Il faut rattacher davantage l’enseignement à l’emploi. Cela passe par une meilleure orientation. Par contre, toute méthode de quota est exclue.

-Il faut faire une insertion des universités dans l’entreprise. Il y a une chair EDF à HEC. L’entreprise n’intervient pas dans le choix des programmes, mais les liens entre les étudiants et l’entreprise sont bénéfiques. Dans les filières scientifiques, il n’y a aucun partenariat de ce type.

-Il y a un problème de transition entre le diplôme et l’emploi. Les recherches ne sont pas du tout structurées en France sur le « marché transitionnel ». Il faut un suivi personnalisé individualisé. Il faut aussi mettre en place une sécurité sociale professionnelle pour les jeunes salariés qui sortent de l’enseignement.

-Il faut démocratiser et élargir la promotion des grandes écoles (le rapport est de 1 à 10 entre HEC et Harvard), et réinvestir beaucoup plus dans l’université. Il ne faut pas casser les grandes écoles puisqu’elles réussissent.

 

* Sur la compétitivité française

 

-Si l’on veut une justice sociale, il faut d’abord produire. Jusqu’à présent, la politique mise en place était une politique de relance keynésienne. DSK, ministre de l’économie en 1997 a mené une politique de ce type. Aujourd’hui, les choses sont différentes. Car la mondialisation a évolué. Cela n’exclut pas une relance des bas salaires, mais cela ne sera pas suffisant pour relancer la croissance. Aujourd’hui, il ne faut plus se focaliser sur la demande mais sur l’offre. Dans la mondialisation, nous n’avons pas investi dans les bons secteurs.

Trois investissements sont nécessaires :

-Dans la recherche et le développement. On doit passer de 1,9% du PIB à un pourcentage entre 3 et 3,5.

-Dans l’enseignement supérieur

-Dans l’innovation. Nous innovons 20 fois moins que les Etats-Unis. Donc il ne faut pas s’étonner que google ne soit pas français.

 

* Sur les inégalités sociales

 

Il s’agit avant tout d’un problème territorial. Hier, les inégalités se fondaient sur les classes, et sur l’opposition travail/capital. Aujourd’hui, c’est beaucoup moins vrai. Le problème est devenu territorial. La république se fragmente et se divise en territoire autonome. Le centre ville regroupe tous les avantages, les lieux de culture, et est habité par les classes aisées. A l’opposé, il y a les ghettos, qui concentrent tous les handicaps : Le chômage, l’échec scolaire…Au milieu, les banlieues périurbaines qui regardent derrière en ayant peur de se faire rattraper par les quartiers défavorisés.

Le problème des ghettos est qu’on demande aux gens qui y vivent de respecter une République, qu’ils ne connaissent pas. Pour tenter de régler ce problème, il faut casser les ghettos urbains, permettre aux familles d’avoir une perspective de sortie des territoires de l’échec. Par ailleurs ces territoires doivent devenir des quartiers de la République.

Il faut mener une politique de la ville cohérente. Renforcer l’équipement public. Aujourd’hui les communes gardent la charge de la TVA sur les équipements, ce qui ne leur permet pas d’investir. Elles doivent aussi payer tous les entretiens de matériel.

Aujourd’hui, il faut donc plus d’argent public et compenser les manques restant par le privé.

 

* Sur l’immigration

 

Il n’y a pas de problème de l’immigration en France. Les flux actuels correspondent aux besoins de notre pays. D’ailleurs personne n’entendait parler d’immigration avant que Sarko ne la ressorte. Le problème est ailleurs : L’intégration des populations immigrés depuis plusieurs générations sur le territoire.

 

*Sur l’environnement

 

Le problème de la France est relatif car on a la chance d’avoir le nucléaire. Il n’est pas polluant dans sa production et ne produit pas de gaz à effet de serre. Il y a quatre points importants à mener désormais. D’abord il ne faut pas sortir du nucléaire. Ensuite, il faut élargir le bouquet énergétique avec des énergies renouvelables. La France a le deuxième potentiel éolien d’Europe. On a des atouts. Puis, il faut se demander pourquoi les maisons françaises consomment quatre fois plus que les Suisses et deux fois plus que les Allemands. Enfin et surtout, comme les biocarburants nécessiteraient les 2/3 du territoire française pour remplacer le pétrole, il faut se concentrer sur la recherche. Car ce qui remplacera le pétrole, nous ne l’avons pas encore trouvé. Il ne faut pas oublier non plus que le nucléaire est fondé sur l’uranium, qui est une ressource rare (dont la durée ne devrait pas excéder 100 ans). Iter en revanche est une solution durable.

 

*Sur l’Europe

 

La France est partiellement à l’origine de l’immobilisme européen. Et il ne faut pas croire que le projet socialiste est le plan B car cela ne sera pas forcément très convaincant pour nos partenaires européens. Donc il reste deux pistes. L’Europe par la preuve, d’après Ségolène, et l’Europe politique pour DSK. C’est évidemment celle-là qu’Olivier Ferrand défend. Pour lui, l’Europe ne sera pas relancé par la preuve car plus personne ne veut confier de nouvelles compétences à l’UE sans qu’elle n’ait une légitimité institutionnelle et démocratique. La commission européenne agit indépendamment du vote des électeurs européens, et indépendamment de la tendance politique parmi les chefs d’Etat. Pour être ambitieux, il faudrait faire un état proto-fédéral avec ceux qui le souhaitent (l GB et le Danemark ne voudront pas) et élargir ensuite.

 

*Sur la politique étrangère de Chirac

 

Unanimité contre la guerre en Irak. Par contre, il faudrait prendre davantage en compte la logique des droits de l’homme dans nos politiques étrangères.

 

* Sur la décentralisation

 

« Il faut mettre un peu d’ordre dans le bordel qu’on a crée ». Aujourd’hui, pour créer une crèche, il faut avoir l’aval de cinq administrations différentes, et l’une après l’autre. Du coup, ça prend environ cinq ans. Il faudrait qu’il n’y ait qu’une seule collectivité responsable par dossier.

 

*Sur le financement

 

Une fois qu’on aura la croissance, on pourra avancer. A court terme, il y a des priorités : La réforme de l’Etat : Quand deux administrations font la même chose et qu’il y a 70 000 personnes dans chaque administrations, ça pose un problème. Il y a en Angleterre 40 000 personnes qui font ce que l’on fait avec 130 000 personnes en France.

Par ailleurs, l’aide publique aux entreprises, qui est à hauteur de 3 points de PIB peut être amélioré en effectuant une meilleure allocation des ressources. Aujourd’hui, on donne aux grandes entreprises alors qu’il faudrait donner aux petites. On baisse les charges quand il faudrait favoriser la recherche, on donne aux entreprises localisées à Paris quand on devrait aider celles en Province.

Par ailleurs, comment relancer la croissance ? En ce qui concerne le salaire des grands patrons, il faut trouver un équilibre entre un salaire trop indécent, et une restriction qui pousse l’entreprise à partir. Aujourd’hui, quand un patron « vaut » 10 000 fois plus qu’un ouvrier, c’est scandaleux. Il faut aussi limiter les frais de départ, d’autant que souvent le départ se fait parce que le PDG a obtenu de mauvais résultats. Mais il ne faut pas aller trop loin sinon ça atteint notre économie. C’est le problème actuel : On essaye de régler sur le plan national ce qui devrait être fixé au plan mondial (cf. La Démocratie Monde de P. Lamy)

 

*Sur la solidarité entre territoire

 

Le problème central, c’est la commune (au moins pour les banlieues). Aujourd’hui, le problème provient du fait que l’argent d’une mairie pauvre provient des habitants de la ville qui sont eux-mêmes pauvres. Il faut mettre en place des mécanismes de péréquations pour que l’argent des endroits riches puisse aller dans les endroits pauvres, et que les municipalités qui touchent moins d’argent que les autres soient les mairies riches.

 

*Sur le plein emploi

 

Il faut d’abord développer l’économie de la connaissance pour qu’il y ait une croissance dans les emplois qualifiés. Par ailleurs, il faut admettre que tout le monde ne sera pas cadres, et il y a beaucoup d’emploi très utile et qui ne requiert pas énormément de qualifications. Il faut aussi voir la question de la sécurité sociale professionnelle. Aujourd’hui quand vous perdez votre emploi et que vous êtes non qualifié, vous n’en retrouvez pas. Les salariés peu qualifiés ont un savoir pas matérialisé dans un diplôme mais dans la pratique… Mais quand ils perdent leurs jobs, ils ne peuvent pas indiquer cela dans un CV. Il faut que l’on puisse valider les acquis et l’expérience, pour que cela puisse s’inscrire dans un CV. Par ailleurs, aujourd’hui seules les personnes ayant un emploi, peuvent bénéficier d’une formation professionnelle. Il faut que cela soit ouvert à tous

 

*Sur la relance de la croissance

 

Les secteurs d’avenir sont les biotechnologies, les nouvelles technologies, les technologies de la santé. Par ailleurs pour la croissance, il faut rétablir la confiance car c’est un phénomène qui joue beaucoup. Il faut revenir sur la baisse d’impôt faite pour les plus riches, car s’ils ont plus d’argent, alors celui-ci va être épargné. Alors que les personnes les plus pauvres l’investiront ce qui sera favorables à la croissance. Par ailleurs, la BCE a pour objectif de relancer la croissance si la stabilité des prix est assurée. Aujourd’hui, c’est le cas. Il faut un changement de politique monétaire de la BCE et il faudrait un ministre des finances de la zone euro qui pourrait jouer plus facilement sur la croissance.

 

*Sur les actionnaires

 

Tous les économistes ne sont pas d’accord sur la distorsion de la valeur ajoutée au profit des actionnaires et au détriment des salariés. Certains insistent sur le fait que la hausse de la part des actionnaires provient de la baisse de la part des porteurs. Mais ce qui est sur, c’est que cela n’est pas en la faveur du salarié. Il faut rétablir un rapport de force favorable dans les négociations syndicales. Il ne faut pas qu’il y ait un fort (patron) contre des faibles (syndicat). On peut aussi changer le rapport de force en mettant plus de salariés dans les AG.

 

* Sur les retraites

 

Partout dans le monde, le système de retraite par capitalisation connaît des problèmes. Le problème démographique est partout le même, quel que soit le système mis en place. Quand hier il y avait 4 actifs pour 1 retraité, il y a aujourd’hui 2 actifs pour 1 retraité, et demain ce sera 1 – 1. On ne peut pas continuer avec ce système qui coûtera quatre fois plus cher. Il faut être courageux. Il n’y a pas 36000 solutions mais seulement 3.

-Soit on allonge la durée du travail

-Soit on augmente les cotisations des actifs

-Soit on baisse les pensions des retraités

Olivier Ferrand précise que son avis n’est pas celui de tous les Strauss-kahniens, mais il est en faveur d’une diminution de la pension des retraités des classes moyennes et riches qui aujourd’hui, financent leurs enfants.

 

* Sur le Président dans la Ve

 

Il a deux fonctions principales. La fonction de l’incarnation de la France , et là il faut l’admettre, Ségolène est meilleure, et la fonction de direction du pays, ou DSK est le meilleur.

 

*Sur la mixité sociale.

 

Les maires des villes de banlieues déclarent souvent qu’il faut conserver les gens des banlieues qui réussissent dans leur ville d’origine, car si les élites s’en vont, ça pose problème. Pour cela, il faut qu’il y ait la possibilité d’évoluer dans la même ville, de passer du HLM au pavillon. Il faut par ailleurs faire respecter la loi SRU en augmentant l’amende si celui-ci n’est pas payé.

Par ailleurs, dans Paris, les prix sont tellement chers que l’Etat ne peut pas racheter de nouveaux établissements. Il faut donc faire confiance au privé. On peut imaginer demander aux prometteurs un quota de 25% de logements sociaux privés.

 

* Sur l’Europe

Il faut avoir la zone d’influence la plus grande possible. Si la Turquie et le Maghreb sont avec nous et pas avec les Etats-Unis ou la Chine , ça vaut le coup. Cela ne veut pas dire qu’il y aura 50 pays dans l’UE dans 50 ans. Cela signifie qu’il y aura un cœur très avancé, pour ceux qui veulent aller de l’avant, c’est-à-dire avoir un cœur politique commun. Cela ne concernera pas les 25 pays qui ne veulent pas tous franchir ce pas. Puis, il y aura plusieurs zones d’influence autour de ce cœur. L’ennui, c’est qu’aujourd’hui, on ne peut proposer qu’une seule chose : L’adhésion. Le partenariat privilégié, qui vise à donner les mêmes devoirs au pays sans lui donner les mêmes droits ne peut pas marcher. Si on a un système avec un cœur et plusieurs zones d’influence, alors l’association du Maghreb et de la Turquie à l’UE ne pose plus de problème.

*Pourquoi DSK ?

 

Dans la France d’aujourd’hui, il a les clés pour pouvoir gouverner la France de demain.

Par ailleurs, il faut choisir le candidat qui aura le plus de chance de battre la droite. Est-ce que ce candidat qui réalisera la meilleure campagne présidentielle ne sera pas celui qui a fait la meilleure campagne interne ? Logiquement si. Considérant que DSK fait la meilleure campagne interne, je pense que c’est lui qui sera le plus apte à battre la droite.

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GD 20/11/2006 22:17

Synthèse très pertinente de la pensée social-démocrate rénovée
versus République Française.
Fédérons nos énergies et nos convictions pour que l'ordre juste cher à certaine signifie demain DSK au pouvoir!
Dans un débat cantonal ou je représentais le candidat DSK, je soulignais le fait qu'il était le seul non-énarque et que cela eut du séduire tous ceux qui dénonçaient "la pensée unique"!
L'imagination au pouvoir se fera donc encore attendre....
mais je serai patient

Etienne 19/11/2006 18:51

J\\\'ai trouvé personnellement qu\\\'Olivier Ferrand avait été le plus honnête des trois représentants des candidats. Il ne faisait pas de langue de bois et son discours était cohérent.

Etienne 19/11/2006 18:51

J'ai trouvé personnellement qu'Olivier Ferrand avait été le plus honnête des trois représentants des candidats. Il ne faisait pas de langue de bois et son discours était cohérent.