Edito de DSK dans "Socialisme et Démocratie"

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

L'économie française est à l'arrêt - par Dominique Strauss Kahn, 20/02/07

Notre croissance est atone depuis cinq ans. Nous sommes à la traîne vis-à-vis de nos principaux partenaires. C’est notre autorité sur la scène européenne et mondiale qui en est directement affectée. On écoute un pays qui réussit, on ignore un pays qui échoue. Aujourd’hui, la voix de la France ne porte plus.

Le pouvoir d’achat stagne, quand il ne régresse pas. Jamais les inégalités ne se sont autant accrues que dans la décennie qui vient de s’écouler. Inégalités dans le logement, dans l’éducation, dans l’accès à l’emploi et aux soins. Pour la première fois dans notre histoire, les parents estiment que leurs enfants vivront moins bien qu’eux.

Voilà pour le constat, peu reluisant. Pour relever les défis qui attendent la France et l’Europe de demain, nos concitoyens ont le choix entre deux projets de société, deux rapports à la politique que tout oppose.

Celui de Nicolas Sarkozy. Celui du candidat sortant, le "candidat du passif" pour reprendre la célèbre formule de François Mitterrand. On ne compte plus les échecs des gouvernements auxquels il a participé, comme ministre de l’Intérieur, ministre de l’Economie et tout puissant président de l’UMP.

Echec sur le front de l’emploi. Les pathétiques contorsions du gouvernement pour masquer maladroitement les mauvais chiffres du chômage ne trompent personne. « Ça baisse ! », nous disent-ils à chaque conférence de presse. Ce qui baisse, c’est le nombre d’emplois, pas le chômage. Le CNE n’y a rien changé. Il a simplement jeté des centaines de milliers de salariés sur le chemin de la précarité.

Incapacité à préparer l’avenir. Notre recherche agonise lentement. Les gouvernements successifs n’ont pas répondu aux appels répétés de nos chercheurs. Pourtant, l’avenir de notre économie est là. La course à la compétitivité-prix avec la Chine ou l’Inde est une voie sans issue. C’est une course perdue d’avance. Nous ne pouvons pas lutter face à une main d’oeuvre dix fois, vingt fois moins chère. Ce renoncement est inacceptable.

Irresponsabilité face aux générations futures. Le clientélisme électoral et la multiplication des cadeaux fiscaux pour les plus favorisés ont creusé les déséquilibres de nos comptes publics. En plus d’être socialement injustes, ces mesures ont été économiquement inefficaces. La dette de la France a explosé alors que nous l’avions stabilisée et fait reculer. Or, elle est l’ennemie de la gauche. Elle limite les capacités redistributives de l’Etat envers les plus défavorisés. C’est une incroyable machine à redistribuer à l’envers puisque les intérêts de la dette sont payés par tous les contribuables aux Français les plus riches. En outre, elle fait peser sur nos enfants la responsabilité de nos choix.

Un insupportable mensonge, enfin. Selon Nicolas Sarkozy, il y aurait deux France, celle des producteurs et celle des profiteurs. Son projet se résumerait à un credo simple –simpliste diraient certains : remettre la France au travail. Mais ses actions passées et le projet qu’il porte révèlent sa vraie nature. En promettant la suppression des droits de succession et de l’ISF, il veut faire de l’économie française une économie de la rente. Une mystification de plus.

 

Le chemin tracé par Nicolas Sarkozy est derrière lui. Les Français les plus modestes en ont déjà payé le prix.

Face au renoncement affiché de la droite, les socialistes ont choisi la responsabilité et un discours de vérité pour répondre à l’urgence économique.

D’abord, investir dans l’économie de la connaissance, c’est-à-dire l’éducation et la recherche. Parce que gouverner, c’est prévoir. Nous accusons un retard coupable dans ce domaine, notamment face aux Etats-Unis. La stratégie de Lisbonne est restée lettre morte faute de volonté politique. Nous ne pouvons plus attendre. Financer la recherche publique et privée, soutenir le développement de nos PME : c’est une politique de long terme qu’il nous faut engager en concentrant nos efforts sur les secteurs à forte valeur ajoutée. De la réussite de cette stratégie dépend la croissance de demain. Le temps presse.

Ensuite, l’Europe. Le manque de coordination des politiques économiques de l’Union coûte aux pays de la zone Euro presque un point de croissance par an ! Chacun pointe du doigt la Banque Centrale Européenne et le dogme de l’inflation zéro. Mais nous avons pourtant les moyens d’agir ! Nous pouvons retrouver nos marges de manoeuvre en instituant un gouvernement économique de la zone Euro et en introduisant, dans les statuts de la BCE, des objectifs de croissance de d’emploi. Nous avons réussi la monnaie unique. A nous d’en faire un instrument efficace au service des Européens.

Enfin, l’état de nos finances publiques. Il faut que nous ayons le courage de réhabiliter l’impôt. Il y aura des décisions difficiles à prendre. L’objectif que nous devons nous fixer est celui, dans un premier temps, de la stabilisation de notre dette en maintenant le niveau des prélèvements obligatoires. Pour réussir ce pari, nous devons mettre la fiscalité au service de nos priorités. En réformant en profondeur, par exemple, le calcul de l’impôt sur les sociétés, de sorte que les investissements et les comportements favorables à l’emploi soient récompensés.

Voilà les principaux chantiers que Ségolène Royal a présenté aux Français. Elle en a fait un pacte présidentiel, ce qui n’est pas pour me déplaire. Elle a mis au fronton de son discours la vérité vis-à-vis de nos finances publiques, ce qui me satisfait.

Mais au-delà de ce programme riche en actions, il est déterminant pour la réussite de notre projet : redonner la confiance. Car un pays qui redoute, c’est une économie qui doute.

C’est en replaçant la France au centre du jeu européen, en faisant d’elle l’une des économies les plus compétitives et redistributives au monde, que nous restaurerons la confiance des Français dans l’avenir.

Telle sera la première mission du prochain Président de la République.

Avec Ségolène Royal, les socialistes y sont prêts.

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Etienne 21/02/2007 20:44

Ce matin à la radio ils ont dit que des textos avaient été échangés, mais que ce n'était que le tout début du commencement, et qu'il ne devrait pas faire partie de l'équipe de campagne annoncé demain.
Je pense qu'en tout cas, le jour ou DSK intégrera l'équipe et sera le n°2 de la campagne, les voix de gauche de Bayrou disparaitront. C'est donc décisif à mon sens.

Bastien 21/02/2007 19:09

Oui, j'avoue que j'avais qq inquiétudes ces derniers temps sur son engagement dans la camapagne. je commence à être rassuré !
Son implication, à condition qu'elle soit très forte, pourrait nous permettre de récupérer les voix qui tendent à s'égarer vers Bayrou...
A suivre !
 

Val 21/02/2007 18:59

Ou alors on pourrait proposer à Bayrou un poste dans le gouvernement de Ségo si le cas se présente, comme cela on verrait jusqu'où va sa volonté d'ouverture.
Plus sérieusement, je suis très content que DSK se réimplique à fond dans la campagne, il va être très utile.

guilbert 21/02/2007 10:27

Excellente analyse .Je suis entièrement d\\\'accord avec ce qui vient d\\\'etre écrit.Il faut que nous gagnions .Je connais la largesse d\\\'esprit de ségolène contrairement à sarkozy à l\\\'esprit étriqué et je sais qu\\\'elle fera appel aux meilleurs  meme aux éléphants pour former son gouvernement .Il faut que bayrou comprenne que strauss-kahn ne se ralliera jamais à lui;Utopie il réve lui qui a toujours été de droite traitant kes socialistes de tous les noms il y a 1 an quel versatile en qui nous ne pouvons faire confiance abusant l\\\'ecole publique et mettant sur un un piédestal l\\\'école privée.Aucune alliance ^possible avec cet homme piètre ministre de l\\\'éducation nationale...

Adrien 21/02/2007 09:29

Je crois que DSK, tout comme Laurent Fabius, ont attendu le bon moment pour intervenir : dans la phase participative il était trop tôt. Aujourd'hui, dans une phase de présentation du projet, la "force de frappe" doit être démultipliée, et DSK et Laurent Fabius sont des armes de pointe. Laurent le montrera lors du meeting de Rouen. Et il ne serait pas étonnant que DSK et ses proches aient une place importante dans la nouvelle organisation de campagne.