La "numérologie programmatique" va-t-elle se substituer au débat de fond ?

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

    La mode semble être à la calculette en cette campagne. Estimations de l’Institut de l’entreprise (que l’auteur de ce post porte peu dans son cœur par ailleurs), contestations, rectifications, mises à jour : chaque jour apporte son lot d’estimations du coût supposé du programme de chaque candidat(e).

Si la transparence sur la faisabilité des projets de chaque prétendant à l’Elysée est plus que souhaitable et s’il semble légitime d’informer les citoyens sur l’impact des programmes sur les finances publiques, il n’en demeure pas moins que la tendance actuelle confine plus qu’à l’excès...

Habilement instrumentalisée par l’UMP pour tenter de « noyer » les 100 propositions faites par Ségolène Royal à Villepinte, ce qui s’apparente à de la « numérologie programmatique » tend à se substituer aujourd’hui au fond du débat.

Pourtant, ces chiffrages ont quelque chose de troublant : alors même que le périmètre des mesures proposées n’a pas été arbitré, certains « experts » sont capables de chiffrer les programmes des candidats. Extraordinaire performance qui peut laisser songeur car ces estimations ne tiennent aucunement compte de l’impact économique de chaque mesure.

Cela n’empêche pas les dits « experts » de venir présenter sur les plateaux de télévisions leurs « chiffrages ». Et l’on est stupéfait de voir que lorsqu’ils sont interrogés sur le périmètre des propositions et la pertinence de chaque mesure, ils se lancent dans des réponses hasardeuses qui cachent mal leur ignorance.

    Non, la numérologie programmatique est une science très inexacte qu’il faut remettre à sa juste place. L’invasion des chiffrages dans la campagne et la focalisation sur ces « estimations au doigt mouillé » a quelque chose de révélateur sur le plan idéologique : elle révèle une tendance, d’imprégnation néolibérale, à ne juger une proposition politique comme bonne ou mauvaise qu’à l'aune de sa neutralité ou non sur les finances publiques. Et devinez, ce qu’est, dans cette approche, une bonne mesure politique... Le problème, c’est qu’une proposition peut avoir un impact faible voire nul sur les finances publiques est être en même temps très peu efficace voire très mal inspirée au regard d’autres critères (efficacité économique, équité et cohésion sociales, etc.). Et revoilà le spectre de la dépolitisation...

Bastien Taloc
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Vulcain 25/02/2007 14:43

le vrai débat est bien de savoir où placer les marges de manoeuvre budgétaires que l'économie va dégager, Sarko veut les laisser au marché quand Ségolène veut préparer l'avenir par l'innovation et l'éducation

Thomas 23/02/2007 14:40

Je te rejoins sur l'analyse de cet emballement pour le chiffrage... Les deux camps se chamaillent (sans compter les "experts" indépendants!) autour de chiffres, sans que le citoyen lambda puisse y voir plus clair. Plus inquiétant: cette tendance au "chiffrage à tout prix" (dégénérative en un sens, mais attention je ne suis pas pour une totale absence de responsabilité budgétaire) signifie insidieusement au citoyen que, finalement, la marge de manoeuvre du politique est insignifiante, qu'il existerait une sorte de pensée unique cachée derrière les chiffres... Cela témoigne un peu plus encore de la morsure de l'économie des experts sur le politique, tu le soulignes aussi Bastien. PS: je mets à la suite de ton point de vue une interview très intéressante...

Jean-François 23/02/2007 14:39

Il est toujours difficile de quantifier l'impact social d'une mesure, comme il est déjà peu évident de mesurer son impact purement économique. Il est toujours possible de tourner les chiffres en sa faveur. Les débats d'experts qui en résultent sont alors inaudibles pour beaucoup de citoyens, c'est pourquoi ils n'en retiennent souvent que les gros titres des journaux. C'est là, à mon sens, que jouent principalement les médias dans une élection.
 

A ce sujet, une remarque : aujourd'hui au 13h de France 2, Olivier Duhamel faisait remarquer, assez justement à mon avis, l'inégalité de traitement médiatique entre les deux principaux candidats : on félicite Sarkozy d'avoir rallié son camp, et on semble reprocher à Ségolène d'unir le sien (sujet du débat : "les éléphants, atout ou handicap?"), alors qu'on lui aurait précisément reproché le contraire si elle ne l'avait pas fait...
 

Espérons que les français sauront faire la part des choses!
 


 

Adrien 23/02/2007 13:59

Tout à fait d'accord, d'autant plus que généralement le calcul du "coût" d'une mesure est extraordinairement naïf : quand on calcule par exemple l'investissement dans l'université et la recherche (qui est l'un des grands piliers du pacte de notre candidate), on ne prend pas en compte le nombre d'emplois, les richesses, ... qui vont être créés. De même pour la sécurité sociale professionnelle, et on pourrait multiplier les exemples.D'un autre côté quand certains "experts" calculent le coût de l'exonération de cotisations sociales des heures supplémentaires (la grande proposition de qui vous savez), ils ne prennent pas en compte le stress, la fatigue, que cela pourrait générer, mais aussi le nombre d'embauches qui ne seraient pas réalisées à cause de cette mesure.