Pourquoi l’élection de François Bayrou conduirait la France à cinq nouvelles années de cohabitation !

Publié le par Etienne Longueville

Extrapolons ! Le 6 mai 2007, François Bayrou est élu président de la République. Regardons un peu ce qu’il se passe.

D’abord il nomme un Premier Ministre de gauche. Qui ? « Un Delors jeune ». Pourquoi pas sa fille ? Bon, il forme son gouvernement d’union nationale et crée son grand parti démocrate.

Mais qui le rejoint ? Personne ! Au PS les gens les plus proches de lui, les sociaux-démocrates n’ont aucun intérêt à le suivre. Si François Bayrou a gagné, c’est que Ségolène a perdu, et que le PS est donc à prendre. Les DSK et compagnie préféreront devenir les premiers secrétaires du PS pour pouvoir tenter leurs chances dans cinq ans, que de rejoindre le parti de Bayrou dans lequel ils seront forcément en minorité, face à la base actuelle de l’UDF, à 100% de droite. 

 

Personne à gauche donc. Mais qui à droite ? Les Chiraquiens ? Ils haïssent Bayrou depuis qu'il a refusé d'intégrer l'UMP ! Les quelques ex-UDF qui ont quitté le parti il y a cinq ans ? Ils seront considérés comme des traîtres et des opportunistes s’ils reviennent. Les libéraux ? Bayrou les a petit à petit marginalisés à l’UDF, au point d’en arriver à la scission.

 

Donc à part deux-trois figures à gauche et à droite très marginales, très opportunistes, et pas forcément très compétentes, qui veulent un poste de ministre, le parti de Bayrou ne s’élargit pas énormément. 

 

Les législatives dans ces conditions ne peuvent pas être remportées par l’UDF. C’est triste pour Bayrou, mais c’est le système actuel qui veut ça. Et avant de mettre de la proportionnelle, il faudra bien qu’il gagne l’élection législative. Or, on sait bien que le système actuel bipolarise l’élection. Jean-Marie Le Pen a obtenu 0 député en 2002, après avoir réuni un peu moins de 20% à l’élection présidentielle. De même,  l'UDF n’a remporté que 26 députés en 2002, et ce score aussi élevé vient du fait que 25 d'entre eux n’avaient pas de concurrents UMP face à eux dès le premier tour. Alors bien sur, si François Bayrou est élu, il y aura un effet d’aubaine, mais il ne sera pas suffisant pour dégager une majorité pour l’UDF.

 

L’élection sera donc remportée par l’UMP ou le PS

 

Si l’UMP gagne l’élection, elle vote logiquement une motion de censure au gouvernement dirigé par un Premier Ministre de gauche. Bayrou est contraint de nommer un UMP Premier Ministre et l’UMP ayant la majorité à l’Assemblée Nationale, le gouvernement sera 100% UMP.

 

Si le PS gagne l’élection, le Premier Ministre de gauche présente la démission de son gouvernement. Il impose d’en former un nouveau, avec 100% de ministres socialistes. François Bayrou n’a pas le choix puisqu’il n’a pas de majorité à la chambre. Il doit donc accepter une cohabitation…Qu’il a toujours critiquée avec force. Mais bon, quand il s’agit d’être élu président, il y a certaines convictions que le candidat du centre-droit semble oublier

 

Ainsi, voter Bayrou, c’est exposer la France à une cohabitation certaine pendant cinq ans. Mais bien sur, tout cela n’est que de l’extrapolation, puisque c’est Ségolène Royal qui sera élue Présidente de la République le 6 Mai au soir

Commenter cet article

Néel 10/03/2007 00:34

Ajoutons encore que l'exemple allemand disqualifie totalement la politique de Bayrou. en simplifiant à l'extreme, on peut comparer la SPD au PS et la CDU-CSU à l'UMP. Où, je le demande, est l'équivalent de l'UDF? Il n'y en a sans doute pas. Un parti a été, souvent, le petit quelque chose qui faisait pencher la balance d'un coté ou de l'autre. c'est la FDP. Ce parti a pris une orientation très libérale ces dernieres années, ce qui fait qu'il est un peu plus difficile d'y voir l'équivalent d'une UDF qui représente, à mes yeux, une "formation de centre droite avec un enrobage de centre gauche". Quoi qu'il en soit de la pertinence de la comparaison, un fait demeure : l'Allemagne n'a pas été sauvée par un parti centriste. Reste à voir, par ailleurs, si la coalition durera bien 5 ans et dans quelle situation sera la scene politique allemande. La derniere fois (fin des années 60) la déstabilisation n'avait pas été trop importante. Aujourd'hui, rien n'est sur. Les extremes, meme enAllemagne, et encore moins en France, sont institutionalisées. Qu'on le veuille ou non, la politique centriste est une renonciation à deux choses : d'une, l'idée de systeme de valeurs. de deux, et cela va avec, elle prive les citoyens de choix. S'il n'existe qu'un parti de centre, le desir de changement devra passer par les extremes, pour le meilleur, mais surtout (uniquement?) pour le pire. Désolé, je viens de me rendre compte ce qu'a écrit JohnG. Jordan regrettait qu'on n'ait pas plus souvent de débat programme contre programme. Moi aussi. On peut penser ce qu'on veut des valeurs qui sous-tendent le programme socialiste. Mais, a mon sens, il mele responsabilisation et aide, nouveauté et changement. Ce blog essaie de montrer en quoi. le pacte présidentiel peut etre une bonne introduction au programme socialiste. Il est également possible de lire les commentaires sur chaque mesure sur désirs d'avenir, ou d'en discuter avec les militants socialistes sur les marchés. A coté de cela, qu'a-t-on? Une UDF sans programme (tapez les mots clés "programme" et "UDF" dans google : c'est révélateur, les premieres réponses concernent les élections de 2002, et vous ne trouverez nulle part le programme pour 2007). Bayrou surfe sur un positionnement, une gesticulation certes fort différente de Sarkozy, mais l'esprit est le meme : il ne dit pas clairement ce qu'il veut. l'affichage avant tout. Quant à Sarkozy, c'est pire que tout. Sa méthode c'est la division. Il adresse des promesses à chacun, en tant qu'individu ou que membre d'une communauté. l'idée meme de lien social, de solidarité, disparait. Loin de relancer la société francaise, il la fera se lézarder et s'effondre. Son programme est encore pire. Il avance masqué : qu'attend-on du bouclier fiscal à 50% si ce n'est une disparition du bouclier fiscal? Il aurait été facile de dire "bouclier fiscal à 50% en dessous de - par exemple, et au hasard - 20 000 euros de revenu et 300 000 euros de patrimoine". Que veut dire "contrat unique"? Enfin, Bayrou, structurellement, sera/serait appelé à conclure une alliance électorale avec l'UMP pour les législatives. Si certains sympathisants de l'UDF actuellement sont des socialistes égarés, les cadres du parti sont clairement au centre droit, et habitués à travailler de concert avec l'UMP. En dernier lieu, son "grand parti de centre" serait porteur des pires germes pour la démocratie : l'absence de débat et d'alternative crédible, la disparition de la politique au profit de l'apathie ou des révolutes diverses. Je suis trop long, je m'arrete.

John_G 09/03/2007 23:38

Tout à fait d'accord avec Val et Etienne. J'ajouterai simplement que je pense que les comparaisons internationales ont une limite énorme. - Bayrou hésite à prendre en compte l'exemple allemand, qui est une coalition de circonstance, s'expliquant d'ailleurs par l'attitude trop droitière du SPD (et l'émergence du Linkspartei qui a tout de même fait près de 10%). A la fin du gouvernement Merkel (dont il faudra évaluer les réelles avancées), les deux partis (CDU et SPD) réapparaîtront et s'opposeront, parce que sinon qui représenterait l'alternance à cette "coalition" ??? Les néonazis et Linkspartei ? - Il hésite aussi à prendre en compte l'exemple italien. Ok le gouvernement Prodi est une coalition mais de gauche et (au pire) de centre-gauche. Ce n'est tout de même pas la même chose une alliance avec la Rénovation communiste qu'avec la Ligue du Nord ! Et Prodi ne souhaitait en aucun cas faire appel à Forza Italia (l'UMP italienne ni plus ni moins), elle-même une sorte coalition ! Donc il existe une alternance quoique l'on pense de Forza Italia relativement démocratique à la "coalition" Prodi en Italie !Le danger fondamental de Bayrou, comme le dit d'ailleurs très bien DSK, est sa volonté d'hégémonie, ni plus ni moins. Il veut créer à la suite de sa très hypothétique élection, un grand parti "démocrate" (un parti donc, pas une coalition de partis !), l'équivalent de l'UMP qui serait donc la seule grande formation capable à gouverner en France, parce que représentant hypothétiquement les "bonnes volontés" (dixit) de gauche et de droite! Mais qui représenterait l'alternance ? Le FN, l'extrême-gauche ? Pour cette raison mais aussi parce que François Bayrou ne propose AUCUNE réelle mesure originale mais quelques vagues et mauvaises reprises des programmes de l'UMP ou du PS, son élection conduirait la France dans un état catastrophique en 2012.

Etienne 09/03/2007 22:50

Bonjour Jordan,
Val t'a bien répondu et je n'ai pas grand chose à rajouter.
Je voudrais juste te faire signaler que pour changer le système il faut d'abod être élu président et avoir la majorité à l'assemblée nationale. Or Bayrou ne disposerait pas de cette majorité s'il était élu président pour les raisons que Val t'a exposées. On peut le déplorer, c'est notre cas, et d'ailleurs nous proposons de modifier le système.
Simplement, le fait est que s'il est élu, il ne parviendra pas à modifier le système et la France sera plongée dans cinq nouvelles années de cohabitation

Val 09/03/2007 22:32

Oui certes on peut penser que le système est dépassé, mais c'est le grand débat entre scrutin majoritaire te scrutin proportionnel. Le scrutin majoritaire présente l'avantage de faciliter l'action de la majorité en place. Par exemple, l'UMP a le double de députés par rapport au PS alors qu'aux législatives, l'écart était assez faible en pourcentage de voix. C'était l'inverse vace une domination de la gauche sous Jospin. ça permet l'existence d'une majorité stable et claire.
Dans le même il peut paraitre choquant de n'avoir que 40-50% des Français représentés puisque l'extrême gauche et l'extrême droite n'y sont pas, et l'UDF est assez faible. Du coup l'idée serait d'introduire une part de proportionnelle pour que chacun soit représenté... (c'est le cas en Allemagne justement avec un mode de scrutin mixte) ce qui dans le même temps pose le problème de la formation de coalition de gouvernement, puisqu'aucun parti n'a plus de la moitié des voix en France. C'est donc un peu moins efficace puisque la majorité coalisée ne sera pas d'accord sur tout, mais après tout, l'ensemble de la population n'est pas d'accord sinon on aurait un parti largement majoritaire.
Il faut donc trouver le bon équilibre entre efficacité et représentativité. Or Ségolène propose justement l'introduction d'une part de proportionnelle à l'Assemblée nationale.

Jordan 09/03/2007 21:44

 
Tout d'abord merci d'avoir répondu à mon message et la question suivante qui me vient à l'esprit est: le système n'est-il tout simplement dépassé ? Car tu dis "marche bien pour un système dominé par deux partis" et cette bipolarisation est peut être obsolète? Les français semble en avoir marre de l'alternance (enfin plus souvent la droite si je ne me trompe pas, encore une fois). Pour preuve l'arrivée de le Pen au second tour ou même l'intérêt que les français a la candidature de Bayrou. Je fais partie de ce dernier groupe pour l'instant et c’est pourquoi je pose ces question car je veux être sur de mon choix et ne pas regretter d’avoir choisis Bayrou ou d’avoir changé d’avis. D'ailleurs je vais vous faire plaisir certainement mais si je change d'avis je pense que ce sera pour Ségolène.
 

Merci encore d’avoir répondu et  A bientôt.