Les projets présidentiels sont chiffrés par les libéraux néo-classiques

Publié le par Etienne Longueville

Ce dimanche midi, l’excellente émission de France 5, « Arrêt sur Image » a consacré une heure à l’émergence du chiffrage dans la campagne.

Tout d’abord, un expert de l’OFCE qui a publié un rapport intitulé « Pourquoi nous ne chiffrerons pas les projets des candidats» explique qu’on ne peut pas chiffrer de la même manière des propositions qui ne rapporteront rien, et des propositions qui constituent un investissement.

Il prend l’exemple de la recherche : Si l’argent est bien utilisé, tout le monde sait bien que la recherche doit rapporter bien plus que l’argent que l’on a investit.

 

Et il conclut en notant que maintenant, le candidat le plus en vogue est celui qui propose le moins de chose. Tout ça parce que le choix des Français est orienté vers la question « Combien ça coûte » et pas la question « Combien ça rapporte ».

 

Le présentateur se tourne ensuite vers Jean-Pierre Boisivon, qui représente l’Institut de l’Entreprise sur le plateau. Cet institut a fourni à tous les médias les détails des chiffrages des projets des candidats. Le Monde, Le Figaro, TF1, France 2, tous les grands médias ont repris ces chiffres.

 

Une journaliste explique qu’il s’agit d’une association de loi 1901 qui regroupe 120 chefs d’entreprise (de grands groupes), et parmi lesquels on retrouve Ernest-Antoine Seillière, ancien président du MEDEF, ou encore Michel Pébereau, qui dirige cet institut. Les étudiants de Sciences Po connaissent bien cet homme puisqu’il occupe les fonctions de Président du conseil d’administration de BNP-Paribas, et de Sciences Po Paris. Mais une piqûre de rappel ne fait jamais de mal. Michel Pébereau a été conseiller économique de deux ministres de droite, ainsi que du Président Giscard d’Estaing, et il a rédigé un rapport en 2005 sur la dette publique au ministre de l’économie, Thierry Breton. Ce n’est donc probablement pas l’homme le plus objectif du monde.

Le représentant de l’Institut de l’entreprise explique ensuite comment s’effectue le chiffrage. Finalement, c’est très simple. Il est fait par trois experts, un de gauche, un de droite, et un pur technicien.

            Le journaliste demande alors à connaître l’identité de l’homme de gauche, afin que les téléspectateurs puissent être assurés de la sincérité et de la neutralité de cet homme. L’Institut de l’Entreprise refuse : L’identité de ces trois hommes restent secrètes pour éviter toute pression. On ne sera donc jamais sur qu’il y a bien quelqu’un de gauche dans cet Institut.

 

            Soudain, un autre journaliste a une très bonne idée, plutôt que de se placer sur le registre droite/gauche, il interroge le représentant de l’Institut de l’Entreprise sur ces doctrines économiques. Et là on comprend enfin.

 

            Jean-Pierre Boisivon reconnaît clairement que l’Institut de l’Entreprise refuse le courant de pensée keynésien, et que ses idées se fondent sur les courants libéraux, néo-classiques et orthodoxes de l’économie. Les dignes héritiers donc, de feu Milton Friedman, le leader de ce courant, qui a dicté la politique économique de Reagan, Thatcher et Pinochet. 

 

            Un courant qui ne croit pas à la relance de l’économie par la demande, donc. C’est-à-dire, qui ne croit pas du tout au programme économique du Parti Socialiste, et qui ne peut pas en comprendre ses conséquences.

 

Et pourtant, cet Institut très orienté, économiquement, si ce n’est politiquement, voit ses chiffres repris par la totalité des grands médias. Vive l’indépendance et la neutralité de la presse. 

 

Comme nous l’avions déjà dit sur ce blog, le chiffrage, c’est la pensée unique.

PS: Vous pouvez retrouver cette émission en vidéo pendant une semaine sur le site web de France 5.

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arnaud 05/03/2007 18:43

J'ai ouvert un blog politique sur http://desirsdavenir86000.over-blog.net alors venez le voir et dite ce que vous en penser dans les commentaires pour que je l'ameliore, merci d'avance!!!!

clement 05/03/2007 14:29

Bravo Bastien !
On les aura

Bastien 05/03/2007 14:05

C'est aussi un évitement du débat sur le bienfondé des propositions.
Je peux vous présenter en 5 minutes un projet présidentiel qui ne coûte rien mais qui comporte de nombreuses propositions très nuisibles à l'efficacité économique et à la cohésion sociale.
Cessons de voir dans l'impact sur les finances publiques le seul critère de jugement d'une proposition politique ! 
 

Etienne 04/03/2007 22:42

Désolé, DSK était autant à gauche qu'aujourd'hui, même plus à mon avis. Car mine de rien, les 35h, c'est Aubry, mais c'est lui aussi. (Sur Fabius ok)
Si l'embellie n'a pas duré, c'est parce que la gauche a perdu les élections et que la politique de droite a été nombreuse et incohérente (4 ministres: Mer, Gaymard, Sarkozy, Breton: C'est beaucoup trop pour mener une politique de long terme)
Sur les chiffrages, en réalité, le fait même de chiffrer les dépenses sans chiffrer les investissements est un parti pris idéologique énorme
 

Mathieu C. 04/03/2007 22:00

Je suis d'accord. Il n'est pas totalement neutre en effet. Mais de là à dire qu'il s'agit de chiffrages partisans et loin de la réalité...Pour le bilan économique des années Jospin , je dois reconnaître qu'il ne fut pas trop mauvais mais face à la réalité du pouvoir, DSK et Fabius avaient un positionnement beaucoup plus à droite qu'aujourd'hui. Et puis cette embellie n'a pas duré.