Quelle attitude de la part du PS vis-à-vis de l’UDF ?

Publié le par Diégo Melchior

Un moi et demi avant l’élection présidentielle, le dernier sondage en date plaçait Ségolène Royal et François Bayrou à égalité avec 23% des intentions de vote. Une déduction rapide : la candidate socialiste et le candidat démocrate-chrétien ont a priori les mêmes chances d’arriver au second tour face à Nicolas Sarkozy. Ségolène Royal a un léger avantage : son électorat potentiel est moins volatile alors que celui de François Bayrou compte en fait beaucoup d’indécis.

Ne nous fions pas aux sondages, ils ne servent que d’indications et ne présagent en rien de la réalité. Néanmoins, nous ne pouvons pas nier une forte remontée de l’UDF dans les sondages et sur le terrain. Par exemple, dans le XIe arrondissement de Paris, où les seuls tractages étaient réalisés par les militants du PS et du PCF, depuis peu, nous avons aussi la concurrence des militants de l’UDF qui semblent bien décidés à toucher l’électorat populaire.

Comment expliquer une telle remontée ?

Il faut être honnête. Le programme de François Bayrou n’est pas un programme de droite. Économiquement et socialement, c’est un programme particulièrement proche de celui de l’Ulivo (alliance des Democratici di Sinistra –ex-communistes italiens, sociaux-démocrates- et de la Margherita –ex-DC, démocrates-chrétiens de gauche-), principal parti en tête de la coalition de centre-gauche qui a gagné les élections législatives et sénatoriales italiennes en avril 2006. En outre, lorsque Romano Prodi, le Président du Conseil italien, affirme que François Bayrou a sa préférence et que Piero Fassino, le leader des DS, hésite entre François Bayrou et Ségolène Royal, nous sommes en droit, à gauche, de  nous poser des questions.

Le programme de l’UDF est un programme réellement centriste. Si les sujets concernant les mœurs sont clairement connotés à droite, les sujets économiques et sociaux frôlent les idées sociales-démocrates. En ce qui concerne des sujets éminemment politiques comme l’Europe, le programme de l’UDF est bien de gauche. Cela ne sert à rien de dire que l’UDF est de droite si ce n’est à lui offrir des voix et à la rapprocher de l’UMP alors que justement François Bayrou a clairement refusé un rapprochement avec Nicolas Sarkozy. Rappelons d’ailleurs que la nouvelle ligne de l’UDF s’est d’abord constituée en réaction à la droite avant, dans une logique purement centriste, de se mettre en porte-à-faux avec la gauche. Souvenons-nous qu’au moment du CPE, l’UDF s’est fortement fâchée avec l’UMP et que des mains ont été tendues au PS… Toujours rejetées, certes.

La stratégie de l’aile gauche du PS qui depuis quelques semaines se focalisent sur l’UDF est suicidaire. À faire passer François Bayrou pour un homme de droite, l’aile gauche du PS donne une image du PS totalement archaïque, non-réformiste et incapable d’incarner le changement social. Ne nous trompons pas d’ennemi : l’adversaire de la gauche, c’est l’UMP, pas l’UDF. À ne pas nous concentrer sur un seul adversaire, nous jouons un jeu dangereux, celui de la dispersion et de la confusion. Chaque attaque contre l’UDF est une voix perdue pour la gauche.

Si la percée de l’UDF ne doit pas être négligée, Nicolas Sarkozy et son idéologie sécuritaire et de casse sociale restent le principal danger. N’oublions pas non plus le FN. C’est lorsque nous entendons le moins parler de l’extrême-droite qu’elle est la plus dangereuse. Jean-Marie Le Pen n’est pas encore politiquement mort et il semble bien plus cohérent de mener un combat politique contre le FN que contre l’UDF. Des priorités existent à gauche, et les crispations idéologiques de certaines personnes dans notre parti ne doivent pas nous détourner de notre objectif unique : battre la droite, faire gagner la gauche.

Car rappelons-le, la gauche démocratique joue gros à cette élection. Nous devons gagner ces élections car un gouvernement de droite présidé par Nicolas Sarkozy pendant cinq ans serait pire pour la France que ce qu’a connu la Grande-Bretagne sous Margaret Thatcher ou l’Italie sous Silvio Berlusconi.

Enfin, si ces élections sont importantes pour la France et pour les Français, elles sont aussi importantes pour le socialisme français. Une défaite de la gauche, à l’élection présidentielle de 2007, que personne n’espère au PS, conduirait inéluctablement à une crise majeure dans le socialisme français. Courir un tel risque n’est pas forcément une bonne une idée car une telle situation ne ferait qu’annoncer en France des années noires pour le socialisme.

La gauche a donc un devoir de victoire et ce devoir de victoire passe aussi par la constitution de nouveaux amis, surtout lorsque ceux-ci ont changé. Une France plus juste, c’est une France plus forte. Mais une France plus juste gouvernée par les socialistes passe aussi par un travail de réflexion et de modernisation de nos idées. Aujourd’hui, notamment au regard de la récente expérience italienne, être socialiste n’exige pas un rejet unilatéral du centre politique.

Diego Melchior

Commenter cet article

xavier 16/03/2007 12:21

en réponse à Jon, vois mon article sur le retour à la droite, sur udf-sciencespo.over-blog.com

jon 15/03/2007 12:30

malik, Ségolène conservera ces soi-disant voix du centre (je préfère parler de voix d'électeurs de gauche tentés par le vote Bayrou) car elle tiendra sa ligne directrice (http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-883229@51-822961,0.html) tout en se démarquant du PS (mais pas trop).Ensuite, au deuxièmre tour, Bayrou n'aurait que deux possibilités : 1. Logiquement, dans  un esprit d'émancipation asssumé et parce qu'il est Républicain, il appelera à voter Royal. (Peut-être avec négociations avec le PS, mais j'en doute, car derrière Bayrou, la droite se cache) 2. Bayrou, trahissant son beau discours, ne donnerait pas de consigne, préférant garder pour l'hiver sa base électorale démocrate-chrétienne de droite et ménager les différentes susceptibilités.Voilà mon sentiment.jon

malik 15/03/2007 12:17

D'accord avec ton analyse.. mais en attendant que faire pour que Segolene royal conserve les voix du centre.. Rester les bras croisés à critiquer Fn et UMP.. c'est ce qui a été déjà fait... bayrou inquiète par sa montée..et c'est normal...

jon 15/03/2007 10:26

Merci Val. J'ajoute que Bayrou ne peut pas faire autrement s'il veut rester cohérent. Tout conscient qu'il est qu'il n'aurait jamais de majorité legislative. En ce sens, Bayrou est un populiste qui nous mènerait droit dans le mur...

Sans parler de Sarko, voter Bayrou c'est éliminer la Gauche... Je le redis donc, si Bayrou/Sarko au 2nd tour, je fous une grosse insulte dans l'urne.

De plus, voilà de quoi recadrer un peu les choses :

http://www.box.net/public/static/1youmxum9c.pdf

http://militant.parti-socialiste.fr/files/riposte-40.pdf

http://militant.parti-socialiste.fr/files/riposte-41.pdf

http://www.box.net/public/static/hvpj4fvqhr.pdf

http://www.box.net/public/static/8xkx7cf1cx.pdf

http://www.box.net/public/static/56ckutq40d.pdf

_____

http://www.desirsdavenir.org/actions/telecharge_pacte.php

Val 14/03/2007 23:06

Oui il continue dans son recoltage de voix à gauche, parce qu'il sait qu'il ne peut pas courir les deux lièvres à la fois et que la gauche est plus fragile en ce moment que l'UMP... mais il ne nous dit pas s'il est prêt à faire une alliance avec le PS en cas de défaite de sa part. C'est toujours son schéma où il gagne, mais après tout c'est normal avant une élection, il ne peut pas dire le contraire, et le PS ne peut pas dire le contraire non plus. On verra qui sera au second tour... (peut-être les deux comme le pense un célèbre administrateur de ce blog?)