En quoi l’Europe est-elle socialiste et comment pourrait-elle l’être davantage ?

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

             Fondamentalement, le socialisme est d’abord un internationalisme qui ne croît pas que la solidarité doive s’arrêter aux frontières. A rebours des discours qui conspuent l’Europe libérale et technocratique de Bruxelles, on peut montrer que le projet européen est un idéal foncièrement socialiste…même s’il pourrait l’être encore davantage.

 

 

1)      L’Europe est socialiste car elle répond à un idéal de paix.

 

            Il ne faut jamais l’oublier. Rappelons-nous ce qu’était l’Europe il y a un peu plus de 60 ans, c’est-à-dire il n’y a pas si longtemps…Rappelons-nous qu’il y a 15 ans, une guerre terrible ensanglantait les Balkans. La paix est un équilibre fragile qui ne règne pas encore sur tout le continent.

 

            L’Union ne peut rester indifférente face aux tensions qui se manifestent encore autour du statut du Kosovo et surtout face aux atrocités commises par le régime russe en Tchétchénie. Or l’outil principal de stabilisation dont dispose l’UE, c’est la perspective de l’adhésion. On peut en discuter les modalités mais il est permis de penser que seule l’intégration effective du continent est susceptible de désamorcer sur le long terme les fantasmes nationalistes.

 

            Sur le plan international, l’Europe doit se doter d’une vraie politique étrangère, incarnée par un ministre des affaires étrangères, qui permettra de faire davantage peser la voix européenne. Que ce soit pour la paix ou Proche-Orient ou dans le dossier iranien, l’Europe doit être capable de proposer des alternatives à la politique américaine.

 

2)      L’Europe est socialiste car elle vise la prospérité économique.

 

            Oui, c’est un idéal de gauche ! La gauche moderne a bien compris que pour réduire les inégalités en redistribuant les richesses, il faut d’abord en créer. Or l’ouverture des frontières accroît les débouchés possibles pour nos entreprises, stimulant ainsi la croissance. De plus, la création de l’euro a grandement stabilisé nos économies. On peut reprocher beaucoup de choses à la Banque Centrale européenne, mais force est de reconnaître que depuis l’adoption de l’euro, l’inflation est très faible, ce qui préserve le pouvoir d’achat. Nous sommes désormais à l’abri des crises de change et nous bénéficions de taux d’intérêt très bas ce qui facilite les investissements et la consommation. Le bilan économique de l’Europe est donc largement positif.

 

            Toutefois, il y a encore beaucoup à faire et la gauche doit prendre part aux débats économiques. D’abord, l’UE doit reconnaître pleinement le statut spécifique des services publics, conduire une évaluation approfondie des libéralisations effectuées et réorienter sa politique en la matière.  Ensuite, l’Union doit investir massivement dans l’innovation, notamment en concourant au financement des petites entreprises de la nouvelle économie. Pour cela, le budget communautaire doit être augmenté. Cela permettrait en outre de mener une vraie politique budgétaire au niveau européen. On pourrait ainsi imaginer que les Etats reversent une partie de leurs excédents budgétaire au budget communautaire dans les périodes favorables, de manière à disposer de marges de manœuvre pour relancer la croissance dans les phases de ralentissement. En outre, les pays européen doivent cesser de se livrer à une concurrence fiscale qui fait pression sur les systèmes sociaux. Tout cela nécessite un véritable gouvernement économique de la zone euro.

 

3)      L’Europe est socialiste car elle est sociale et solidaire.

 

            En la matière, il faut remettre les pendules à l’heure. Si l’Europe n’a pas fait davantage dans champ social, c’est parce que les gouvernements s’y sont toujours opposés, le Royaume-Uni certes mais aussi les pays scandinaves qui craignent un nivellement des modèles sociaux par le bas. Et pourtant, les technocrates de la Commission ont fait le maximum pour agir dans les rares espaces qui leur été ouverts. Ainsi la Commission a-t-elle mené une politique très volontariste en matière de santé et de sécurité au travail en imposant des normes bien supérieures à ce qui existait dans la plupart des pays. La législation française en la matière est ainsi quasi-totalement d’origine européenne.

 

            L’UE a également lutté sans relâche pour l’égalité entre les femmes et les hommes. En la matière, la cour de justice a été intransigeante, exigeant notamment que ce soit les employeurs qui prouvent qu’ils n’ont pas exercé de discriminations. En France, la HALDE , qui effectue un travail remarquable, a été créée en application d’une directive européenne.

 

            La Commission veille également à préserver les droits sociaux, par exemple en proposant des directives qui permettent d’aller travailler dans un autre pays tout en conservant l’intégralité de ses droits à retraite.

 

            En matière de droit du travail, les Etats ont toujours été réticents à accepter des normes contraignantes. Et pourtant, l’Union n’a pas chômé. A travers la méthode ouverte de coordination, elle a permis de faire largement évolué les mentalités en ce qui concerne l’emploi des seniors par exemple. Elle s’est également opposée au développement des emplois précaires, prônant au contraire des emplois de qualité. L’action européenne est aussi très utile en matière de sécurité sanitaire. Il suffit de voir la mobilisation qu’il y a eu autour des menaces de grippe aviaire.

 

            L’Europe est enfin un formidable espace de solidarités entre ses régions. Une grande partie de son budget est effet consacré aux fonds structurels qui apportent une aide aux régions en retard de développement. C’est largement grâce à l’UE que l’Espagne et le Portugal ont connu un rattrapage aussi spectaculaire et c’est grâce à elle que les pays de l’Est connaîtront les mêmes opportunités. L’Europe détient en outre la palme de la solidarité sur le plan international, elle est en effet la première pourvoyeuse d’aide au développement dans le monde.

 

            En la matière, il est difficile pour l’Union de faire plus tant que les Etats n’y mettront pas un peu plus de bonne volonté. Et pourtant, l’Europe sociale continue d’aller dans le bon sens : citons la création récente du Fonds européen d’ajustement à la mondialisation qui vise à soutenir les perdants de l’ouverture des frontières et qui pourra jouer un rôle important, si toutefois les Etats lui accordent les crédits nécessaires. A l’heure actuelle, la piste la plus prometteuse passe par le dialogue social européen. La Commission est en train d’élaborer un projet de convention collective européenne qui permettrait d’établir des normes communes et négociées dans chaque secteur pour avancer dans la voie de l’harmonisation.

 

                                                                                                                 Sandra Desmettre

Publié dans Europe

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LesBisounours en folie 27/03/2007 00:18

Si si David , tu peux dormir tranquille .
Par ailleurs , si l'Europe est socialiste , pourquoi ne pas avoir signé en faveur de la constitution ( de toute façon ces salauds l'ont mise au frais et nous la reserviront tant que la réponse sera Non , une fois Oui , ça sera pour toujours )

david 25/03/2007 23:52

Faudrait peut-être lire la définition du mot "Socialisme" dans un dictionnaire ! L'Union Européenne est une institution capitaliste, qui pour l'essentiel ne vaut ni mieux ni pire que les 27 états capitalistes qui la composent. Le projet des "Etats Unis Socialistes d'Europe", défendu par tant de marxistes au début du 20e siècle, ne s'est pas concrétisé, c'est un fait. Entretemps, la social-démocratie (dans ses diverses variantes) a renoncé au socialisme et s'est convertie au capitalisme...

Val 25/03/2007 22:21

Oui merci Sandra pour cette belle démonstration. Toutefois, si le socialisme peut être fier de ce qu'il a accompli en Europe, cette dernière n'est pas exclusivement socialiste (sinon on ne serait probablement pas arrivé jusqu'à aujourd'hui!). La démocratie-chrétienne, même si nos conceptions divergent souvent, peut aussi revendiquer une partie de la construction européenne.
Pour le reste, je suis totalement d'accord.

Diego 25/03/2007 15:46

Il est super cet article.

Etienne 25/03/2007 15:00

C'est vrai que le souci de l'Europe sociale vient aussi des Etats les plus avancées dans les conquêtes sociales, et qui craignent une perte de droit. Mais à la limite, les droits sociaux ne sont que des minimums, on peut donner plus de protection que les autres si on le souhaite, non?