Socialistes et pro-européens: Témoignages

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

 
 
 

 

 

A l’été 2004, quelques semaines après l’entrée dans l’Union Européenne de dix nouveaux Etats membres, je suis parti en vacances avec ma famille en République tchèque. Etudiant du premier cycle est-européen de Sciences Po à Dijon, j’avais en effet eu l’opportunité d’apprendre le tchèque, et je m’apprêtais à passer un an à Prague. Sur la route de la Bohème nous avions fait une pause à Nuremberg. Je me rappelle que le soir, à l’hôtel, mon père m’a dit : « et dire que demain on passe à l’Est …». Mes parents m’ont alors rappelé qu’ils avaient grandi avec le rideau de fer, et qu’il leur semblait inimaginable d’aller un jour en vacances à Prague. J’ai alors pris conscience que les objectifs premiers de l’intégration européenne avaient été atteints : l’Europe est en paix, et réunifiée, et cela nous paraît normal. Maintenant nous devons réussir la deuxième étape de cette intégration : nous devons ensemble aborder la vraie question, qui n’est pas celle de la différence de nos histoires, de nos langues, de nos cultures (contrairement à ce que veulent nous faire croire l’extrême-droite et la droite), mais qui est la question sociale. Aujourd’hui, plus que jamais, le combat socialiste ne prend son sens que dans la dimension européenne. 

Adrien Brun

 

            Parce que je crois en la vertu  du dépassement. Dépassement de l’économique par le politique. Dépassement des égoïsmes individuels et nationaux. Dépassement de l’homme par lui-même. 

            C’est par le dépassement que les individus et les nations se libèrent. Du poids de tous les déterminismes et des multiples blessures du passé.  

            Etre socialiste, être pro-européen, c’est avoir confiance en l’avenir. Se refuser à sacrifier nos valeurs sous le joug du réel mais, à  l’inverse, s’ouvrir au réel pour mieux consacrer nos valeurs. 

            L’Europe s’est construite sur ce fragile équilibre entre l’idéal et le  réel. Dénoncer son excessif réalisme, c’est une chose.  Mais n’oublions  pas que l’Europe a fait advenir au réel l’idéal qui mut en leur temps  un Jean Jaurès, un Aristide Briand. 

            Jean Jaurès, en réalisant l’alliance entre le socialisme et la  République , a permis au premier de transcender la seconde.  A nous aujourd’hui  de transcender l’Europe. Car le socialisme est, par essence, aussi  européen qu’il est républicain.  

 

Irina Schapira  

 

 

 

 

 

 

La célébration des cinquante ans du traité de Rome est l’occasion de mesurer le chemin parcouru, les obstacles franchis et les difficultés à résoudre pour la construction européenne.

Nous, socialistes, avons pris notre part dans cette construction et pouvons en être fiers. Nous avons parfois dû faire des choix difficiles : François Mitterrand a ainsi renoncé en 1983 à une partie de son programme économique pour faire le choix de l’Europe monétaire (alors fragile et embryonnaire à l’époque). François Mitterrand avait compris le prix à payer d’une échappée solitaire qui aurait été ruineuse pour notre pays.

Ces choix, nous les avons faits surtout parce que croyons profondément au projet européen. Ces choix, nous les avons faits avec lucidité.

Nous devons être des Européens lucides et exigeants. Lucides parce que nous ne voulons pas l’Europe pour l’Europe mais parce que nous pensons que la solution à nombre de nos problèmes dépasse nos frontières et passe par un approfondissement de la construction européenne. Exigeants car nous devons notamment promouvoir aujourd’hui une Europe sociale qui soit la contrepartie de l’ouverture des marchés.

Parce que la construction européenne n’est pas un tout, à prendre ou à laisser, le corollaire de cette exigence est que nous avons le devoir d’être critiques lorsque nous avons le sentiment que les politiques conduites dans le cadre européen nous éloignent de nos valeurs et de nos convictions ou lorsque le projet européen n’assume pas assez clairement son identité fédérale.

Être socialiste et européen, ce n’est pas s’abandonner à la candeur, c’est être critique et exigeant, exercer un droit d’inventaire. En nous forgeant cette conscience critique, le projet européen et l’adhésion des citoyens à son accomplissement n’en sortiront que renforcés.

Si nous n’avons pas fait les mêmes choix en mai 2005 face au projet de traité constitutionnel, nous partageons tous cette conscience critique et cette exigence.

Loin d’être négative, cette conscience doit être un préalable à la formulation de propositions communes audacieuses sur la question des services publics (au-delà même du concept de SIEG), sur la nécessaire coordination des politiques économiques pour relancer la croissance européenne ou encore sur la mise en œuvre de sécurités durables contre les délocalisations notamment (par la mise en place entre autres d’un fonds européen).

C’est dans cet esprit que le PS Sciences Po a créé un atelier consacré à la question de l’Europe et des services publics.

Réformistes, soyons aussi réalistes. Nous devons saisir toutes les avancées qui se présentent à nous. Ne commettons pas l’erreur de les refuser au motif qu’elles seraient insuffisantes. N’oublions jamais que ce sont ceux qui en ont le plus besoin qui souffrent toujours le plus du renoncement à des avancées, fussent-elles modestes.

Engageons le débat, n’ayons pas peur : il est toujours plus commode de se contenter, comme la droite, d’une situation donnée ou de prendre la réalité pour donnée. Il est en revanche plus difficile mais bien plus ambitieux de vouloir infléchir les évolutions à l’aune de ses valeurs. En tant que socialiste et européen, c’est le choix que je fais.

Même si l’Europe peine, pour reprendre l’expression de Jean Monnet, à « franchir la porte sacrée du politique », il n’en demeure pas moins qu’à l’intérieur du cadre institutionnel, il existe des options politiques possibles qui répondent à des conceptions très différentes. C’est dans le choix de ces options que doit s’exprimer cette conscience critique que j’appelle ici de mes vœux.

                                                                                                              Bastien Taloc

 

 

 

 

 

 

 

Je suis socialiste et proeuropéenne car l’Union européenne est l’un  des lieux privilégiés de la solidarité entre les nations et les peuples.

L’Europe est tout d’abord une union des peuples qui a permis d’éloigner  le spectre de la guerre de l’Europe. Et tous les socialistes, par  essence internationalistes, sont reconnaissants à l’Union Européenne d’avoir  accompli ce grand dessein. C’est aussi une solidarité financière, qui a  permis à des pays comme l’Espagne et l’Irlande de connaître un boom  économique. C’est ensuite le seul espace où l’on puisse essayer de  défendre une certaine forme de solidarité sociale entre les individus. Je sais  bien que le « modèle social européen » est aujourd’hui contesté, mais  il a au moins le mérite d’avoir existé"

Patricia Perennes

 

 

Comme la majorité des Français et des socialistes le 29 mai 2005, j’ai voté non à la Constitution. Je ne réclame pour autant aucun héritage, parce que je ne souhaite pas partager cette victoire avec Jean-Marie Le Pen et autre Philippe de Villiers. Aujourd’hui, et en dépit de l’enlisement actuel de l’Union Européenne, je persisterai toutefois dans mon vote si on me demandait de m’exprimer sur le même texte.

Sans revenir sur les raisons précises qui m’ont conduites à refuser le traité constitutionnel, je persiste à penser que l’Union Européenne est et restera le destin de la France, que les propositions dangereuses de candidats d’extrême-droite mais aussi d’extrême-gauche de sortie de l’Union Européenne ou de remise en cause profonde de cette construction qui s’est lentement mise en place depuis 50 ans seraient une profonde catastrophe politique mais aussi économique.

Néanmoins, je pense que l’Union Européenne, et c’est une des raisons de son enlisement, se fourvoie actuellement. Mais je sais aussi, que nous sommes responsables, y compris nous socialistes français de certains de ces dérapages. Quand l’Union Européenne décide par exemple de procéder à la finalisation de la libéralisation du secteur postal d’ici 2009, faisant preuve d’un libéralisme forcené là-même où les Etats-Unis n’y ont jamais pensé, l’Europe se trompe. Quand des commissaires européens se plient aux injonctions des Américains dans les négociations commerciales en dépassent leur mandat de négociation pourtant fixé par les Etats membres ou intiment de manière prétentieuse aux agriculteurs de « trouver une autre activité », ils se trompent et nous trompent. Quand la Commission européenne s’arc-boute sur la séparation des activités de distribution et de production de l’énergie plutôt que de bâtir une politique énergétique cohérente, l’Europe se trompe et pire, va finir par être trompée. Quand l’Europe ressemble à un marché du dumping fiscal et social, tout le monde se dit que l’on s’est trompé de projet, que l'on ait passé d'une grande idée à un simple grand marché. Quand l’Union Européenne (je veux dire les Etats membres) élargissent en catimini avant d’avoir réformer le fonctionnement de l’UE, ils trompent tout le monde, les pays entrants comme les autres.

Nous avons eu l’opportunité, socialistes et sociaux-démocrates de faire avancer l’Union Européenne sous le gouvernement Jospin. Parce que nous sommes capables de voir nos erreurs, disons clairement que nous ne l’avons pas assez fait. Nous seuls socialistes avec Ségolène Royal et les forces du progrès à gauche, somme capables de porter haut une nouvelle Union Européenne que les citoyens européens attendent de leurs voeux. Parce que notre projet, doit être aussi socialiste pour la Nation qu’il doit l’être pour l’Union Européenne.

                                                                               Jonathan Gindt

Publié dans Europe

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Francois 27/03/2007 19:35

Merci pour tous ces témoignages d'éuropéen convaincu et construisons ensemble l'europe sociale et politique que nous voulons!

Etienne 26/03/2007 15:48

eheh, je m'en doutais mais c'était assez peu logique de créer deux articles avec le m^zmz thème, avec d'une part ta réaction, et de l'autre celle des autres ;-)

Bastien 26/03/2007 08:58

@ Etienne,
Tu peux même parler de conception "castriste" : je ne fais pas encore des discours de 7 heures mais ça ne saurait tarder...
A vrai dire, je n'avais pas écrit mon texte comme témoignage (le style impersonnel ne trompera personne) mais comme tribune de rassemblement de tous les socialistes sous la bannière européenne.
Je vois dans tous ces témoignages de grandes convergences et la démonstration que, derrière certains de nos choix divergents, il y a en réalité le sentiment que parce que l'Europe permet le dépassement et l'émancipation des déterminismes, les socialistes ne peuvent qu'être pro-européens (comme le soulignent très bien Irina sur l'esprit du projet européen et Sandra sur les politiques conduites aujourd'hui).
Nous pouvons être fiers d'avoir organisé cette journée consacrée à l'Europe.

Etienne 26/03/2007 00:17

Après plus d'une heure de galère avec overblog pour mettre en forme cet article, le voilà enfin! Il cloture notre grande journée Europe, j'espère que vous l'aurez apprécié!
Spécial remerciement à Bastien pour sa vision tout à fait JacquesGenereusienne des 10 lignes ;-)