Plutôt que d'en rester au "serpent de mer" de sa suppression, osons réformer l'ENA !

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

On vient encore de proposer la suppression de l'ENA. Depuis sa naissance, nombreux sont ceux qui auront souhaité la mort de l'école sexagénaire qu'est l'ENA.

 

C'est François Bayrou qui vient d'officier dans ce registre ce weekend, atteignant le ridicule puisqu'il propose de la remplacer immédiatement par une "école des services publics" (sic) (un "machin" en somme) dont on ne sait en quoi elle serait différente. Il s'agit d'éviter le "pantouflage" (le passage vers le privé). Mais pourquoi ne pas tout simplement durcir les règles actuelles si c'est cela qu'on veut ? A court de carburant programmatique, François Bayrou a voulu nous gratifier une nouvelle fois d'une opération marketing qui decevra plus d'un.

 

La suppression de l'ENA est un serpent de mer dont nous ne ferons pas l'histoire ici mais qui trouve son fondement dans la critique de l'élitisme et du corporatisme de l'institution.

 

Oui, on peut adresser à juste titre des griefs à l'ENA mais proposer sa simpliste suppression, n'est-ce pas une façon d'éviter la réalisation de réformes ambitieuses dont cette école a besoin.

 

Il y a incontestablement une logique de reproduction sociale à l'oeuvre à travers le recrutement de cette école mais l'ENA ne doit pas être le bouc émissaire d'un problème général de notre système éducatif. Des solutions doivent être apportées.

 

Ensuite, il y a, ne l'oublions pas, dans la formation dispensée, une forme de conformisme intellectuel, que la puissante socialisation organisée dès la scolarité à Sciences Po vient perpétuer.

 

Des réformes ambitieuses sont aujourd'hui indispensables et sont souvent demandées par les élèves eux-mêmes de l'ENA.

 

Par ses propositions miracles et le remplacement ridicule par une "école des services publics", François Bayrou ne répond pas aux vraies questions.

 

Osons proposer de vrais changements avec Ségolène Royal !

 

EDIT: On a vu la question de l'ENA...mais que faire de Sciences-Po? C'est l'objet du nouveau sondage idiot...

Publié dans Education et jeunesse

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Antoine 03/04/2007 17:48

Ce que propose Bayrou consiste simplement à faire avec l'ENA ce qui a été fait avec l'école de guerre (Collège interarmé de Défense), à savoir en faire une école d'état major. On commence sa carrière en passant les concours administratifs habituels, on fait ses 10 ans de conseiller de TA ou commissaire de police, ou tout autre beau métier de la fonction publique puis on passe un concours qui servira d'accélérateur de carrière. Cela évitera les blocages tout à fait scandaleux de certaines carrières, permettra une meilleure progression dans l'échelle sociale et réduira le nombre de situations dans lesquelles un jeune ScPo-ENA de 30 ans dirige un fonctionnaire cadre A avec 30 ans de boutique. Le concours externe serait évidemment supprimé et les places des autres concours A augmentées. J'y suis pour ma part totalement favorable et milite en ce sens depuis pas mal de temps. Je regrette cependant que cela ait été instrumentalisé en parlant de "suppression"...

peaceonearth 03/04/2007 16:10

Le problème est celui de tout système qui est chargé à la fois de former des individus et à la fois d'évaluer leur formation.
Les élèves sélectionnés par l'ENA ne seront pas les plus à même de transformer la société, de faire évoluer l'administration pour la raison simple qu'ils seront jugés en fonction de leur conformité avec un certain modèle. La tendance de ces systèmes est donc un fort conservatisme, et une tendance à ne pas évoluer. Malheureusement, je crois que c'est le cas également d'un bon nombre d'institutions, voire de l'ensemble de l'administration. Arrive t il qu'un fonctionnaire soit récompensé pour une initiative originale ou pour une innovation ?
 Ce système non seulement favorise le conservatisme mais en plus il favorise l'absence de dynamisme et de mouvement.

Bastien 03/04/2007 15:47

Je précise mon post : j'aurai tendance à être tout de même plus sceptique que vous sur le caractère "républicain" du recrutement. Faites abstraction des épreuves techniques et regardez l'entretien et son très fort coefficient : derrière des questions académiques en rafale, on cherche à cerner le candidat non pas sur son savoir faire et ses qualités professionnelles mais sur sa vie, son bagage socio-culturel et sa capacité mondaine à rebondir sur toutes les sujets.
L'entretien est bien plus un contrôle de conformité avec l'habitus bourgeois parisien (comme l'aurait dit Bourdieu) qu'un simple entretien de recrutement : la candidat se fait adouber par ses pairs.
Jean-Michel Eymeri dans "La fabrique des énarques" (qui n'est pas un pamphlet mais une analyse sociologique) en a fait une lecture très instructive. Je conseille particulièrement les passages sur la conférence de méthode à sciences po : il démontre la continuité de la socialisation entre sciences-po et l'ENA.
Je pense que le problème est plus profond et que ce n'est pas l'ENA en soi qui en est la cause mais le manque d'audace des jurys qui sont dans une démarche d'adoubement de leurs futurs pairs à l'aune de critères bien peu républicains...

John_G 03/04/2007 15:35

Juste for fun... je n'apporte pas (encore) une contribution très profonde au débat mais je voulais juste vous communiquer la réaction de Ségolène Royal face à la proposition de François Bayrou ce matin : "Peut-être qu'il veut me supprimer moi-même. Mais c'est trop tard", a-t-elle dit dans un sourire"Parce que garder son calme et du détachement lors d'une campagne présidentielle, c'est aussi la preuve d'une maîtrise de soi indispensable pour prétendre à de telles fonctions...

Sharky 03/04/2007 14:16

@ Emmeline
Toujours à traquer la faille, je la prends pour moi puisque vous parlez du privé et je suis le seul à avoir soulevé ce paralèlle.
Je vous répondrai oui et non, les connexions entre les politiques (de tout bords) et certaines grandes entreprises du CAC 40 sont évidentes et existent. Cependant :
1/ Je ne parlais que des mauvais éléments dont la perrennité au chaud dans le privé est sans doute moins bien assurée que dans le Public même s'il doit y avoir quelques exceptions qui confirment cette règle. Les autres dans le privé ont le droit d'être bons (comme dans le Public) et d'y rester.
2/ La pression économique est telle que le copinage est de moins en moins évidents même si l'on trouve des entreprises plombées par des corps entiers (spécialité des X)
3/ La grande différence dans un cas c'est que c'est notre argent qui paye, dans l'autre c'est celui d'entreprises privées. Là cela fait toute la différence chez moi.
Le message que je voulais faire passer c'est qu'à 25 ans tout est acquis pour ces jeunes jusqu'à la retraite quoiqu'ils fassent et cela n'est pas normal ou pas dans "l'ordre juste".