Pourquoi il faut donner sa chance au Contrat Première Chance

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Dans son discours de Villepinte (11 février 2007), Ségolène Royal a suivi l’un des objectifs fixés par Jacques Delors : l’emploi pour tous, y compris pour ceux qui sortent du système éducatif sans diplômes. Si les causes de cette sortie sans qualifications doivent être combattues par une amélioration du système éducatif, il est indispensable de raccrocher le plus rapidement possible ces jeunes au travail, ce lien social indispensable.

 
- Le CPC est une mesure transitoire, qui relève de l’urgence sociale. Le rapport Méda évoque le chiffre de 120 000 jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans aucune qualification. Bien évidemment, les situations sont variables mais globalement inquiétantes. 77% d’entre-eux n’ont que le niveau de fin de 3ème ou de 1ère année de CAP ou BEP. Le reste se partage à égalité entre des jeunes ayant quitté le système scolaire à l’issue de la seconde ou de la première et des jeunes en première année de brevet ou bac professionnel. Comme l’ont mis en avant plusieurs rapports, tous les dispositifs existants (alternance, CIVIS…) sont très largement insuffisants parce que trop peu ciblés. Trop peu ciblés à deux égards :

 

  • Pour les jeunes qui présentent la particularité de ne pas disposer de « bagages » de professionnalisation mais aussi et surtout d’être très peu intégrés socialement ;

  • Pour les employeurs potentiels les plus adaptés pour accueillir ces jeunes : les TPE.

      

- Le CPC est découpé en plusieurs étapes autour du parcours de professionnalisation du jeune sans qualifications, dans une logique « donnant-donnant » et « gagnant-gagnant »  :

 

  • 1ère étape : cette période dure 3 mois, au cours de laquelle le jeune travaille au sein de l’entreprise (60% du temps), tout en bénéficiant de séquences de formation (40% du temps), qui peuvent être internalisées (c’est-à-dire se dérouler au sein de l’entreprise qui a recruté le jeune). Le jeune est doublement encadré :

     

o    à l’intérieur de l’entreprise : le chef d’entreprise, le salarié, un ancien salarié…

 

o    à l’extérieur de l’entreprise :   son référent appartiendra au partenaire choisi par la Région dans la lutte pour l’emploi (ANPE, mission locale…). Son rôle sera plus étendu que le tuteur interne à l’entreprise c'est-à-dire qu'il lui fournira bien sûr une aide dans la définition de son parcours professionnel mais aussi au-delà dans l’ensemble des démarches auxquelles le jeune est confronté (logement, santé…) en partant toujours du principe que ces jeunes sont davantage destructurés socialement.

 


Cette première période doit déboucher sur un bilan effectué par les trois partenaires (les deux tuteurs et le jeune). A la suite de ce bilan, l’entreprise passe avec le jeune, comme elle s’y est engagée, ou bien un contrat d’apprentissage, ou bien un contrat de professionnalisation ou bien un CDI. Dans la logique du donnant-donnant, la convention prévoit les modalités de remboursement de l’aide si l’engagement de l’employeur n’est pas respecté. Et la convention s’inscrit également dans le « gagnant-gagnant » puisque le jeune voit son expérience de travail reconnue dans un « passeport formation
.

 

  • 2ème étape : il s’agit d’une période de 9 mois qui a commencé par la signature d’un contrat entre le jeune et l’entreprise. Au bout de ces 9 mois, un deuxième bilan est effectué. Les compétences acquises sont validées (VAE ou passeport formation). Le référent externe continue à suivre le jeune. Au cas où l’employeur viendrait à rompre le contrat moins d’un an après sa signature et en cas d’absence de cause réelle et sérieuse, l’entreprise doit rembourser l’ensemble de l’aide.

     

- Ce contrat n’est ni un « CPE de gauche » ni un « cadeau fait au patronat ». Bruno Julliard, président de l'UNEF l’a lui-même déclaré : « Le CPC est le meilleur moyen pour permettre aux jeunes d'accéder à l'emploi ».

  • Le CPC n’est certainement pas le CPE qui se proposait de précariser l’ensemble de la jeunesse pendant deux ans, en ne proposant aucune mesure de validation de l’expérience acquise. Le CPC est quant à lui un outil spécifique, transitoire, face à un défi fondamental pour toute personne de gauche : l’intégration par le travail.

  • Le CPC n’est ensuite pas un cadeau fait au patronat dans la mesure où les patrons responsables (et ils sont nombreux) qui embaucheront ces jeunes sans qualifications seront toutefois mis devant leurs responsabilités et obligés de rembourser l’aide si jamais ils n’en respectent pas les termes. Comme le démontrent aussi bien Thomas Piketty (Ehess) que Philippe Aghion (professeur à Harvard), les effets d’aubaine sont limités, voire inexistants dans la mesure où ils ciblent les TPE (entreprises disposant d’un minimum de 10 et 20 entreprises, cela restant à déterminer). L’effet d’aubaine est d’autant plus limité que les entreprises ne peuvent accueillir qu’un seul jeune disposant d’un CPC à la fois et un délai d’un an doit être respecté entre deux entrées par cette voie. Rien à voir avec les vrais cadeaux à l’efficacité restreinte voire nulle proposés par François Bayrou (2 emplois sans charges dans n’importe quelle entreprise pour n’importe quel salarié) et de Nicolas Sarkozy (exonérations de charges sur les heures supplémentaires qui ne seront utiles qu’aux insiders, alors que les jeunes qualification sont par définition des outsiders).
Face à la simplification, Ségolène Royal se réclame du « devoir d’invention » mais clarifie, ajuste, en fonction des attentes. C’est cela aussi la démocratie participative. Cette idée de CPC lui est venue de ses nombreuses discussions avec les chefs de petites entreprises et se sont eux également qui l’ont amenée à l’ajuster. Parce que ce sont eux les meilleurs « experts de leurs situations ».  Le CPC n’est pas un nouveau contrat aidé, ni même un contrat de travail mais une convention passée entre trois partenaires qui s’engagent : la région, l’employeur et le jeune. Il n’est toutefois pas la seule mesure de la politique de l’emploi de Ségolène Royal. C’est une mesure importante mais transitoire et qui est l’un des moyens de lutter contre le chômage des jeunes sans qualifications, c'est pour cela qu'elle pourra encore fait l'objet d'ajustements, même si le rapport Méda est un socle fondamental. Si nous sommes lucides et innovants à gauche, nous sommes aussi modestes et pragmatiques, c’est aussi cela la nouvelle façon de faire de la politique, face aux réponses toutes faites du CPE et autres CNE.

 

Le CPC est en tout état de cause l’une des nombreuses démonstrations, qui nous conduisent à être fiers, socialistes et personnes de gauche, d’avoir une candidate déterminée à bouger les lignes, non pas par plaisir de combattre les dogmes mais parce qu'elle sait que la lutte contre le chômage est la priorité des priorités.

 

Jonathan Gindt

 
L'intégralité du rapport Méda est disponible sur www.desirsdavenir.org

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Sharky 12/04/2007 17:40

Emmeline, ça va finir par jaser sur le blog, vous prenez des libertés à mon égard qui vont faire penser à une proximité de mauvais aloi. Mon post 28 était une réponse directe aux post 25  et 26 pas 27 (le votre) qui ne m'était pas apparu (proximité horaire) maintenant que nous sommes modérés.
Je ne doute donc pas un seul instant de votre connaissance des PME (même si pas tout à fait similaire à TPE, il y a des PME de 500 personnes), dans ce cas vous abonderez sans doute dans mon sens à ce sujet des post24, 28 et 32, ce serait pas mal pour Adrien et Néel, il vous croiront vous au moins..et vous avez même droit de répondre à ma simple question.
"VOUS osez m'accuser de mauvaise foi ? " loin de moi cette idée, il doit s'agir de désinformation, quoique vous voir énervée toute rouge ne me déplait pas.
"oui ou non, ce que vous avez dit sur Piketty était-il faux ? " Oui sans doute je plaide coupable, il ne m'interesse pas, il donne pas de chiffres sur la campagne!
"Oui ou non, est-il légitime de ne prendre en compte que "les mesures concernant le travail" pour conclure à une augmentation de la dette publique, qui est bien plus impactée par des réductions d'impôt ?" Pas compris la question, comme vous voulez!
"Oui ou non, "les recettes éprouvées ailleurs" ont-elles marché, au vu de l'état de la France que M. Sarkozy est le premier à qualifier de catastrophique ? " Oui ailleurs, elles n'ont pas encore été éprouvées en France, c'est pour ça qu'elles sont dans le programme de NS.
Oui contrairement à ce que pensent la plupart des gens de Gauches, la première préoccupation des patrons de TPE sont leurs employés et les salaires qu'ils doivent leur verser chaque mois. Maintenant, ils ont un business à faire tourner pour cela et n'ont pas la grandeur d'ame de sauver tous les pauvres et malheureux de France.C'est bon Maîtresse, j'ai répondu à tout, je peux sortir. Vous savez que vous avez un petit côté Royal, Emmeline.

Emmeline 12/04/2007 17:13

Sharky, je vous rappelle que vous n'avez pas le monopole de la sueur ! moi aussi j'ai fait du travail de manutentionnaire, et je travaille pour payer mes études, dans une PME également (où je suis depuis 2 ans, vous me reconnaîtrez que je commence peut-être à la connaître) ... c'est fou non ? Et, à part ça, cf. commentaire 27 : oui, ou non ? j'attends toujours des réponses claires !

Sharky 12/04/2007 12:54

 
Adrien je pense puisque tu l'as déjà dit que tu es étudiant à Science Po, et ta façon de fantasmer l'entreprise me laisse à penser que tu ne la connais pas ou que tu n'as pas bien regardé pendant tes stages ou job, sinon tu ne dirais pas de telles énormités.
Ma vision de l'entreprise correspond à celle que je mène in vivo et pas in vitro depuis plus de 15 années maintenant à la fois comme salarié et patron de TPE. Tu vois j'ai un spectre assez large qui me permet d'être assez sur dans mes affirmations notamment sur les besoins et les problématiques des TPE.

Pour le procès en sorcellerie que tu me fais faute de mieux, reprends l'ensemble des éléments dans leur contexte plutôt que prendre des mots de ci, de là, grande technique de désinformation socialiste je sais (Karcher, racaille, gène... tous élevés à Paris Match le poids des mots...!). C'est plus facile que de rentrer dans un débat de fond et d'argumenter c'est sur.

Mais sache que je ne t'en veux pas car toi, je suis persuadé au travers de tes posts que tu es un vrai gentil humaniste, un peu naif certes (et tu risques d'avoir quelques déconvenues) , mais pur.

Adrien 12/04/2007 10:31

Sharky, tu ne me connais pas, tu ne sais pas qui je suis, donc je ne te permets pas de me donner des conseils. Tu sais dans une entreprise on peut faire autre chose qu'un stage, on peut y bosser (oui, tu sais, avec ses petites mains). Ta vision de l'entreprise avec 2 types de salariés, tu ne crois pas qu'elle est complètement à côté de la plaque ?Qui te parle de salariés non motivés ? le CPC concerne des jeunes qui n'ont pas de qualification. Personne ne te parle de jeunes non motivés. A moins que pour toi non qualifié = démotivé, fainéant, et racaille. C'est vrai que ton candidat a une vision déterministe de l'homme. Selon toi les jeunes non qualifiés doivent probablement avoir le gène de la déqualification.

Sharky 12/04/2007 08:02

Clap, clap, clap. touché je suis cassé! Trop fort .
Tu n'as rien d'autre à amener que tes remarques 1er degré d'un débat qui te dépasse vraisemblablement. La technique du petit militant de base, je passe, je casse, je n'amène rien sans doute n'en es-tu pas capable vu que tu n'as rien montré à part cette agressivité puérile et le renvoi aux idées des autres. Je sais bien que les hormones te travaillent en ce moment mais retourne dans ta cour de récré. ou vraiment sur Sarkostique, là tu seras bien.