Pourquoi Ségolène Royal est la seule à pouvoir concilier le « oui » et le « non » de gauche

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Le 29 Mai 2005, plus de la moitié des votants (avec plus de 70% de participation) ont rejeté le projet de Traité Constitutionnel Européen (TCE). Au-delà de notre appréciation sur le résultat de ce référendum, on peut se féliciter que la campagne référendaire ait été l’occasion d’un débat sur l’Europe, peut-être tronqué, parfois simpliste mais souvent exigeant et passionné. Un débat en tout état de cause dont les Français ont été privés pendant plusieurs années, ce qui leur a donné l’impression d’une Union Européenne déconnectée de leur réalité. Au-delà de la nécessaire pédagogie dont la prochaine Présidente devra faire preuve, Ségolène Royal est la seule, en tant que partisane du « oui » au TCE, à avoir pris toute la mesure des causes du « non ». Aussi, elle fait un constat juste et propose une « refondation du projet européen ».


Elle fait le constat juste que les Français et les autres peuples européens ne se sont jamais autant sentis naturellement Européens (82% des Français se disent ainsi fiers d’être Européen) et savent la nécessité de la construction de l’Europe : ils sont « désireux », « amoureux » de l’Europe.

Mais si les Français ont eu du mal à se reconnaître dans l’Europe, c’est qu’ils ont pu la percevoir plus comme une contrainte que comme une chance. L’Europe n’a pas réussi à vaincre le chômage, à combattre les précarités et a (contraire) conduit au contraire à certaines formes de dumping social et fiscal. C’est la force du « non » de gauche que Ségolène Royal a seule comprise : les Français veulent l’Europe, plus d’Europe, une Europe sociale, émancipatrice, qui tire vers le haut plutôt qu’elle nivelle par le bas. De leur côté, les « non » de droite ne souhaitent qu’une France recroquevillée sur elle-même, rabougrie. Une France qui prône l’ultra-libéralisme en son sein (programmes présidentiels de MM. Le Pen et de Villiers) tout en privant la France des débouchés extérieurs phénoménaux que constitue notamment le marché européen. Une Europe sociale, une Europe de gauche, c’est inévitablement celle qui ressemble à l’esprit du triptyque de Jacques Delors : « La compétition qui stimule, la coopération qui renforce, la solidarité qui unit ».
 
Ségolène Royal fait ensuite les propositions justes (propositions 88 à 100 du pacte présidentiel).


- La priorité fondamentale est l’Europe sociale : cette construction est non seulement souhaitable mais elle est faisable. Lors de leur rassemblement à Porto en novembre 2006, les socialistes européens se sont mis d’accord sur un texte commun qui met très clairement en avant cette priorité à l’Europe des solidarités. Et comme n’a cessé de le démontrer Ségolène Royal, en reprenant la philosophie de ce texte, la cohésion sociale est l’une des conditions de l’efficacité économique.


 •        Cela passe tout d’abord par la défense de nos emplois et de nos employés :

                  o      Harmonisation sociale et fiscale qui doivent éviter les concurrences déloyales entres Etats membres

                  o      Meilleure protection des travailleurs de l’Union Européenne permise par deux leviers :

                    - Un ordre juste mondial : taxation du non-respect de normes sociales et environnementales minimales dans la fabrication des biens importés des pays hors UE ;

                                     - Une Europe qui sait se défendre, en étant pragmatique : l’Union Européenne ne doit pas se « laisser faire » comme cela a été trop le cas. La mise en place d’une politique industrielle et commerciale pragmatique (récent cas Bombardier / Alstom) et qui ne vise pas à défendre à tout prix les dogmes libéraux permettra de mieux défendre l’emploi ;

                     o       Inscription de l’objectif de croissance et d’emploi dans les statuts de la Banque Centrale Européenne, parce que l’on ne peut pas à nouveau être plus libéraux que les prétendus libéraux et suivre dans ce cas le caractère souvent exemplaire de la complémentarité entre les objectifs de la politique économique américaine et ceux de la FED.

                     o       Directive-cadre sur les SIEG (Service d’Intérêt Economique Général) qui permettra de préserver et défendre les services publics tout en maintenant l’emploi

 

 •        Mais la meilleure défense passe par l’attaque. C’est pour cela que Ségolène Royal souhaite mettre en avant une Europe qui innove, capable de créer des « champions industriels ». Ces efforts ne doivent pas s’éparpiller mais se concentrer sur la recherche, dans l’innovation, les énergies renouvelables, l’environnement et les transports. Les champions industriels ne doivent pas être abandonnés, même si la Commissaire Nelly Kroes le pense. Pour Ségolène Royal : « L'Europe ne doit plus s'abandonner au seul dogme de la concurrence. Airbus n'aurait pas pu être lancé si la doctrine actuelle de l'Europe avait été applicable en 1970 ». Et pour que la recherche-développement devienne le moteur de cette Europe de la croissance retrouvée, les Etats membres ne doivent plus être pénalisés. Les dépenses en R/D seront ainsi retirées du calcul du déficit de chaque Etat-membre, parce qu’il s’agit de dépenses d’avenir, indispensables à la réussite de la stratégie de Lisbonne.


- Ce que Ségolène Royal veut montrer, c’est que l’Europe est nécessaire et efficace quand elle le veut. C’est l’ « Europe par la preuve ». Dans son discours aux côtés de Jacques Delors le 27 mars 2007, elle l’évoque par deux exemples emblématiques :

 

•        L’Europe de l’éducation : Erasmus est l’une des vraies réussites communautaires parce qu’elle est utile à économiquement, crée un lien entre les jeunes Européens et contribue faire de ceux-ci de vrais europhiles. Mais Erasmus n’est pas assez développé. Ségolène Royal, propose ainsi de tripler le budget du programme Erasmus et faire en sorte à terme que tout étudiant, de n’importe quel niveau et formation, ait droit à 6 mois au moins d’échange dans un pays de l’Union Européenne. Parce que les formations professionnelles doivent être tout aussi ouvertes que les formations « généralistes » ;
  

 •        L’Europe de la santé : les efforts de recherche doivent être communautarisés. Le cancer est une cause qui dépasse évidemment les frontières. L’instauration d’une Agence européenne de lutte contre le cancer est ainsi l’un des moyens de montrer l’efficacité de la communautarisation d’un objectif et est transposable à de nombreux domaines.

 

- Bien sûr, pour que tous ces objectifs soient atteints, l’architecture institutionnelle de l’UE à 27 doit être redessinée. Le 29 mai 2005 et dans les jours suivants, ce sont les peuples français puis néerlandais qui ont rejeté le TCE. Dans les 19 pays l’ayant ratifié (en dehors de l’Espagne), on peut imaginer qu’une consultation populaire aurait conduit aux mêmes résultats. Il paraît donc à la fois anti-démocratique et dangereux pour l’avenir de considérer que le meilleur moyen pour redéfinir l’architecture institutionnelle serait d’ignorer le peuple. Lors de la présidence qu’elle effectuera, la France lancera une convention chargée de rédiger le texte de la réforme institutionnelle qui serait présenté aux peuples, le même jour, suivant la procédure que chaque pays aura choisie. En France, pour Ségolène Royal, la consultation du peuple sera indispensable parce que la construction communautaire ne doit jamais se faire sans eux, voire contre eux. 
 
Plus juste, l’Europe sera plus forte ! Parce qu’elle est en cohérence avec le pacte présidentiel, en concordance avec les objectifs défendus par les autres partis socialistes et sociaux-démocrates européens, Ségolène Royal est la seule à pouvoir reconduire la France au cœur de l’Union Européenne et de faire de cette dernière l’incarnation de notre avenir à tous.


 

                                                                                                                                                                            Jonathan Gindt

Publié dans Europe

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jacky 11/04/2007 14:51

@ Thib
Non, je ne confonds pas TCE et TUE. D'ailleurs, j'avais déjà insisté sur le détail important ou plutot l'expression : " sans préjudice". Ton copier coller est donc conforme à mon message.
Ensuite, je ne pense pas que la crise de la représentation gagne à être étouffée par la confiscation de la ratification populaire des traités. Il s'agit d'un exercice crucila de la démocratie. Or, le contexte institutionnel français est tel que, contrairement aux USA, la ratification est quasiment sure puisque le le législateur est soumis à l'exécutif. Ce n'est d'ailleurs pas la position de NS sur la charge présidentielle qui me prendra à contre pied.
Je t'appelle conservateur sans ambages mais sans intention de nuire. Tu proposes une réduction du champ de l'exression de la souveraineté populaire. C'est ton droit, mais ça heurte la conception du progrès entendu comme émancipation et autodétermination. Conformément aux clivages de philosophie politique, je te range du ^coté conservateur.
Si tu ne supportes pas ce terme, fort bien. Mais attention, tu ne t'en sortiras pas en escamotant le débat, soit que tu penses qu'en tant qu'étudiant de Sc po je ne connais pas la différence entre TUE et TCE ( c'est grotesque ), soit ( pire ) que tu camoufles ton malaise derrière des constructions abracadrantesques en pillant Jaurès, Blum ou Moquet au patrimoine progressiste.
Sur ce je te salue et j'espère que tu baisseras d'un ton. Pourquoi ne pas me dire ta position sur la constitution de regulateurs ex ante ???
 

Thib 11/04/2007 14:29

@ Jacky

le TCE n'est pas en vigueur, les statuts de la BCE se réfèrent donc au TUE qui dit :
« Sans préjudice de l’objectif de stabilité des prix, le SEBC apporte son soutien aux politiques économiques générales dans la Communauté, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de la Communauté, tels que définis à l’article 2 ». (article 105, paragraphe 1, du traité)
La Communauté se donne pour objectifs d’obtenir un niveau d’emploi élevé et une croissance durable et non inflationniste (article 2 du traité sur l’Union européenne).
(pris sur le site de la BCE).
Ainsi, la croissance fait partie des missions de la BCE, même si c'est une mission qui vient après celle de la stabilité des prix.
Quant à la paranoïa de Trichet, elle est toujours facile à critiquer en période électorale, et c'est valable pour tous les candidats d'ailleurs.

En tout cas, si toi déjà tu confonds TCE et TUE, ça ne fait que conforter mon argument : je ne pense pas que les Français soient prêts à voter pour les réformes institutionnelles de l'UE. On aura un taux d'abstention record, et c'est totalement naïf de votre part de croire qu'on arrivera à faire prendre goût aux Français d'une bureaucratie qu'ils méprisent et qu'on leur a toujours présentée comme la source de tous les maux.
Je ne le dis sans aucun conservatisme (sincèrement vous devenez ridicules à soulever ce genre d'épouvantail) ni aucun mépris, mais je ne pense pas que les Français soient prêts à décider des réformes de fonctionnement interne de l'UE. Moi personnellement je n'y avais rien compris jusqu'au premier semestre de cette année. Il faut arrêter de se voiler la face, ce n'est pas la démagogie qui réconciliera l'UE et les citoyens.

Quant à tes remarques sur le conservatisme, si le débat à la PS Scpo c'est de mettre l'étiquette "conservateur" à toute personne qui n'est pas d'accord avec vous, c'est une belle preuve de sectarisme.

jacky 11/04/2007 11:31

 
@ TEFY
S Royal n'a rien à proposé étant entendu que toutes les dirtectives adoptées ne sont pas encore transposées ou entrées en vigueur.
SI tu te passionnes pour le fantastique service public par la régulation, je pense que tu devrais d'une part aller lire J K Galbraith et les chapitres afférents à la régulation de Son Histoire de l'Argent
Magie ! Sa démonstration est assimilablke à la ligne du PSE en matière de service public. Pour éviter la casse et l'imprécision, prenons l'exemple de l'énergie. Dans le cadre d'une ouverture totale du marché de l'électricité ( au 1er juillet ), pourquoi ne pas renforcer les attributions du régulateur pour n'en faire pas seulement un organe juridictionnel mais également un acteur réglementaire y compris sur les prix.
A cet égard, rétablir une régulation ex ante sur les prix plutot que de s'en remettre encore et toujours au sacro saint droit de la concurrence communautaire permettra aussi de renouer avec une politique industrielle un peu plus décente.

tefy 11/04/2007 11:14

"Pour faire court, les garanties offertes par le SIEG ne sont pas suffisantes"Soit, sur ce point, nous sommes d'accord et c'était un point qui inquiétait les Non...mais quelle genre de directive va proposer Royal pour à la fois concilier l'ouverture des marchés et garantir les principes du service public à la française ?

jacky 11/04/2007 09:43

Je vais donc surveiller mon othographe, merci.
 
@ TEFY
Le problème du traité sur la notion de SIEG ne concernait, à mon sens, pas prioritairement le statut du service public mais les missions qui lui étaient dévolues.
Ainsi, le principe d'égalité entre les usagers et les territoires qui est un élément clé du service public à la française ne se retrouve ni en droit ni en fait dans le SIEG organisé autour du principe de régulation d'un secteur concurrentiel.
Evidemment, tous les secteurs libéralisés disposent de l'existence de tarifs sociaux. Néanmoins, ces tarifs sociaux ne permettent par exemple pas de réaliser l'ambition d'une politique d'aménagement du territoire égalitaire.
Pour faire court, les garanties offertes par le SIEG ne sont pas suffisantes.
@ Thib :
Non la croissance n'est pas un objectif de la BCE. La formulation du TCE stipule que sans préjudice à l'objectif de stabilité des prix, la BCE POURRA favoriser la croissance. Dans la mesure où il faut reconnaitre la paranoia de Trichet sur la hausse des prix...
Quant à ta réflexion sur la motivation des Français sur les questions institutionnelles, elle reflète seulement une pensée conservatrice qui souhaite écarter les citoyens de leurs responsabilité. En continuant un peu, on croirait du Bettino Craxi invitant les Italiens à aller à la mer plutot qu'au bureau de vote.
Félicitations...