Ségolène et le gaullisme

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

On le sait, Sarkozy récupère allègrement l'héritage de la gauche en s'appropriant malhonnêtement Jaurès et Blum. On l'entend beaucoup moins parler du gaullisme, comme si cet héritage-là le gênait. Ne faut-il pas y voir un paradoxe de premier ordre, pour celui qui se pose en défenseur de la cinquième République ?

Quoiqu'il en soit, Ségolène Royal n'a pas besoin de récupérer le général dans ses discours, on le fait pour elle. Pour preuve, cette lettre de Jean-Marcel Jeanneney, dernier ministre survivant, avec Pierre Messmer, du général de Gaulle, adressée au Nouvel Observateur et reprise dans la chronique de Jacques Julliard (disponible ICI).

N'en déplaise à la droite, Ségolène Royal rassemble plus largement qu'on ne veut bien nous le faire croire !

 

Madame,

Je ne vous ai entendue et vue qu'à la télévision. Mais vos propos, votre manière d'être ont fait que, depuis plusieurs mois déjà, j'étais enclin à voter pour vous le 22 avril. Ayant lu attentivement votre livre « Maintenant », je ne doute plus de le faire.
Je suis un très vieux monsieur. Ministre du général de Gaulle à trois reprises, je fus un des rares qui eurent l'honneur d'être reçus par lui à Colombey, après qu'il eut, en parfait démocrate, démissionné de la présidence de la République parce que désavoué lors du référendum qu'il avait décidé. Je suis fidèle à sa mémoire. La France, au cours de sa longue histoire, n'a guère eu de chef d'Etat de cette envergure, parfaitement indépendant de toutes les puissances financières et de tous les dogmes politiques, ne se laissant intimider par quiconque, discernant ce qu'allait être l'évolution du monde et percevant ce qu'étaient les intérêts à long terme de son pays. Mais je n'ai jamais cru à la possibilité d'un gaullisme sans de Gaulle et je me suis vite désolidarisé de ses prétendus héritiers.
Cela dit - et sans vouloir vous écraser sous une telle référence en vous assimilant à cette très haute figure -, j'ai le goût de vous dire que je constate d'assez nombreuses analogies entre ses idées et les vôtres, telles qu'elles apparaissent au long de vos trois centaines de pages. D'abord le volontarisme politique, puis l'attachement à la nation, à son passé et à son avenir, comme fondement nécessaire aux solidarités entre les individus vivant sur son sol ; la prise en compte des aspirations populaires mais sans soumission systématique à l'opinion ; l'idée, que de Gaulle énonça dès mars 1968 dans un discours à Lyon, que les activités régionales sont les ressorts de la puissance économique de demain ; encore, le fait que la France, dans un monde menaçant, ne doit pas renoncer à une puissance militaire forte. Entre vous et lui, il est encore un trait commun : quand on lui exposait un problème de façon abstraite, il vous interrompait : «Alors ! Pratiquement, que proposez-vous ?» Or toujours vous proposez ou esquissez une solution concrète.

J'ajoute que vous rejoignez le général de Gaulle sur trois points, de grande importance. Le premier est la sobriété que vous voulez dans le comportement quotidien de la présidence de la République et du gouvernement. Le deuxième est le recours à l'article 11 de la Constitution, que vous devrez inévitablement utiliser pour modifier celle-ci, en particulier concernant le Sénat. Le troisième est que, comme lui, vous vous appuyez sur un parti, ce qui est indispensable, mais que, comme lui, vous êtes d'un tempérament assez fort pour pouvoir, quand besoin est, vous en affranchir. Madame la candidate, je vous souhaite de tout coeur bonne chance et vous assure de la grande considération que j'ai pour votre culture gouvernementale, pour votre intelligence, votre sensibilité et votre caractère.

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Néel 30/04/2007 16:15

une interview de M. Jeanneney qui peut etre un intéressant complément quelle que soit notre position sur le gaullisme : http://hebdo.parti-socialiste.fr/2007/04/28/731/

nicolas 16/04/2007 22:11

C'est assez hallucinant... Un ancien ministre de De Gaulle apporte son soutien à Ségo en voyant de surcroît dans la candidate socialiste une héritière du Général! Le pire est que vous semblez vous en réjouir! L'esprit de De Gaulle semble avoir définitivement contaminé notre vie politique. Je ne peux que vous conseiller la lecture de deux articles sur mon blog:http://agitlog.zeblog.com/180218-esprit-de-de-gaulle-es-tu-la-les-partis-politiques-et-l-39-election-presidentielle-discours-et-pratiques/ethttp://agitlog.zeblog.com/156637-le-venin-de-l-election-presidentielle/

Sharky 16/04/2007 07:52

@ Patrice
Merci Patoche d'élever le débat, ???, mais tu as dit quoi toi? Ah oui que j'étais un gros nul, quelle présence et quelle pertinence dans le débat. Merci pour ton apport précieux, cela nous fait avancer.
Bon, c'est pas grave.

patrice 15/04/2007 13:56

"Sur ce domaine aussi elle a trouvé son maître."C'est sur Sharky qu'avec des expressions comme celle là tu relèves définitivement le niveau du débat. Mais comme, à priori, dans ta première réponse, tu semblais avoir des problèmes à lire, même, confondant citation et lettre ouverte, je peux penser que ton expression est en adéquation avec tes facultés d'analyse.Bon, c'est pas grave.

Sharky 15/04/2007 08:54

"N'aide que toi et la vie en société, donc ta vie, ne sera plus possible"
Néel, c'est sans doute trop puissant pour moi, je comprends pas! 
Pour les référents qui vous travaillent (idem pour vos intellectuels ou célébrités...), c'est du marketing. A combien d'électeurs parlent des Jaures, des Blum ou des de Gaulle, combien vont évoluer dans leur jugement après avoir entendu tel ou tel candidat le citer? Ben aucun, j'espère en tout cas.
C'est du niveau d'un laxatif au beurre de Karité anti rides!
On a 2 raisons d'essayer de montrer qu'un tel est pour moi ou je suis le descendant d'un tel, c'est parce que l'on a rien d'autre à dire comme MSR, réassurer l'ouvrier d'Aulnay surtout quand on ressemble à une petite bougeoise du 7ème (ou de Mougins), et flatter les Bobos.
Ou comme NS, pour faire "chier " la candidate en la provocant et la faire sortir stupidement de ses gonds, ce qu'elle n'a pas manqué de faire en nous jouant la scène de la bourgeoise outrée voire outragée. C'est de la tactique politique, elle sait ce que c'est pourtant après le tour joué aux éléphants. Sur ce domaine aussi elle a trouvé son maître. ;-)