A la Convention, le PS affirme la nécessité d’un nouveau pacte éducatif global et ambitieux

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po


Au meeting sur la Convention Égalité réelle qui s’est tenue samedi 11 décembre à la Halle Freyssinet dans le 13e arrondissement, une table ronde a été consacrée aux questions éducatives.

            L’introduction de la table ronde intitulée « Pour la réussite de tous : priorité à l’éducation » a été faite par Bruno Julliard, secrétaire national au PS chargé de l’éducation. Il a insisté sur l’idée que nul ne peut se satisfaire d’une société qui ne promet plus le progrès social, et que, dans cette optique, la question éducative doit avoir une place centrale dans le projet de société du PS. L’éducation doit rendre réels des droits et libertés qui demeurent formels tant que les individus n’ont pas les moyens d’en user, et mettre fin au déterminisme social.

            La question est de savoir si, en l’état, le système éducatif permet de satisfaire ces objectifs. Et malgré des réussites incontestables (démocratisation scolaire de plus en plus poussée), il n’en demeure pas moins que la crise de l’Ecole est une réalité : reproduction sociale, manque de confiance des élèves en leur avenir et sentiment largement partagé au sein de la société d’un échec de l’institution. Or, la politique de la droite contribue à amplifier la crise : diminution des moyens alloués à l'École, suppression de la carte scolaire, semaine de quatre jours, réforme de la formation professionnelle des enseignants.

            Cependant, le problème éducatif a des racines plus profondes, des racines structurelles. L'École française trie par l’échec, délaisse les élèves en difficultés, et produit de nouvelles inégalités en plus de les reproduire. Ce constat impose un nouveau pacte éducatif global et ambitieux et non de simples aménagements à la marge. Ce pacte a trois grandes priorités. D’abord, la scolarité obligatoire, surtout à un très jeune âge, car c’est dans les premières années de la vie que le déterminisme social se construit. L’âge d’entrée dans le système scolaire des jeunes enfants ne peut être utilisé comme variable d’ajustement, ce qui est précisément la politique actuelle de la droite. Le PS veut rendre la maternelle obligatoire dès trois ans, conjointement avec une refonte des programmes en maternelle afin de les adapter à l’arrivée d’un public plus jeune. La réforme de l’école primaire s’inscrit dans la continuité de cette première priorité : le PS souhaite mettre fin à la semaine des quatre jours afin d’écourter les journées des enfants. Deuxième priorité, la justice en matière scolaire. Pour garantir la justice de l'École sur l’ensemble du territoire, une nouvelle carte scolaire est indispensable pour permettre une réelle mixité sociale. Enfin, la dernière priorité est celle des alliances éducatives. Il faut impliquer les partenaires de l’éducation dans ce pacte global, et donner aux établissements les moyens d’agir, c'est-à-dire plus de souplesse – et non une autonomie complète qui risquerait de créer une concurrence et une hiérarchisation des établissements.

            Sophie Binet, CPE dans un lycée professionnel en Seine-Saint-Denis, est ensuite intervenue pour rappeler l’importance des lycées professionnels, dans lesquels sont scolarisés 20% des élèves mais dont on ne parle que trop rarement. Les effectifs d’un lycée professionnels varient de 10% sur une année scolaire en raison des décrochages, ce qui témoigne de l’importance de la précarité scolaire dans ces lycées. L’arrivée en lycée professionnel marque généralement l’aboutissement d’un parcours scolaire marqué par la difficulté. Ces lycées ont par ailleurs fréquemment de mauvais chefs d’établissements puisque l’on sait que les parents d’élèves ne viendront pas se plaindre. Il est dès lors urgent de revaloriser ces lycées. L'École doit parvenir à jouer son rôle de levier social malgré des difficultés incontestables.

            Eric Favey, secrétaire général adjoint de la Ligue de l’enseignement, a mis en avant les enjeux auxquels l'École fait aujourd’hui face, et notamment la concurrence des écrans avec laquelle elle doit composer, qui façonnent une façon de voir le monde différente qui échappe à l'École. Il a par ailleurs développé la nécessité de s’attaquer à une école « trieuse », de cesser de fabriquer de l’excellence au détriment des autres et de redonner confiance dans leur avenir aux jeunes.

            Enfin, Claude Lelièvre, professeur à l’Université Paris V (historien de l'école), a posé la question de la réussite du système scolaire français par rapport aux autres pays européens. Les résultats de la dernière enquête PISA montrent en effet que la France se caractérise par des résultats très moyens et surtout très inégaux, cette inégalité étant majoritairement corrélée à l’origine sociale. Néanmoins la France est l’un des pays européens consacrant le plus fort pourcentage de son PIB à l’éducation (5,39% en 2007, la moyenne européenne égalant 4,48%). Ce constat est souvent avancé pour affirmer que les performances d’un système scolaire ne sont pas liées aux moyens qui lui sont alloués. Néanmoins, ce constat doit être nuancé. Certes, la France dépense en moyenne davantage que ses partenaires européens. Mais l’investissement par enfant en primaire est inférieur de 15% à celui de la moyenne des pays européens, et ce n’est que parce qu'il est supérieur de plus de 15% dans les lycées que la moyenne est supérieure. Or il est clair que, comme l’affirme Claude Lelièvre, « l’élévation du plafond ne peut assurer celle du plancher ». Cette allocation des moyens financiers montrent la hiérarchisation des priorités au sein du système scolaire. L’école primaire est largement sous-dotée, or c’est là que les inégalités se créent. Des moyens importants doivent donc être concentrés pour renforcer la qualité d'un enseignement primaire crucial.

Clémence Delaméa

Publié dans Education et jeunesse

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