Compte Rendu: Jean-Louis Bianco sur le dossier du nucléaire iranien

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Lundi 23 novembre de 19h15 à 21h15 la section Jean-Zay recevait Jean-Louis Bianco pour débattre du dossier nucléaire iranien, Jean-Louis Bianco ayant présidé la mission parlementaire sur l'Iran et la situation au Moyen-Orient aux côtés d'élus de la majorité.
Merci à Jean-Louis Bianco pour ses interventions et à tous les participants pour leur présence et leurs très nombreuses questions!

Cette rencontre fut l'occasion de rappeler certains évènements ayant ponctué l'histoire de l'Iran mais surtout de débattre sur des questions que nul ne peut aujourd'hui ignorer: l'état fragile des relations franco-iraniennes, l'état problématique de celles israëlo-iraniennes, le rôle médiateur de la Syrie,  l'ambivalence du traité de non-prolifération, la  marginalisation de l'AIEA (Agence Internationale de l'Energie Atomique) dans le dossier iranien au profit d'un consortium de grandes puissances Etats-Unis- Chine- Russie-France, mais aussi et surtout  la question du nucléaire civil qui polarise aujourd'hui l'ensemble de la scène politique en interne comme à l'international.
C'est sur cette question que je souhaiterais me pencher mais j'invite par là-même ceux qui auront assisté à cette conférence à compléter, par leurs commentaires, cette modeste contribution au débat d'hier soir.

La question de la non-prolifération est à mon sens centrale. Le traité de non prolifération ou TNP de 1968 dont l'Iran est signataire et dont le respect est garanti par l'Agence internationale de l'énergie atomique actuellement sous la direction de M. El Baradei constitue une étape centrale dans l'histoire du nucléaire. D'une part parce qu'il verrouille tacitement le club des puissances nucléaires à celles étant déjà en possession de l'arme nucléaire tout en encourageant d'autre part les transferts de technologie en vue de développer un nucléaire dit "pacifique", le nuclaire civil. C'est derrière cet argument quel se retranche l'Iran depuis 2002 sans avoir jusqu'ici pu démontrer où se trouvaient les les centrales électriques censées permettre la mise en oeuvre d'un tel projet: l'incapacité de l'Iran à fournir des données sur son programme civil constitue selon Jean-Louis Bianco la preuve que le programme nucléaire iranien relève de fins militaires.
Toutefois, sans entrer dans les détails, intéressants mais fort complexes, des désaccords internes parmi les dirigeants iraniens sur quelle priorité donner au dossier nucléaire, il n'en demeure pas moins que les grandes puissances nucléaires que nous avons rapidement évoquées et qui se font aujourd'hui les porte-paroles du désarmement sont justement bien mal armées pour contrer l'argument du "droit au nucléaire" revendiqués par les Etats qui, comme l'Iran, souhaitent s'en doter.

A la question "faut-il renoncer définitivement au nucléaire et cesser de distinguer entre "bon" nucléaire civil destiné à produire de l'électricité et à garantir l'indépendance énergétique des Etats et un "mauvais" nucléaire militaire destiné à fabriquer la bombe"? Jean-Louis Bianco reste réservé.
Rappelons tout de même que cette distinction entre nucléaire civil et militaire est à de nombreux égards une distinction artificielle notamment parce que l'on joue dans cette distinction sur des niveaux d'enrichissement d'uranium différents: de l'ordre de 15 à 20% dans le cadre du nucléaire "civil" et 90% dans celui du nucléraire "militaire". Or il s'agit là d'une différence de dégré non de contenu puisqu'une fois l'étape des 5 à 6% d'enrichissement franchie (l'étape techniquement et technologiquement la plus complexe) l'augmentation du niveau d'enrichissement ne pose plus de problème.

A l'encontre de ceux qui prônent les vertus du nucléaire comme facteur de stabilité (c'est en grande partie "grâce" à l'arme nucléaire que la Guerre froide n'a pour ainsi dire jamais eu lieu) il convient à mon sens de ne pas sous-estimer les effets d'entraînement et le cercle vicieux dans lequel pourrait nous plonger la course aux armements.
Toutefois, l'idée d'un renoncement définitif au nucléaire n'est, selon Jean-Louis Bianco, pas envisageable. Partisan d'une vision plus pragmatique il suggère de donner des signes forts en matière de désarmement tout en conservant un seuil de "crédibilité" nucléaire.

J'avoue ne pas être entièrement convaincue par cet argument et j'espère qu'il suscitera des réactions de votre part notamment à la veille de l'ouverture de la conférence de Copenhague sur le climat et où la question de l'énergie nucléaire et notamment du retraitement des déchets devra être posée.
Dans les questions ouvertes à Jean-Louis Bianco, celle de la place que les socialistes accordaient à l'environnement jugée encore trop marginale par l'intéressé a été soulevée. A l'aune des résultats plus que décevants du PS lors des dernières élections europénnes et de la montée en puissance des Verts et des problématiques écologiques il me semble que le PS gagnerait à se positionner plus clairement sur cette question qui, si elle dépasse largement le dossier iranien, lui apporte également un éclairage nouveau et relie les problématiques sécuritaires aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux.

Une remarque finale pour rendre justice aux nombreux autres thèmes soulevés hier soir notamment celui de la dégradation des relations franco-iraniennes: dans l'une de ses nombreuses et habiles interventions notre Président avait déclaré en août dernier lors d'une conférence de presse à Berlin: "Le peuple iranien mérite mieux que ses dirigeants actuels", je pense que les "dirigeants iraniens actuels" en question - qui sans surprise ont très mal accueilli ces déclarations - auraient pu et peuvent sans problème nous renvoyer le compliment...!

ML

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Thomas 26/11/2009 12:39


Très intéressante conférence effectivement! Merci pour le compte-rendu!