Quelle politique d'immigration à gauche? conférence de Sandrine Mazetier

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

                Quand on dit immigration aujourd’hui, on occulte une partie du sujet, notamment les expatriés français (plus de deux millions). Il faut relever ce défi, commun à tous les pays, dans sa globalité.

                L’histoire de la France, ancien pays d’immigration, est composée des différentes vagues d’immigration successives.

                La manière dont la droite a posé le sujet dans le débat public l’a rendu central dans ce débat, presque obsessionnel et toujours instrumental. Elle le présente comme un problème, une menace, depuis 1981, date de son importante défaite politique et idéologique. Sa reconstruction se fera sur deux thèmes : le néolibéralisme à la Reagan et la rhétorique sur l’immigration. Cela se verra en 1983 notamment, où la droite fait campagne sur l’immigration et l’insécurité.

                C’est seulement après cela que le Front National se glisse dans la brèche. Depuis 30 ans, la droite et l’extrême-droite présentent donc l’immigration comme une menace, une insécurité permanente.

                En 2007, Nicolas Sarkozy, Ministre de l’Intérieur, avait inventé la formule de l’ « immigration choisie », et ce faisant brisant le dogme de l’immigration zéro, avait réussi à « trianguler » en quelque sorte durant la campagne. L’annonce de la création du Ministère de l’Immigration se fait le même jour que l’annonce de la nomination de Simone Veil à la tête de son comité de soutien ; son porte-parole étant Rachida Dati.

                Cela a fait, avec les ministres dits des « minorités » au gouvernement, qu’il ne sera plus possible d’attaquer la droite sur ce point comme avant. Aujourd’hui, la droite et l’extrême-droite dissimulent leur xénophobie derrière la défense des libertés publiques. C’est un véritable problème.

                On l’a vu dans la composition de la MIP sur le voile intégral, avec des députés UMP véritablement ultras. Ces députés qui ne sont absolument pas féministes ou progressistes ont utilisé l’argument de la liberté de la femme pour interdire la burqa.

                Le changement de génération au FN impose de renouveler les arguments de la gauche sur ce point, elle ne peut plus être accusée de la même façon que son père.

                Il faut prendre garde à ne pas se laisser intoxiquer par cette vague, et à refuser les tabous et les amalgames. La question de l’asile, par exemple, n’a rien à voir avec la politique française d’immigration.

                On s’est laissé enfermer par les extrêmes de tous bords, qui ont instrumentalisé cette question jusqu’à en gêner les autres. La question de la politique migratoire doit pourtant être débattue, ce ne doit pas être un tabou. Il faut fixer des objectifs, lui donner des moyens pour l’accueil et l’insertion réussis des personnes qui nous rejoignent. Il faut également l’évaluer, au-delà des débats et des polémiques tous les six mois.

                Le PS propose un débat sur l’évaluation des politiques migratoires tous les trois ans.

 

                De plus, les migrations ne sont pas uniformes selon les régions, évidemment les personnes qui viennent en France vont vers les régions où il y a de l’emploi. Il faut donc associer les territoires à la définition de ces objectifs et de ces moyens.

 

                Le droit à une vie familiale normale est un droit imprescriptible, il faut faire venir tous les membres de la famille, tout de suite. Il faut également des moyens permettant d’assurer l’égalité des chances pour tous les enfants, quelle que soit leur origine familiale.

 

                Le monde aujourd’hui doit garantir des droits aux migrants qui se déplacent pour travailler.

 

                Il faut penser le droit à la mobilité en même temps que le droit à l’immobilité, à rester dans son pays sans avoir à se déplacer.

 

                La droite n’a pas accueilli plus de monde, elle n’a fait que plonger plus de personnes dans l’illégalité et dans l’irrégularité. Pour obtenir une carte de résident de 10 ans aujourd’hui en tant que conjoint de Français, les démarches sont telles qu’il va presque plus vite de se faire naturaliser.

                Quand la droite dit que sous Jospin, c’était le « chaos migratoire », rien n’est plus faux. Sous la droite, on a vu la création d’un nombre incalculable de personnes en situation irrégulière par le non-renouvellement des titres de séjour.

                Nicolas Sarkozy n’a cherché qu’à surfer sur la vague populiste en précarisant toujours plus de personnes en faisant croire que l’immigration était « choisie ».

                Le PS propose de faire en sorte que l’octroi des titres de séjour soit progressif : donner un premier titre de séjour puis, au bout d’une durée déterminée (un an), et si le premier séjour s’est bien passé, d’octroyer un titre de séjour de 3 ans puis de 10 ans, et non plus obliger les gens à vivre dans la précarité, avec un titre de séjour d’un an, puis un nouveau, et encore un…

 

                Il faut briser le mythe du « retour » : les enfants des migrants, grandissant en France, n’auront pas forcément la volonté de retourner dans le pays d’origine de leur pays. Il faut également savoir qu’il existe des pays qui bloquent toute perspective pour leurs classes moyennes.

 

                Il existe un énorme gâchis, celui du sentiment de rejet que ressentent certains enfants de migrants, notamment à travers certaines choses comme l’octroi d’un « titre national d’identité » au lieu d’une CNI. Cela génère, pour ces enfants, des véritables traumatismes, qui s’avèrent redoutables pour la société française.

 

                L’échelle européenne est très pertinente concernant l’asile, probablement aussi pour penser des règles protégeant les droits fondamentaux des migrants. Mais tout n’a pas vocation à être géré, en particulier sur cette question, à l’échelle européenne. Histoires, situations géographiques, modèle républicain… différents selon les pays.

                La France pourrait en revanche être le premier pays de l’ONU à signer la Convention sur la protection des droits des travailleurs migrants, inciter à réfléchir sur la responsabilité des pays qui « pillent les cerveaux » de pays en développement…

                Idée d’une taxe qui ne toucherait pas le migrant lui-même, mais le pays d’accueil et les entreprises d’accueil, afin de dédommager les pays d’origine ou des organisations de ces pays. Il ne faut pas cependant pénaliser des pays qui ont besoin d’expatriés : instauration d’un seuil, d’un certain taux d’expatriation à partir duquel cela a des effets négatifs pour le pays (15-20% pour les qualifiés n’est pas mauvais ; mais 80% comme en Haïti est catastrophique, cela prive les pays de leurs élites).

                Association des Parlementaires pour l’Audit des Politiques d’Immigration : travail qui se poursuit, malgré les obstacles posés par le Ministère de l’Immigration.

                Dans tous les pays, il existe une immigration irrégulière. La différence réside dans la manière de régulariser : par vagues ou au fur et à mesure. Il importe cependant de se donner les moyens d’accueillir les étrangers.

                L’idée que l’intégration est un échec doit être récusée. Des problèmes existent, évidemment (ghettoïsation…), mais le repli touche tout le monde, des CSP+ aux travailleurs non qualifiés.

                L’avantage du droit de vote pour les étrangers est qu’il permettrait de créer des liens entre ces populations et les représentants du lieu où ils vivent, cela permettra de lutter contre un communautarisme institutionnalisé.

MAZETIER

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