Copenhague - Acte I: Les Origines

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Acte I : Les origines


On y est enfin. La conférence internationale la plus médiatisée (et probablement importante) depuis un bon moment est sur le point de commencer, et le monde entier a désormais les yeux rivés vers Copenhague. Qu’est-ce qui rend les deux semaines aussi importantes ? Les enjeux d’abord. La conférence de Copenhague est censée aboutir à un accord international d’action concertée pour enrayer le réchauffement climatique, dont l’existence et l’origine humaine ne font débat que pour l’aile extrémiste du parti républicain américain et de Claude Allègre.

Les enjeux et la complexité du problème sont en effet gigantesques, et la communauté internationale n’a certainement jamais eu à gérer un problème d’une telle magnitude auparavant. L’objectif des négociations climatiques est de limiter l’augmentation de la température globale à 2°C par rapport au niveau préindustriel. Une augmentation des températures au-delà de ces 2 degrés aurait, selon le GIEC, des conséquences potentiellement dévastatrices. Restons calme : on ne va assister en direct au Jour d’Après ou à 2012. Cependant, il serait criminel de ne pas prendre au sérieux la menace que pose le réchauffement climatique sur la subsistance de plusieurs milliards de personnes, en particulier dans les pays en voie de développement. La montée du niveau des mers est une facette importante mais ne représente que la partie la plus « spectaculaire » du problème. En effet, le réchauffement climatique va rendre certaines zones complètement arides, d’autres seront constamment inondées. La fonte des glaciers de l’Himalaya va mettre en péril l’approvisionnement en eau d’un peu de moins d’un milliard de personnes dans la plaine du Gange et en Chine. Et si vous trouvez que l’Afrique est globalement un continent sec, repassez-y dans 30 ans pour voir.

Personnellement, je trouve que le fatalisme ne sert à rien et je suis persuadé que l’humanité saura surmonter ce défi si ces dirigeants montrent la voie. Mais pour cela, il faut que toutes les énergies soient concentrées vers cet objectif. Et c’est là que cela devient compliqué : comment unir près de 200 pays, avec autant de particularités locales et d’enjeux spécifiques, autour d’un but commun ? C’est en tout cas ce que vont tenter de faire les négociateurs à Copenhague pendant les deux prochaines semaines. En fait, c’est ce qu’ils ont essayé de faire depuis 1992, à la conférence de Rio. Cette année-là a vu le point de départ des négociations climatiques avec la signature de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC), qui est le traité international sur lequel se basent toutes les négociations depuis lors. Copenhague est en réalité la 15° conférence des signataires de ce traité. Cette convention prévoyait que tous les pays signataires s’engagent à travailler ensemble à stabiliser le climat selon le principe des « responsabilités communes mais différenciées ». Pour faire simple, comme les pays riches portent la responsabilité historique du réchauffement climatique, c’est à eux d’agir pour le ralentir et ils devront également aider les pays en voie de développement à lutter contre, sous la forme de financements et de transferts de technologie.

En 1997, le protocole de Kyoto est signé. Il reste à ce jour le principal outil de lutte contre le réchauffement. C’est le premier et seul traité à imposer des objectifs chiffrés de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour 38 pays développés, à hauteur de 5,2%. Ces pays, dits « de l’Annexe 1 », ont évidemment des objectifs différents selon leur niveau d’émission de l’époque. Paradoxalement, certains pays ont reçu le droit d’augmenter leurs émissions. La France, elle, devait stabiliser ses émissions. Les pays en voie de développement quant à eux, n’ont aucune obligation. La signature de Kyoto a été un grand pas en avant : les négociations ont pris un caractère concret et formel dont elles manquaient précédemment. Cependant, c’était trop beau pour être vrai. Dans un monde parfait, le Sénat américain n’existerait pas. Le monde étant malheureusement loin d’être parfait (la preuve, vous en êtes réduits à me lire), ledit parlement a refusé de ratifier le protocole, le rendant de facto inutile vu que le premier émetteur mondial n’était pas lié par lui. Avec la ratification de la Russie en 2005, le traité est néanmoins entré en vigueur, et la première période d’engagement (2008–2012) a donc débuté.

Huit années de Bush n’aidant pas, les négociations ont globalement peu avancé jusqu’en 2007 et la conférence de Bali, qui a tracé une feuille de route pour la poursuite des opérations. Celle-ci prévoyait que les négociateurs s’activent le derrière pour aboutir à un accord d’ici la 15° conférence des parties (CDP15), à savoir Copenhague. Après Bali, diverses conférences préparatoires ont eu lieu pour essayer de trouver un compromis avant ladite CDP15, mais en vain. Les discussions n’avancent pas et le fossé entre pays riches et pauvres s’agrandit. Entre temps, les rapports scientifiques continuent d’affluer et les conséquences prévisibles s’avèrent de plus en plus dramatiques. De plus, la grande majorité des signataires de Kyoto n’ont pas respecté leurs engagements, à l’exception notable de l’Union européenne. Voilà où nous en sommes. Que va-t-il donc se passer pendant ces deux semaines ? Le suspense est intenable. Pour être honnête, on n’en sait fichtre rien. Cela dit, on sait sur quoi elles vont porter. 

Romain I.

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