Copenhague - Business vert : attention au risque de surchauffe

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

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Depuis plusieurs années déjà, l’industrie des énergies renouvelables (éolienne, solaire, biocarburants) connaît une croissance exceptionnelle au niveau mondial. Alors que la croissance du secteur de l’énergie évolue généralement au même rythme que le PIB, la production d’électricité des énergies vertes a quant à elle crû de 20% en 2007 et de 42% en 20081. Certes avec 1,3% de la production d’électricité mondiale en 2008, la part des énergies renouvelables reste marginale. Mais avec un chiffre d’affaire annuel de 116 milliards de dollars en 2008, ce secteur attire désormais de nombreux investisseurs d’autant plus qu’il devrait tripler en valeur d’ici dix ans.

 

Un risque de bulle

Loin d’être mature, le business vert est en pleine expansion et le nombre d’acteurs présent sur le marché aussi. Profitant de politiques fiscales avantageuses, les promoteurs d’énergies vertes connaissent une croissance de leur chiffre d’affaires à deux voire trois chiffres par an. Ils n’ont donc aucun mal à trouver des fonds prêts à investir dans leur entreprise, surtout en période de crise lorsque les placements lucratifs se font rares. Toutefois, le risque d’une bulle spéculative est réel. Kyoto et peut être Copenhague fixant des objectifs chiffrés en matière de réduction des émissions de CO2, les gouvernements vont s’arracher les projets de construction d’éoliennes à l’approche des dates butoirs, faisant grimper les prix inexorablement. Flairant le bon coup, un nombre pléthorique de promoteurs se lancent dans l’aventure à l’image des start-up du début des années 2000 dans les NTIC. Comme dans toute croissance forte d’un secteur, la perception du risque diminue. Les investisseurs prennent alors moins le temps d’évaluer les projets et même les plus hasardeux trouvent preneur. Il ne serait donc pas étonnant de voir se former une bulle « verte » dans les prochaines années à l’instar de la bulle internet des années 2000 entraînant dans sa chute indifféremment bons et mauvais élèves, ce qui réduirait les possibilités de construction en matière d’énergies renouvelables.

Un besoin d’encadrement

Il est encore temps d’agir. D’où l’appel de l’ONU et de certains pays souhaitant créer une organisation internationale dédiée à l’environnement. Elle permettrait ainsi, outre la coordination en matière de lutte contre le réchauffement climatique, de réguler le marché mondial des énergies vertes. Cela peut passer par la notation des entreprises du secteur, par des études approfondies sur les segments concernés et par la promotion de politiques publiques en la matière.

Sur le plan national, c’est aux gouvernements de prendre leurs responsabilités. Plutôt que d’essayer de rattraper leur retard au dernier moment et pour un prix exorbitant, ces derniers doivent planifier la construction d’éoliennes et de panneaux solaires dans le respect des objectifs de Kyoto et bientôt de Copenhague. Afin d’éviter la formation d’une bulle spéculative dans le secteur, ils doivent également agir du côté de l’offre en soutenant la création de moyennes et grandes entreprises du secteur dont la taille et l’expertise pourraient élargir considérablement les capacités de production d’électricité verte.

L’encadrement par la sphère publique du business vert, tant du côté de l’offre que de la demande, est indispensable afin d’éviter l’émergence de bulles néfastes tant pour  l’économie que pour l’écologie. Espérons que cette question ne sera pas occultée à Copenhague.

Arnaud L.

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