Dialogue avec Lionel Jospin (4/4)

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

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Suite et fin de l'intervention du jeudi 18 mars de Lionel Jospin, ici interrogé sur l'après 2002, sur l'acutalité politique, et sur l'échéance 2012.
Merci à Lionel Jospin d'avoir accepté de répondre 2 heures durant aux questions qui lui ont été posées. Il est à noter que ces dernières ne lui ont pas été toutes soumises par des militants socialistes.

Q13 : Concernant la politique de santé, que pensez-vous des réformes actuelles et notamment des déremboursements ?

 
Je ne suis pas les choses de façon assez précise pour mener la critique du gouvernement : cela revient aux Parti Socialiste d’aujourd’hui. Je remarque que la Sécurité Sociale a été équilibrée sans déremboursement en agissant sur le contrôle des médecins, etc. et grâce à la politique économique. Les déremboursements massifs ne sont pas une solution. Par contre, la question de l’équité se pose à la gauche française aujourd’hui : doit-on recevoir les mêmes prestations pour les mêmes revenus ? Sans doute que oui pour les opérations les plus lourdes ; pour les médicaments plus simples, très consommés en France, peut-être pas.

 

Q14 : Par rapport à sa politique de sécurité, la gauche a été accusée d’angélisme en 2002, le chiffon de la peur a été agité. La gauche doit-elle rompre avec une certaine « politique de l’indulgence » ?

 

Quand il s’agit d’un acte délictueux ou criminel individuel, on ne peut pas le « sociologiser » et l’excuser ainsi. Pour autant, si les conditions de vie, les causes globales ne sont pas prises en compte, on ne peut pas mettre en œuvre une politique de sécurité efficace. Il faut donc bien distinguer le niveau global et individuel. Au colloque de Villepinte, en 1997, j’ai fait un discours de politique général abordant la sécurité et la sûreté comme un droit de l’homme : les questions de sécurité ont été considérées comme essentielles (pas exclusives ou objets de jeux électoraux). Cependant, quelque chose de culturel a fait que la gauche écologiste de l’époque a eu beaucoup de mal à assumer ce discours, ainsi que les communistes, plus laxistes, ce qui a pu brouiller la perception du discours. La Police de Proximité, dont l’idée était de recentrer la sécurité sur l’environnement immédiat, est montée en puissance trop tardivement. Elle a été réclamée par beaucoup de maires, y compris de droite, après 2005, mais je reconnais que les chiffres de la délinquance ont un peu augmenté. Aujourd’hui, ils ont certes légèrement baissé, mais augmenté pour les atteintes les plus graves (atteintes en personnes). Si en 2005 les émeutes s’étaient produites, il y aurait eu une clameur : « dehors les socialistes ». Pourtant ici, c’était plutôt « la droite, restez pour nous protéger ». Cela montre que les archétypes sont bien ancrés dans l’esprit des Français : pourtant l’insécurité avait, par exemple, diminué dans les établissements scolaires.  La gauche doit travailler sur les questions de sécurité, tout en ne disant pas qu’elle a été laxiste par le passé.

 

Q15 : La gauche peut-elle  gagner en 2012 ?

 

Je ne peux prédire le résultat des élections régionales ; elles devraient être un succès pour la gauche (ce dialogue a eu lieu le jeudi 18 mars, entre les 2 tours des élections régionales, ndlr). Si c’est le cas, cela confirmerait que le PS n’a jamais été enraciné aussi profondément en France. La quasi-totalité des régions seront à gauche ; la majorité des départements ; les grandes villes à l’exception de quelques unes. C’est un atout majeur pour un parti national. Les racines sont essentielles, mais pour porter des fruits, il faut un tronc. Le PS doit peut-être s’inspirer des méthodes locales : un leader suffisamment identifié, un programme clair ou un bilan à défendre solidairement, des propositions.

Compte tenu de l’échec relatif de la droite, des chances existent pour la gauche en 2012 à condition qu’elle travaille sur le fond, qu’on voie les résultats, qu’il y ait une alternative sérieuse et audacieuse, que se dégage un leadership, primaires ou pas primaires. Il n’y a aucune certitude. En tout cas, je souhaite bonne chance, et les accompagnerai en toute modestie.

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Tom 29/03/2010 16:21


Merci pour cette retranscription. C'est un plaisir de la lire !