Du 11 au 9 novembre

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

9 novembre 2009, vingtième anniversaire de la chute du Mur de Berlin. Hasard du calendrier, cela fait plusieurs jours que le débat sur l’identité nationale occupe l’espace médiatique.  Quelle relation entre les deux thèmes me direz-vous ? Il est simple, direct, limpide. Le premier devrait occuper une place dans le deuxième.

 

En complément du drapeau, de l’hymne, de la devise, l’identité nationale s’exprime aussi par le biais des jours de commémoration, de fêtes. Lors de ces jours, la nation célèbre un élément fédérateur, un de ceux dans lequel chacun y reconnaît une partie de son patrimoine, de sa culture, de son passé. Le pays rend alors hommage à ses aïeux. La symbolique qui entoure ces 24 heures, pendant lesquelles l’activité économique, de manière générale, s’arrête, participe de l’image que nos concitoyens ont de leur propre peuple. Les fêtes religieuses, qui dominent dans la liste des jours fériés, illustrent la dimension catholique de l’histoire de France. La fête nationale, célébrant le 14 juillet 1789, rappelle à chacun d’entre nous, les débuts du long processus qui mena, tout le long du XIXe siècle, non sans obstacle, vers une société démocratique. 

 

Dès lors, quitte à engager le débat sur l’identité nationale, engageons une réorganisation du calendrier symbolique. Si la France répond d’une tradition catholique indéniable, nos dirigeants politiques doivent aujourd’hui mettre en avant une dimension européenne. Le rythme de l’Histoire conduirait sans doute à intégrer la construction européenne au cœur de la symbolique nationale dans des temps futurs ; mais le politique se doit parfois de précéder la société, et définir un jour férié pour l’Europe. Le statut du jour férié est beaucoup plus enviable que celui de simple jour “de fête“.

Certains diront que le 9 mai, qui célèbre la déclaration Schuman, premier acte concret d’une construction européenne, est déjà une fête, et qu’il n’est pas question d’instaurer deux jours fériés de suite. Soit, je les rassure donc, et oublie cette option de deux jours fériés successifs. Or, le 8 mai doit demeurer. Il renvoie à des souvenirs trop douloureux, à une délivrance trop grande, pour être oublié de sitôt. La victoire sur le nazisme en Europe, (et non sur l’Allemagne !) revêt trop de force symbolique pour qu’il soit envisagé d’en faire un jour comme les autres. Il possède par ailleurs en lui-même une dimension européenne. Dès lors, oublions, hélas, de faire du 9 mai un jour férié.

 

En revanche, sans doute serait-il opportun de faire du 9 novembre un jour férié. Ceci est également pertinent dans le débat sur l’identité nationale. En effet, cela marquerait une reconnaissance de l’amitié franco-allemande, une reconnaissance de l’entourage européen désormais essentiel, de la France. Les mêmes critiques répondront que le 11 novembre est déjà férié, que le problème se répète. Or il n’en est rien. Le 11 novembre rappelle une victoire française sur l’Allemagne, une fierté nationale qui relève d’autres temps, durant lesquelles l’Europe n’était que divisions meurtrières entre Etats coexistants. Certes, cette commémoration est observée dans l’Europe entière, et rend hommage à l’ensemble des victimes de la Première Guerre Mondiale, mais dans l’inconscient collectif, elle fait surtout écho à une victoire nationale. La présence d’Angela Merkel aux commémorations ce mercredi 11 novembre ne remet pas cela en cause. En témoignent les mots de repentance de la chancelière, comprenant qu’à cause de l’Allemagne, l’Europe avait souffert. Or, quel intérêt de continuer à célébrer une victoire passée sur un allié d’aujourd’hui ? Il faut dépasser les tranchées.

 

Cela ne signifie, bien sûr, absolument pas oublier ou juger ceux qui s’y sont battus. Néanmoins, dans le cadre d’une politique de valorisation de l’Union Européenne (qui, il est vrai, devrait être une réalité préalable sans faille), ne faudrait-il pas mettre l’accent sur la solidarité européenne ? Et quelle plus belle expression de solidarité que de sacraliser un jour heureux que connut le voisin, que connurent plus symboliquement les voisins ! L’Union Européenne s’étend désormais au-delà des frontières jadis tracées par le rideau de fer ; ne pourrait-il pas être pertinent de marquer d’une reconnaissance nationale une date représentative de l’émergence de perspectives nouvelles pour nos voisins de l’Est ?

 

Je l’admets, il s’agit d’une mesure symbolique, non prioritaire sans doute au vu de la conjoncture. Néanmoins, elle répond au débat sur l’identité nationale, visiblement considéré comme essentiel par Nicolas Sarkozy. Elle décrirait une identité plus moderne, plus européenne. De plus, elle pourrait entériner, une nouvelle fois, le passage à une nouvelle époque. D’autre part, en admettant demain que cette mesure soit effective, il ne faudrait pas la considérer comme suffisante de la part de la France pour redynamiser l’UE, qui devra répondre à des enjeux qui lui incombent à elle, et non plus aux différents Etats nations. D’autres mesures, non symboliques, plus concrètes, demandent par ailleurs à être imaginées dans ce sens, et adoptées. Cela relève d’un autre débat, et donc d’un autre article.

Timothée L.

Publié dans Questions de société

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article