L'Allemagne de l'Est, toujours au pied du Mur

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Le 9 novembre 1989, les berlinois de l’est retrouvaient espoir. L’invraisemblable conférence de presse tenue par le dirigeant est-allemand Schabowski autorisant les allemands de RDA à traverser librement leurs frontières avait galvanisé les habitants de Berlin tous sortis comme un seul homme pour traverser la Spree ou enjamber le mur. 20 ans plus tard, la mélancolie, l’Ostalgie – mélange entre Ost et nostalgie, est le sentiment largement ressenti par les allemands de l’est, encore appelés péjorativement les « ossies ». Le chômage, l’exclusion, la perte de repères sont autant d’épreuves auxquels ils n’étaient pas préparés et qu’ils vivent très mal. La transition s’est faite sans leur avis et elle continue ainsi.

 
Une transition brutale

Le processus de réunification lui-même est tout un symbole. La RFA et la RDA ne se sont pas réunifiées, c'est-à-dire qu’elles n’ont pas été fusionnées pour former un nouveau tout. Les cinq Länder de RDA ont en fait intégré la République Fédérale Allemande, monnayant plusieurs milliards de marks et quelques lignes de crédits accordés à l’URSS par la RFA. Par conséquent, les institutions de la RDA ont été brutalement détruites du jour au lendemain et remplacées par celles de la RFA. Suivant les préceptes d’un néolibéralisme triomphant en cette fin des années 1980 avec le thatchérisme en Grande Bretagne, le reaganisme aux Etats-Unis et la libéralisation de l’économie et des marchés financiers voulue par Jacques Chirac, la RFA a imposé une transition radicale et simultanée de leur système politique, de leur économie et de leurs rapports sociaux.

Une crise économique sans fin

Suites aux premières réformes, les entreprises est-allemandes ont très rapidement sombré les unes après les autres. Utilisant des procédés moins efficaces qu’à l’ouest, produisant des produits totalement obsolètes,  elles ont emporté dans leur chute des millions de travailleurs qui découvraient pour la première fois le chômage et ce qu’il occasionne : la perte d’un statut, une certaine exclusion sociale et une baisse substantielle de revenus que les aides fédérales ne peuvent pas entièrement compenser. A Bonn, cette période brutale était considérée comme un mal nécessaire. La fin de l’économie est-allemande était censée ouvrir la voie aux entreprises de l’ouest désireuses de profiter d’une main d’œuvre moins cher qu’à l’ouest et de développer de nouveaux marchés. Mais le miracle ne se produisit pas. Avec une productivité plus faible que de l’autre côté de l’Elbe, les allemands de l’est ont certes, au fil des années 1990 et 2000 attiré des entreprises, mais pas suffisamment pour repasser durablement en dessous de la barre des 20% de chômeurs.

L’Etat fédéral n’a pas pour autant abandonné les allemands de l’est à  leur sort et a déboursé des milliards pour construire de vastes projets d’infrastructures, pour rénover la plupart des villes, notamment Dresde et Berlin ou pour créer des friches industrielles. Mais une bonne partie de cet argent n’a pas permis de créer des emplois stables et des régions compétitives. Seul de rares ilots industriels modernes et compétitifs ont émergés comme autours de Chemnitz ou de Leipzig.

Avec les réformes néolibérales introduites par Schröder (Harz IV), la situation économique des allemands de l’est fragilisés a encore empirés.

La négation d’une identité

Déclassés, les allemands de l’est ont aussi le sentiment, pour une partie d’entre eux, d’être méprisés par ceux de l’ouest, bien que la chancelière Angela Merkel soit elle aussi une « ossie ». Dés la réunification, la république fédérale s’est appliquée méthodiquement pour faire disparaître tous les symboles de la RDA : les statuts ont été déboulonnées, les rue rebaptisées, les bâtiments détruits. Si horrible eut été le régime, il n’en reste pas moins que les allemands de l’est étaient attachés aux noms de leurs rues, aux établissements municipaux ou même à leur « Palast der Republik », gigantesque bâtiment d’architecture soviétique ou siégeaient l’assemblée est-allemande mais qui accueillait également les cérémonies de mariages ou de nombreuses conférences. Beaucoup d’allemands de l’est ne comprennent pas, d’autant plus que les bâtiments ministériels construit par les nazis tels que le stade des jeux olympiques de 1936 ont été conservés et même rénovés. Ils ont ainsi toujours un certain mal à se positionner, à se définir, surtout les plus vieux qui ont eu la malchance de connaître deux régimes totalitaires l’un à la suite de l’autre avant de découvrir un capitalisme dérégulée.

Dés lors, il ne faut pas s’étonner de voir l’ostalgie marcher à plein régime et des marques de produits est-allemands ressortir en magasin. Le succès que ce mouvement rencontre en Allemagne comme à l’étranger leur permet de retrouver une certaine fierté, même si la réalité économique reste pesante.

L’anniversaire des 20 ans de la chute du mur ne doit donc pas être l’occasion d’oublier définitivement les 40 années de RDA qui constitue malgré tout une partie de l’identité des allemands de l’est qui ont vécu sous ce régime. Cet évènement devrait au contraire servir de point de départ à des politiques économiques plus ciblées, à  une politique culturelle plus soucieuse de respecter les passés de chacun, et à des politiques sociales plus fortes pour enrayer le cercle vicieux de la précarité à l’est. Hélas, le projet de réductions d’impôts prévu par la nouvelle coalition en pleine crise risque d’anéantir toute marge de manœuvre et tout espoir d’en finir enfin avec la transition en Allemagne de l’est.


Arnaud L.

Publié dans Europe

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Arnaud L. 09/11/2009 19:27


Ah oui, et vous qui me demandiez si je m'étais rendu en ex-RDA, à vrai dire j'ai du mi rendre environ 6 ou 7 fois. Je connais de même très bien la République Tchèque, la Hongrie, la Slovaquie, la
Pologne et j'ai même visité la Bulgarie et la Slovénie. J'habite en outre avec un Slovaque et ai fait 9 ans d'études franco-allemandes. Comme vous j'ai été frappé par des paysages architecturaux
monotones. Mais j'ai également beaucoup regretté la manière dont ces gens là ont découvert la démocratie, en même temps qu'une crise de leur économie majeure. Vous qui connaissez la RDA, je vous
invite donc à lire les ouvrages de Wladimir Andreff, chercheur français, c'est remarquable.


Arnaud L. 09/11/2009 19:20


Dans cet article, il ne s'agit pas de justifier le régime, totalitaire et fondé sur la délation, mais de critiquer la transition qui a été appliquée en Allemagne de l'est et dans les pays d'europe
centrale et orientale. Une transition qui a été trop brutale à bien des égards. Plutot que d'ouvrir un à un les secteurs de l'économie, de réaliser une réforme de l'Etat (décentralisation,
collectivité locale) plus progressive, les dirigeants de l'époque ont préféré une ouverture rapide et radicale, suivant les préceptes du consensus de Washington, vaste programme de transition
néolibéral sur lequel c'était accordé les américains, les européens et le FMI. Or, les aspects psychologiques d'un changement brutal ont été négligés. Beaucoup d'allemands de l'est ont ainsi
gaspillé leur argent peu après la réunification en produits de consommation, n'étant pas habitués à la société de grandes consommations et découvrant de très nombreux nouveaux produits. Ils ont
ensuite découvert les licenciements massifs et donc des périodes de chômage plutôt longue et vus leurs jeunes émigrés vers les Länder de l'ouest.
Un seul pays d'europe centrale avait refusé le consensus de Washington, s'attirant les foudres du FMI: la slovénie. Après 15 ans de sévères critiques à son égard car le pays prenait son temps pour
les réformes, le pays s'offrait le luxe d'être le nouvel entrant le plus riche de l'élargissement en 2004 avant de devenir le premier de ces pays a adopter l'euro.
Dés lors, on peut apporter un regard critique à cette période et aux décisions prises par la CDU et le FDP dans les années 90 en la matière. La transition brutale n'a pas permis de créer une
croissance pérenne et auto suffisante mis à part dans le Land du Sachsen, et a en plus traumatisé une partie de la population qui ne s'en remet toujours pas.
D'où le besoin de cibler les dépenses sur des investissements judicieux comme la construction de parcs technologiques (à Chemnitz cela a marché), et de faire plus attention au passé des allemands
de l'est: leurs produits de consommations, les images qu'ils pouvaient avoir, l'histoire tout simplement de cet Etat qui a duré 40 ans. Sur Arte, il y a de cela un mois, il y avait un reportage sur
la sexualité des allemands de l'ouest et de l'est dans une perspective historique. C'est ce type de reportage qui peut permettre aux gens de se réapproprier leur passé plutot que de sombrer dans
l'amnésie générale, toujours néfaste à la construction de l'identité d'une personne.

Vous voyez Sharky, pas besoin de sombrer dans l'abêtissement et les accusations de néomarxisme ou je ne sais quoi et de zozoter dans vos messages. Votre mépris ne m'inspire que de la pitié. Oui
j'ai pitié que vous ne puissiez prendre du recul et analyser des faits sous plusieurs perspectives. J'éprouve même une certaine tristesse à votre égard, car je me dis qu'à force de prendre les
choses au premier degré, votre vie doit être bien monotone.


Sharky 09/11/2009 16:21


Aaarrhh! On zent surtout une noztalgie trotskyzante ou marxizante d'un jeune bobo qui a eu une lecture romantique et engagée d'une époque de la RDA triomphanteux, alors qu'il avait au mieux la
goutte de lait au bout du nez!

Z'est beau de parler au nom des ex RDA, de leurs zentiments et perzepzion d'alors et de maintenant.
Eh bien mon jeune ami, z'est oublier un peu vite que la RDA était l'inztrument des blocs Ouest mais zurtout Est pendant la Guerreux froideux, que ze pays avait rapidement eu 30 ans de retard zur
son voisin RFA, que le pays était ruiné et que toutes les infraztructur étaient HS (reconstruites par la RFA qui a injectée plus de 1500 milliards de marks pour remettre à niveau), que la police
politique poursuivait, faisiat disparaitre ou assazinait tout opposant quelqu'il soit (tout le mondeux était fiché, tu aimes ça les ficheux!), que des milliers de "zans papiers" ont verzé leur zang
sur ce mur en essayant de le franchir, que les habitants de la RFA étaient de vrais zombies lobotomisés...

Mais tu peux être osstalgique sur cette belle et faste période, mais encore ne faut-il pas seulement écouter les seuls grincheux (il y en a toujours) mais voir l'ensemble et faire un vrai bilan
factuel. Ou seraient-ils aujourd'hui en RDA si le mur n'était pas tombé? T'es tu seulement posé la question? Si non fait le avant de poster de telles niaiseries. Mieux vas y faire un tour quelques
semaines dans l'ancienne RDA.


Thomas 09/11/2009 15:09


Merci pour ce très bon article!