L’identité nationale : Une simple affaire de tissu ?

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

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L’actuel débat sur l’identité nationale semble crisper une opposition peu à l’aise avec une question depuis trop longtemps ignorée. La levée de boucliers suscitée par les propos de l‘ex candidate socialiste, rappelant l’importance de l’hymne et du drapeau français, atteste de cette gêne, éprouvée par nombres de socialistes à l’égard d’un thème, par trop, considéré comme tabou. « Comment ? Couvrez cette identité nationale que je ne saurais voir. Par de pareils objets, les âmes sont blessées, et cela fait venir de coupables pensées » objectèrent alors nombres de Tartuffes socialistes.

Est-ce à dire donc que la gauche se trouve condamnée à demeurer muette et silencieuse sur ce qui est, ni plus ni moins que l’unique dénominateur commun de chacun des membres de ce pays ? Est-ce à dire que la gauche doit assister passive à une vile instrumentalisation électorale sans crier gare ? Bien évidemment, non. Et pour ce faire, la gauche doit tout d’abord accepter le débat, mais aussi et surtout dépasser son cadre réducteur et étriqué, imposé par le Président de la République.

 

Il faut donc accepter le débat.

Reconnaître en premier lieu, que la burqa, voile intégral, s’inscrit en parfaite contradiction avec l’image, en France, d’une femme libérée des carcans moraux et religieux, usant de la liberté de disposer de son corps afin de l’émanciper et non de le mutiler.

Reconnaître d’autre part et de manière plus générale, que le rapport entre l’identité nationale et l’immigration se doit d’être posé. En effet, si une immigration maîtrisée contribue à enrichir incontestablement la culture du pays d’accueil, il n’en demeure pas moins vrai qu’une immigration massive et incontrôlée présente quant à elle le risque d’entraîner des rivalités, voire des conflits entre les cultures en présence. Finissons en à cet égard, avec cette lancinante moraline : le multiculturalisme n’est pas la panacée, et le simple exemple américain nous fournit la preuve que, bien loin du prétendu brassage interethnique qu‘il est censé touer, c’est le communautarisme qui s’impose en ce cas.

 

Mais, loin de se plier à l’étroitesse du cadre fixé par le Président de la République, la gauche doit se saisir de ce débat et en élargir la perspective.

Car si l’identité nationale a trait à l’immigration, elle relève également de la position occupée par la France dans le monde. Cette « Exception Française » qu’avait courageusement forgée le Général de Gaulle en dotant la France de l’arme nucléaire, lui permettant quelques années plus tard, de quitter le commandement intégré de l’OTAN. Tradition qu’avaient minutieusement observée jusqu’à présent, chacun de ces successeurs, et qui avaient permis, faut-il le rappeler, de sceller une historique union nationale autour du refus de faire vœu d’allégeance aux Etats Unis, alors déterminés à mener une indigne guerre en Irak.

Car l’identité nationale n’est pas étrangère non plus, à la notion de service public. Est il besoin de rappeler à cet égard, que la Sécurité Sociale avait été fondée au lendemain de la guerre par un gouvernement d’union nationale, qui avait ainsi concrétisé à travers elle, l’attachement de tout un peuple, par delà ses propres schismes, à la notion de service public. Et quoique ce modèle appelle très certainement aujourd’hui un renouvellement, le consensus historique sur lequel il repose ne saurait souffrir plus longuement les colifichets dont il est trop souvent l’objet, et l’aveugle déconstruction dont il est aujourd’hui la victime.

Car l’identité nationale enfin (bouclons la boucle), est étroitement liée au principe de laïcité. Et si en effet, la burqa y porte manifestement atteinte, que dire du discours prononcé par le Président de la République, à la basilique de Saint Jean de Latran ? « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. » déclarait un Président de la République chargé de veiller, comme le lui impose l’article 5, « au respect de la Constitution » et donc à ses principes élémentaires aux rangs desquels figure en premier lieu, la laïcité. Quant au manque d’engagement radical dont souffre l’instituteur, il convient d’ignorer cette profonde méconnaissance de l’histoire de France, où le creuset de la IIIe République qu’est l’école et où les « hussards noirs de la République » que sont les instituteurs chantés par Péguy, n’ont visiblement pas droit de cité.

Alors oui en conclusion, la question de l’identité nationale se pose aujourd’hui. Parce que quelques milliers de femmes, de par leur pratique religieuse, semblent y porter atteinte. Mais aussi et surtout parce que le Président de la République lui-même, à travers sa politique, en galvaude chaque jour un peu plus le sens et la portée.

Il incombe donc, à l’opposition de prémunir une valeur si fondamentale contre les risques d’instrumentalisation politique et de définitions restrictives qui la menacent aujourd’hui.

Et pour ce faire, la gauche doit élargir les perspectives actuelles de réflexion, en défaisant soigneusement chacune des baleines du rigide corset dont est aujourd’hui parée l’identité nationale afin que le débat ne se limite pas, de grâce, à une simple affaire de tissu.

Clément R.

Publié dans Point de vue militant

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sharky 15/01/2010 00:19


"Peillon m'a tuez"


Crab2 01/01/2010 18:54


PATRIARCAT (du) ; et des voiles...
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La burqa n’est pas un vêtement comme un autre. C’est un marquage des femmes en tant qu’êtres non libres.
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Des hommes, arabes, non suspects de racisme, le disent:
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Deux citations:
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Tahar Ben Djelloun: "Une femme enveloppée entièrement d’un voile noir, mains gantées de noir, et sur la fente, pour qu’elle puisse voir, elle a posé des lunettes noires. Un fantôme, une chose qui
bouge à peine, mais ne parle pas. Une chose noire qui se meut à peine, mais dont on ne voit ni le corps ni aucun membre. Peut-être quelqu’un d’humain est là?" Fin de l'extrait.
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Abdelwahab Meddeb: "Le visage couvert est retiré de la circulation urbaine comme de la relation intersubjective ou mystique. Aboli le visage qui est, selon Levinas, "le lieu d’une ouverture infinie
de l’éthique". Le niqab ou la burqa, extension du hidjab, est un crime qui tue la face, barrant l’accès perpétuel à l’autre. c’est un tissu qui transforme les femmes en prison ou en cercueil
mobile, exhibant au cœur de nos cités des fantômes obstruant l’entrée aux vérités invisibles du visible". Fin des extraits de textes proposés par des intervenants arabes.
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Sur RTL [le 10 10 2009] Elisabeth Badinter.
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Extraits:
Dit avec des mots disant son horreur, ce qu’elle pense de l’uniforme préféré des talibans: "une prison pour les femmes" et un signe de "discrimination féminine", n’hésitant pas, sur une question du
journaliste, à affirmer, tranquillement et avec force, que la lutte contre la burqa et la lutte contre le voile c’était la même chose.
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’’porter le voile, c’est non seulement un signe terrible d’incivilité, mais aussi d’impolitesse", puisque c’est, forcément, ne pas faire ce qu’exige "le respect minimum de l’autre, à savoir lui
montrer son visage" et elle a pris l’exemple des accompagnatrices voilées de sorties scolaires, qui constituent "un exemple inacceptable donné aux enfants", mais c’est aussi refuser l’intégration
car "nous avons un devoir, celui d’enseigner à ceux qui viennent vivre dans notre pays non seulement la langue mais aussi ses valeurs".
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"c’est elles qui s’excluent!", rappelant que nous étions là pour donner à nos enfants le signe de NOS valeurs et que vouloir devenir Français, c’est, obligatoirement, vouloir CES valeurs… parce que
l’on ne peut pas avoir rejeté, il y a quelques années, le spectacle des Afghanes voilées, "cette horreur" et "laisser ÇA s’installer en France."
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''l’injustice, c’est la prison réservée aux femmes; la discrimination c’est celle qui oblige un des sexes à se cacher; la démocratie c’est préserver l’héritage des lumières; la liberté individuelle
c’est celle de ne pas imposer à quiconque la vue d’une stigmatisation, fût-elle politique, religieuse ou philosophique''.
Fin des extraits.
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La laïcité n'est pas le sujet:
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Les voiles ont à voir avec le patriarcat, une idéologie qui fait des femmes un bétail dont l’homme [quelques petits mâles] se décrètent propriétaires, cela n’a rien à voir avec la Laïcité.
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Non pas ’’les hommes de bonne volonté’’, mais ’’toutes les personnes de bonne volonté’’ sont capable de le comprendre.
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Le déni d'éducation:
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C'est celui du monde à l'envers ou le déni de la liberté de choisir où de celui d'être en faculté de faire un choix.
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Ce sont les mêmes ''personnes'' qui parlent de liberté de conscience qui sont les premières à ne pas respecter pas la liberté de conscience, l'intégrité morale des enfants.
Enfants dont le cerveau est en formation prédestiné à croire ne sont pas en mesure de choisir.
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Les enfants font confiance surtout si l'adulte est un peu vieux et sont prêts à croire tout ce qu'il leur dit.
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Respecter les enfants c'est les aider à apprendre non pas quoi penser mais comment penser.

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L'ALIÉNATION (de); et du dogmatisme...

Citation: Le terme aliénation, à l'origine terme juridique, servira par la suite à désigner la dépossession de l'individu et sa perte de maitrise de ses forces propres au profit de puissances
supérieures, que celles-ci s'exercent à un niveau individuel (aliénation mentale) ou social (aliénation …
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Cela correspond à un trouble mental grave, qui fait perdre la conscience de son identité propre. Le conditionnement pratiqué dans les sectes peut y mener, temporairement ou durablement, l'adepte.
Fin des citations.
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C'est pour toutes ces raisons que FREUD s'élevait et démontrait l'aberration d'endoctriner les enfants dans la religion.
J'ajoute pour ma part que cela vaut pour toutes idéologies.
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Effacer l'esprit de secte:
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Seules les idéologies critiquées [dont les religions], justement parce qu'elles ont fait l'objet d'analyses critiques démontrant que ce sont des philosophies qui matérialise la volonté de
domination.
La conséquence est forcément l'effacement du dogmatisme philosophique [donc aussi des religions] .
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Simple bon sens:
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Ne jamais oublier que la superstition la plus répandue c'est de croire que l'on à besoin de la religion pour avoir un comportement moral.
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Crab.
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Le relativisme culturel:
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Citation: La négociation, ce n'est pas l'éthique de la discussion. C'est le retour du rapport de forces. On négocie jusqu'à quand? Jusqu'au moment où le plus obstiné impose sa loi.
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Il est très important de réaffirmer un certain nombre de principes, d'autant plus qu'on ne peut pas constamment s'aveugler sur la contradiction qui existe entre l'égalité des individus et
l'équivalence des cultures. Il y a un moment où l'équivalence des cultures entre en conflit avec l'égalité des individus. Alain Finkielkraut.
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L'éducation:
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Suivant les propos d’une intervenante : Justifier le port du voile « volontaire » en en proposant l’argument fallacieux, je cite ou résume : ''Que chacun de nous est le produit
de l’éducation qu’il a reçut des ses parents...''.
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C’est faire la confusion entre éducation et endoctrinement.
C’est faire la confusion entre information et désinformation.
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L’éducation, ce n’est pas endoctriner ou désinformer.
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Recourir à ce type d’argument « chacun est le produit de son éducation », dans ce cas, sur notre sol ; pourquoi ne pas accepter, le mariage forcé, l’excision, la polygamie,
l’enfermement de la femme dans le foyer conjugal ?
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Le relativisme culturel conduit systématiquement à nier l’identité de la femme, conduit à lui refuser l’autonomie et la liberté pour d’une manière ou d’une autre tenter de l’assujettir à
l’idéologie.
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Je persiste et signe une fois de plus pour soutenir le principe d’une loi interdisant le port du voile islamique sur notre territoire.
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Une loi antisexiste est exigible au même titre que l’ont été les lois antiracistes bienvenues promulguées dans un passé récent.
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Crab.
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Notes:
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Dans le coran une sourate intitulée "Le voile", c'est la sourate LXXXVIII (88), mais il ne s'agit pas du voile en tant qu'attribut spécifiquement féminin. Il s'agit du voile imagé qui recouvre les
yeux des non-musulmans et les empêche de voir la "vérité" apportée par l'islam.
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La sourate XIX (19), Marie, dit aux versets 16 et 17 :
16. Parle dans le coran de Marie, comme elle se retira de sa famille et alla du côté de l'est du temple.
17. Elle se couvrit d'un voile qui la déroba à leurs regards.
Donc le voile "dérobe aux regards" dans cette sourate, là encore n'a aucun caractère de commandement divin. (1)
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(1)Ce qui n'enlève rien à la phallocratie dominante dans cet ensemble de textes rédigés par des hommes qui n'avaient pas d'autres objectifs que celui de codifier pour asseoir la suprématie de
l'homme sur la femme. Crab.


sharky 01/01/2010 11:36


Bonne année les amis!
Ca commence sous d'excellents hospices (les bonnes résolutions 2010?). C'est le meilleur article publié sur ce blog, du sens, du fond, de la responsabilité, de la clairvoyance, un argu construit et
constructif...et c'est ça que les Français attendent d'un parti d'opposition.
J'arrête je vais griller Clement!

Bassement politiquement, je me rassure, entre ce que dit et propose justement un militant "éclairé" et responsable et ce qui se pratique dans le panier de crabe PS, il reste un Monde