La Biélorussie, simulacre de démocratie

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

                Environ 7 millions d’électeurs biélorusses étaient appelés à voter ce dimanche 19 décembre, lors de l’élection présidentielle. Une « élection » sans suspense, à l’issue de laquelle le « président » sortant Alexandre Loukachenko s’est vu accorder un quatrième mandat de cinq ans, après avoir été élu démocratiquement en 1994 puis réélu en 2001 et 2006 lors d’élections entachées de fraudes massives.

 

                Ce pays, qualifié de « dernière dictature d’Europe » par George W. Bush, est largement isolé sur la scène internationale, comme en témoignent ses relations difficiles avec la Russie. Auparavant alliés, les deux pays s’affrontent dans un conflit énergétique qui dure. D’un côté, la Russie demande le remboursement par la Biélorussie de sa dette correspondant aux livraisons de gaz russe effectuées ; et de l’autre, Minsk exige de Moscou le paiement de droits de transit pour le passage de ce gaz vers l’Europe.

                A cela s’ajoute la volonté de Loukachenko d’empêcher que les entreprises russes ne participent aux privatisations dans le pays, alors qu’il s’agit, comme l’explique Arnaud Dubien, chercheur à l’IRIS, d’un des objectifs principaux de la Russie dans les pays de l’ex-URSS, c’est-à-dire s’assurer le contrôle d’actifs stratégiques, notamment énergétiques.

                De plus, le Kremlin n’a pas apprécié la non-reconnaissance par la Biélorussie de l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, régions autonomes de Géorgie seulement reconnues par la Russie et quelques autres pays. Elle avait pourtant promis de le faire, en échange de l’aide économique de la Russie. Aujourd’hui, Loukachenko, dont les relations avec Vladimir Poutine sont notoirement exécrables, dit n’avoir jamais formulé une telle promesse.

                Tout cela constitue les bases d’un différend durable entre les deux pays, même si la Russie veut à tout prix éviter que se produise en Biélorussie une révolution « orange » similaire aux évènements ukrainiens de 2004.

 

                Outre la Russie, le régime de Loukachenko entretient des relations tendues avec les Etats-Unis et l’Union Européenne, qui ont interdit Loukachenko de séjour sur leurs territoires respectifs depuis 2002. Cependant, ces mesures ne semblent pas pouvoir faire évoluer le président biélorusse, qui n’a consenti que quelques gestes d’ouverture (la possibilité pour des candidats de l’opposition de se présenter, ainsi que l’acceptation de la présence d’observateurs internationaux lors du dépouillement) sans portée réelle.

                L’Union Européenne a toutefois promis à la Biélorussie une aide financière de trois milliards d’euros si une élection « libre et démocratique » se tenait enfin, afin de favoriser une transition démocratique. Mais la volonté politique pour un tel changement manque évidemment à Minsk, car cela signifierait pour Loukachenko la perte de son pouvoir.

 

                Ce pouvoir se caractérise par son autoritarisme, résultat d’une évolution constante depuis la prise de fonctions du président nouvellement élu le 20 juillet 1994. Les associations et les syndicats ont ainsi été progressivement muselés, les médias contrôlés, l’opposition marginalisée.

                Un exemple de cette domination croissante a été le référendum de novembre 1996, organisé en violation de la loi électorale, et qui a prolongé le mandat de Loukachenko de deux ans, avec en outre un accroissement de ses pouvoirs. Le président était alors au sommet de son pouvoir, comme en témoignent les rumeurs de l’époque faisant état d’une possible union entre la Russie et la Biélorussie, union dont le président aurait été Loukachenko.

                Mais depuis, ses soutiens ont évolué, et se trouvent aujourd’hui principalement dans les régions rurales et provinciales, alors que la contestation s’amplifie dans les grandes villes comme Gomel, Vitebsk ou Grodno, ainsi que parmi la jeunesse. La Russie, dans le même temps, soutient discrètement certains membres de l’opposition, comme Vladimir Nekliaiev, blessé lors de la répression des manifestations postélectorales de dimanche.

 

                Dimanche, Loukachenko a en effet, sans surprise, remporté le scrutin, avec plus de 80% des suffrages exprimés. Les résultats se sont suivis d’une manifestation d’une ampleur exceptionnelle, contre le régime en place, qui a entraîné l’intervention de la police anti-émeutes. Cette dernière a repoussé les manifestants à coups de boucliers et de matraques, avant de procéder à des dizaines d’arrestations. Les forces d’opposition craignent que ces arrestations n’aient pour conséquence un grand retour en arrière, avec une opposition éparpillée, entre prison et clandestinité.

 

David Guilbaud

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David Guilbaud 22/12/2010 22:06


Bonjour,

Merci de votre commentaire. En quoi conditionner l'octroi des aides de l'UE à l'évolution d'un régime autoritaire et corrompu vers un régime démocratique contredirait-il les idées socialistes,
sachant qu'en l'état actuel des choses la quasi-totalité des aides qui seraient versées à Minsk ne serviraient qu'à renforcer le pouvoir en place?


BEAUR Fabrice 21/12/2010 16:57


Des "socialistes" ça ? La politique que l'Ue veut imposer à Minsk c'est vrai est celle de Strauss Kahn .. euh du FMI .. euh du PS ...