La gauche allemande est en train de se refaire

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Il y a cinq mois, le parti social-démocrate allemand (SPD) subissait lors des élections du 27 septembre 2009 la plus grande défaite depuis la fondation de la République Fédérale d’Allemagne en 1949. Avec 23% des votes, encore 5,8% de moins qu’en 1953, et avec seulement 9,9 millions des électeurs contre 21,5 millions en 1998 c’était le point tournant de la social-démocratie allemande, mais aussi de toute la gauche allemande.

 

Une réforme structurelle du parti social-démocrate allemand

 

Au congrès de la SPD à Dresde, début novembre 2009, le parti changeait de président. Investi avec un résultat vraiment socialiste de 94,2%, l’élection de Sigmar Gabriel met fin à l’ère Schröder. Avec un discours émouvant et tranchant il a su convaincre les délégués qu’il serait celui qui incarnerait le début d’une nouvelle période

(discours en allemand : http://www.youtube.com/watch?v=Xwa-g_XjpTg). Quelques semaines avant, Gabriel avait déclaré dans une lettre adressée aux membres de la SPD qu’il mettrait fin aux processus de décision qui vont de haut en bas. Sa volonté de réformer le processus de formation de la volonté politique à l’intérieur du parti en introduisant des votes de la base et d’autres formes d’intervention directe des membres simples fut le signal de départ pour une discussion sur une réforme de toute la structure du parti qui s’est engagée depuis. Ses propos étaient la raison des nombreuses propositions, il faudra maintenant que chaque membre veille à ce qu’il tienne ses promesses. C’est la fin de la «politique basta».

 

Peut-être la fin des hostilités entre Lafontaine et Schröder

 

Peu avant le congrès de Dresde, en octobre 2009, Oskar Lafontaine renonça à toute position au niveau fédéral dans le parti «Die Linke» (Parti de Gauche allemand). Lafontaine qui souffre d’un cancer déclarait il y a quelques jours qu’il ne se représenterait pas comme futur président de «Die Linke » lors du congrès à Rostock qui se déroulera en mai 2010. Le parti qui lui doit une grande partie de son succès, doit se recomposer sans lui. Pour la gauche allemande ceci met fin à une querelle qui dure depuis 1999, quand Lafontaine quitta le gouvernement Schröder suite à des querelles lors desquelles il dénonçait la politique trop néolibérale de ce gouvernement, qui s’était ensuite manifestée dans l’idée du «troisième voie» et dans les réformes «Hartz». Lafontaine, en 2005, quittait la SPD et participait à la fondation du nouveau parti «Die Linke», composé des anciens sociaux-démocrates et des néo-communistes de la PDS, dont il devenait un des deux présidents. Aujourd’hui, les médias allemands parlent d’une possible réconciliation de Lafontaine et Schröder. Suite à des vœux de bon rétablissement de la part de Doris Schröder-Köpf, la femme de l’ancien chancelier Schröder, Lafontaine s’est déclaré favorable à un entretien avec Schröder pour «en parler». Dans l’entourage de Schröder, on pouvait entendre que celui-ci «y réfléchit». Une réconciliation des deux grands hommes de la gauche allemande de ces vingt dernières années sera un symbole très fort ; beaucoup des reproches des dernières années ne concernaient plus la politique, mais les personnages. En démontrant que les querelles personnelles ne doivent pas empêcher la réconciliation, ni arrêter la voie progressiste, les deux hommes peuvent donner un nouvel élan à la gauche allemande.

 

La politique du clientélisme nuit gravement à la droite

 

La coalition bourgeoise-néolibérale, qui a pris le pouvoir en septembre 2009, a toute suite commencé à se lancer dans le clientélisme. C’est notamment la baisse du TVA pour l’hôtellerie de 19 à 7% suite à un don d’un million de la part d’un hôtelier, qui cause des problèmes. Cette mesure, toute de suite dénoncée par les médias, est très mal accueillie par la population, les sondages en témoignent. Et ce sont les sondages qui font peur, car dans trois mois auront lieu les élections en Rhénanie-Du-Nord-Westphalie. Les élections dans ce Land, qui est pour l’instant gouverné par une coalition conservateur-libéral comme au niveau fédéral, sont de loin les élections les plus importantes après les élections nationales et devancent même les élections européennes. Les chefs des partis conservateur (CDU) Rüttgers et libéral (FDP) Pinkwart en Rhénanie-Du-Nord-Westphalie ont alors dénoncé ce week-end la baisse de la TVA pour l’hôtellerie de peur de perdre les élections, mesure qu’ils ont eux-mêmes voté au sein du Bundesrat il y a quelques semaines. Espérons dont que la population n’acceptera pas de telles hypocrisies et qu’elle fera payer cher les dirigeants de la droite allemand le 09 mai 2010 en Rhénanie-Du-Nord-Westphalie. Une victoire de la gauche le 09 mai pourrait être le premier grand obstacle qui barrera la route au démantèlement définitif de l’état-providence par le gouvernement Merkel. (voir mon article sur la majorité dans le Bundesrat d’octobre 2009).

 

Martin A.

Publié dans Europe

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le début de la censure... 09/02/2010 10:47


La censure sur Internet a commencé.

http://www.nosdeputes.fr/amendement/29644

http://www.logiciel.net/la-loppsi-interdit-le-sadomasochisme-en-france-5020.htm

Si le gouvernement commence à interdire des contenus légaux au prétexte qu'ils peuvent choquer une partie de la population, que va t'on interdire ensuite sur et en dehors d'Internet ?