La République laïque doit permettre à tous les cultes de s’exprimer librement

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po


            Vendredi 10 décembre, Marine Le Pen s’est à nouveau montrée digne de la confiance de son père, en tenant des propos assimilant les prières en pleine rue de fidèles musulmans dans le quartier de la Goutte-d’Or à Paris à une « occupation ». Elle a ensuite réitéré ces propos lundi 13 décembre, les qualifiant de « banale constatation d’une réalité physique et juridique ». Derrière le masque de pseudo-valeurs de la République, les propos de Marine Le Pen ne traduisent en fait qu’un racisme pathologique qui s’accompagne d’une rhétorique liberticide et dangereuse. Cette xénophobie habituelle qui atteint aujourd’hui des sommets affligeants au sein de l’extrême droite ne doit cependant pas nous faire oublier les questions réelles qui se posent à nous.

 

            La situation actuelle a en effet des fondements bien plus complexes que ceux posés par les positions hystériques et caricaturales du Front National. La véritable question qui se pose aujourd’hui est celle du libre exercice des cultes au sein de la République. En effet, trop souvent, les personnes de religion musulmane ne disposent pas des installations adéquates pour pratiquer leur culte dans la dignité. Il s’agit, comme l’a souligné le 16 décembre Sandrine Mazetier, Secrétaire nationale du PS à l’immigration, d’un problème récurrent en France, où il n’y a pas d’égalité de fait entre les cultes, et où les situations varient selon les lieux et les élus.

 

            Il importe également d’être vigilant face au danger de la stigmatisation et de l’amalgame qui sous-tend le débat sur ces questions. Il ne faut notamment pas confondre Islam et immigration, qui sont deux problématiques complètement distinctes. L’Islam n’a pas surgi de nulle part, comme voudrait nous le faire croire l’extrême droite, qui veut le faire passer pour une menace, dans le seul but de légitimer sa propagande intégriste et xénophobe qui ne se nourrit que  de l’exacerbation des peurs, du populisme et du besoin perpétuel de désigner un bouc émissaire, un ennemi intérieur qu’il faudrait exterminer. Il existe des Français de confession musulmane depuis plus d’un siècle, et rien ne peut justifier la stigmatisation honteuse que l’extrême-droite leur fait subir, au nom d’un obscurantisme qui ne dit pas son nom. La religion n’est pas un problème, qu’il s’agisse du Christianisme, de l’Islam ou d’autres ; le problème est celui de l’acceptation des différences et de l’enrichissement mutuel que représentent des cultures diverses, qu’il s’agisse de différences religieuses ou non.

 

            Il ne faut pas non plus tomber dans le piège que nous tend l’UMP, qui agite les peurs primaires et les sentiments xénophobes pour masquer son échec patent dans tous les secteurs, de l’économie aux sujets sociaux en passant par la question de l’insécurité. Le parti majoritaire cherche en fait à s’assurer le soutien d’une part fondamentale de son électorat de 2007 dans la perspective de l’élection présidentielle de 2012, en caricaturant à la fois les personnes de confessions musulmanes et les positions des partis de gauche. Le vrai problème qui n’est pas assez souvent mis en avant aujourd’hui est celui de l’exploitation partisane, électoraliste et cynique, de la part d’un parti de gouvernement, de questions sociales qui sont trop importantes pour être manipulées ainsi.

 

            Loin d’être en retrait sur ces questions, le Parti Socialiste cherche à dépasser les caricatures et les discours volontairement simplistes, et refuse de participer à la surenchère intégriste de l’UMP dans les médias. Le groupe socialiste a ainsi organisé deux tables rondes à l’AN le 14 décembre sur la question de la laïcité ; il est en effet essentiel de renouveler sans cesse le débat sur ces questions. Julien Dray a ainsi jugé très justement que le nombre des lieux de culte musulmans en France n’était pas assez élevé. Comme l’a souligné Ségolène Royal, la laïcité s’accompagne, dans la Constitution, de la liberté d’exercice du culte, ce qui implique que les personnes ayant des convictions religieuses doivent pouvoir les exprimer de façon digne dans des lieux qui soient adaptés.

 

            Il importe donc de détourner les yeux du terrorisme intellectuel que pratique l’extrême droite dans le but de nous aveugler et de faire prévaloir les émotions et les réactions primaires sur une réflexion nécessaire face à des questions qui sont aujourd’hui importantes, mais qui ne sauraient occuper l’ensemble du débat politique. Il nous faut refuser de participer à cette surenchère de mots hypocrites et opportunistes pour choisir de construire sereinement, en concertation avec tous les acteurs concernés, des solutions à ces questions qui n’ont rien d’une fatalité et qui doivent au contraire nous permettre d’illustrer la vitalité de notre démocratie et de notre dialogue social.

 

David Guilbaud

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Simon Duplessis 03/01/2011 22:09


Le vrai problème ; c'est l'immigration massive musulmane inassimilable. En fait, ce sont les musulmans qui sont en train d'assimiler les petits gars de science po et ce sont vos ainés, politicards
sionistes de tout bord, qui sont les responsables de tout cela.


FRAYSSE Michel 17/12/2010 18:52


Bonne analyse: Sc. Po. oblige !!
Passé par le PS mais sorti en Urgence avec JLM (+ J. Généreux et M. DOLEZ entre autres) pour conduire un combat socialiste posant alternative !! Le PG avec la construction du FdG vont dans ce
cadre.
NdD, "PS de Jaurès, réveille toi" !!