La voiture de demain, mythe ou réalité ?

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po


Après de longs débats sur la disparition programmée du pétrole et à la suite d’une prise de conscience collective des enjeux environnementaux, plusieurs actualités récentes ont relancé le véhicule du futur.

A l’occasion du salon de l’automobile de Francfort, les constructeurs français ont annoncé un ambitieux programme de renouvèlement des technologies automobiles.

Renault a dévoilé la mise en production commerciale d’ici à 2012 de trois véhicules électriques. PSA s’est engagé dans une voie quelque peu différente. Plutôt que de miser entièrement sur un véhicule électrique, Peugeot et Citroën travaillent sur la voiture hybride-diesel.

La Commission sur le grand emprunt a rendu son rapport jeudi 19 novembre. Selon ses membres, la France devrait investir d’ici à 2015 près de 3 milliards d’euros à « l’invention de la mobilité du futur ». 2 milliards d’euros seront consacrés aux programmes aéronautiques et spatiaux, notamment au projet Ariane 6. 1 milliard d’euros est destiné à « préparer le véhicule du futur ». Ces crédits seront versés à l’Agence pour les énergies renouvelables et concerneront les batteries, prototypes et matériaux innovants.

L’industrie automobile française se situe à un tournant. Elle est actuellement orientée vers les véhicules de tailles petite et moyenne. La reprise de l’économie française est due à une forte augmentation des ventes de ce type de véhicule, aussi bien en France, qu’à l’international. C’est un atout majeur.

Les fabricants français sont néanmoins fortement concurrencés par leurs homologues asiatiques. Toyota et Hyundai proposent depuis plusieurs années des véhicules hybrides électrique/essence de taille moyenne. Les prix de ces véhicules sont actuellement élevés et avoisinent les 25 000 euros. A prix égal, le consommateur français et européen peut aujourd’hui acheter des voitures de type « familiale ».

D’ici à quelques années, une fois que les coûts fixes auront été amortis, les fabricants asiatiques pourront diminuer le prix de ces modèles et se rapprocher des 15 000 euros. A ce moment là, les constructeurs français seront en difficulté. Le consommateur moyen hexagonal recherche, en effet, des véhicules économes et écologiques, à condition qu’ils soient abordables.

Il était donc urgent que constructeurs et pouvoirs publics réagissent afin de ne pas perdre de nouveaux segments de marché et d’affaiblir plus encore le potentiel de croissance de l’économie française.


Pour autant, plusieurs questions restent en suspens.

Tout d’abord, il convient de noter que l’autonomie des véhicules proposés n’excède pas les 150 kilomètres. Certains estiment que cette autonomie est suffisante pour un usage urbain. C’est probablement négliger la pénibilité d’un tel véhicule à l’usage.

Si la technologie des batteries a fortement évolué depuis 1991, l’autonomie des prototypes n’a pas véritablement progressé.

Le milliard d’euros du grand emprunt constitue donc une opportunité intéressante dans la mesure où les aides d’Etat à la recherche et au développement sont autorisés par le Traité communautaire.

La seconde limite tient au nombre nécessairement limité de points de ravitaillement et à la durée de cette procédure. Comment, en effet, inciter les stations-service à se doter de tels équipements alors qu’elles sont gérées par de grandes firmes pétrolières ?

La troisième limite tient au coût de tels véhicules. Si les constructeurs annoncent des « prix abordables », il ne faut pas négliger que l’apparition de véhicules turbo-diesel avait été suivie d’une hausse de 5 à 15% des tarifs par rapport aux même modèles en essence. Qu’en sera-t-il des véhicules électriques ou hybrides ? Pourront-ils tenir la comparaison financière par rapport aux constructeurs asiatiques qui auront amorti leurs coûts de développement ?

Seule une garantie forte de l’Etat, des collectivités territoriales et des entreprises publiques permettra de dépasser le coût de la barrière à l’entrée. Des appels d’offre via l’UGAP prévoyant des véhicules électriques ou hybrides devraient permettre « d’acheter français » et de soutenir ainsi fortement les industriels sans verser dans de l’aide abusive d’Etat.

Dans ce cas seulement, la France aura réussi son pari environnemental : rouler plus propre, diminuer la dépendance énergétique des transports et augmenter le potentiel de croissance de l’économie française.

Rémi T.

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Val 30/11/2009 21:36


La voiture de demain, c'est AutoLib' ! ;)