Les comptes publics entre de bonnes mains

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

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Un expert champion du compromis


Ses camarades n’en disent que du bien. Ses adversaires aussi. Voila un curieux personnage qui charme autant d’un côté que de l’autre. Christine Lagarde s’est montrée dithyrambique à son sujet en qualifiant sa nomination de « formidable ». Député de l’Isère depuis 1988 et proche de Laurent Fabius, il n’a pourtant jamais renoncé à sa qualité d’opposant et s’est notamment montré particulièrement critique vis-à-vis des réformes fiscales menées par le gouvernement. Mais il reste avant tout un homme d’Etat attaché au bon fonctionnement des institutions et à la recherche du compromis. En deux ans et demi de présidence de la commission des finances, le père de la LOLF (2001) a su démontrer sa capacité à négocier avec l’UMP pour faire avancer certains dossiers, certes plus techniques que politiques, dans le but d’améliorer les instances et les modalités de contrôle des finances publiques. Il a, en outre, connu son heure de gloire en 2008 en président la commission parlementaire qui avait auditionné Bernard Tapie devant les caméras. Sa nomination à la tête de la Cour des Comptes, constitue donc la consécration de nombreuses années de travail en faveur des finances de l’Etat.


Deux défis : indépendance et réforme interne


En quelques années, Philippe Séguin avait réussi à sortir de l’ombre cette institution. De simple commissaire aux comptes, la Cour des Comptes était devenue un véritable expert des finances public. A tel point que son président n’hésitait plus à afficher son désaccord avec le gouvernement sur certains sujets sensibles tels que le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux ou la baisse de la TVA dans la restauration. La nomination d’une personnalité de l’opposition aussi respectée par ses pairs du parlement ne devrait que renforcer l’indépendance de la Cour et conforter ses attributs : juger, certifier, évaluer et contrôler.

Plusieurs chantiers attendent son nouveau Président, notamment la lourde réforme de la Cour des Comptes. Celle-ci a déjà débuté et prévoit notamment la suppression des Cours des Comptes régionales ainsi qu’une réorganisation interne de l’institution. Didier Migaud devra user de tout son talent pour maintenir, malgré une réforme centralisatrice, la pression sur les collectivités les plus endettées.

Certaines présentent en effet des bilans plus qu’inquiétants : la commune de Levallois-Perret dirigée par Patrick Balkany détient ainsi la palme de l’endettement en métropole. Par habitant il y atteignait plus de 9000€ fin 2008 (source : Bercy colloc), soit près de cinq fois la moyenne des villes de taille similaire. De la réussite de la réforme dépendra l’avenir des finances locales. Si elle échoue, certaines collectivités, voyant le risque de mise sous tutelle s’éloigner, pourraient connaître de lourdes dérives financières.


Pourquoi choisir un tel opposant ?


Expert des finances publiques, il est clair que Didier Migaud n’hésitera pas à afficher ses désaccords avec le gouvernement quand il jugera que les finances publiques sont menacées. Alors pourquoi choisir un opposant qui donnera du fil à retordre au gouvernement ?

En premier lieu, la nomination du Président de la Cour des Comptes s’est faite en même temps que le renouvellement de trois membres du conseil constitutionnel, dont un doit être issu de l’opposition. Or Nicolas Sarkozy a choisi Michel Charasse, ancien lieutenant de Mitterrand, mais qui avait appelé à voter pour l’actuel Président en 2007 et ne siège même plus sur les bancs du PS au Sénat. La nomination de Didier Migaud a ainsi permis de relayer cette autre nomination au second plan. Une aubaine puisque le Conseil Constitutionnel a refusé de très nombreuses lois depuis 2007, la dernière en date étant la loi relative à la taxe Carbone.

Par ailleurs, il faut peut être y voir un acte dirigé contre l’UMP. Depuis quelques temps les troupes ne semblent plus si soudées derrière Nicolas Sarkozy et les désaccords ont même tendance à se multiplier. Jean-François Copé qui, à l’instar d’Iznogoud s’imagine déjà à la place du Calife, ne fait rien pour freiner les critiques. Dès lors, cette ouverture peut être vue comme une manière de sermonner la majorité, de montrer que le Président ne dépend pas du parti, mais que le parti a en revanche besoin de lui.


Le PS peut néanmoins se réjouir. Il dispose désormais de deux personnalités de premier plan dans le domaine économique : Dominique Strauss Kahn au FMI et Didier Migaud à la Cour des Comptes. Avec deux experts chargés de réformer leurs institutions respectives en profondeur et d’assainir les finances des Etats, la PS prouve une nouvelle fois sa capacité à gérer les finances que ce soit au niveau local, national ou international.

Arnaud L.

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