Martin Hirsch à Sciences Po: Impressions

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Martin Hirsch était il y a deux semaines à Sciences Po, dans le cadre du cycle de conférence Grands Témoins de l’action publique. Il nous a ainsi raconté sa vie avant de nous parler de son action. La biographie a été longue, avec un sentiment qu’il fallait justifier ses actions par ce que l’on est. Mais il est vrai que la vie de Martin Hirsch aide beaucoup à comprendre son action. Il n’a jamais su ce qu’il voulait devenir (sauf psychanalyste à 18 ans) : il a donc étudié la médecine, avant de rentrer à l’ENS en biologie, puis il a passé l’ENA. Il nous explique avec insistance qu’il a gardé de ses aventures scientifiques (il a été chercheur pendant un an en neurobiologie) la rigueur du raisonnement et la nécessité de l’expérience pour prouver toute idée. Combattre la pauvreté nécessite un côté humain, mais aussi un côté technique. C’est important pour lui de pouvoir expérimenter à petite échelle ses solutions, avec un groupe qui profite de sa mesure et un groupe qui n’en profite pas. On trouve des résultats, on les évalue et on juge si la mesure présente ainsi un intérêt ou pas. De la même façon qu’on donne des médicaments à un groupe de personnes souffrantes et un placebo à un autre groupe.
Au détour d’une phrase, il donne sa règle de vie : partager son temps entre les gens en difficulté et les gens au pouvoir, pour ne jamais être enfermé dans un seul monde. Et c’est là qu’apparaît la personnalité singulière de Martin Hirsch. Contrairement à la majorité de la classe politique, on ne peut pas lui reprocher d’être déconnecté de la réalité. La pauvreté, il l’a observée, les gens en difficulté, il a travaillé avec eux. Le terrain il sait ce que c’est, et il nous le prouve avec des anecdotes amusantes. Ainsi un ministre de la famille qui vient d’apprendre qu’il y a en France un million d’enfants pauvres, appelle M. Hirsch, pour lui demander d’une voix émue s’il veut bien lancer une action avec le gouvernement : un cadeau pour chaque enfant pauvre à Noël.
Martin Hirsch nous a également exposé la complexité des politiques de lutte contre la pauvreté : personne n’est d’accord entre les syndicats, les associations, les départements… Et il en a tiré une méthode de mise en place de ses politiques : l’expérimentation sur de petits territoires, avec des comités de personnes directement concernées par le dispositif. Impossible de critiquer le RSA, nous dit-il, en avançant que les pauvres n’ont pas besoin de ça, puisque c’est eux-mêmes qui l’ont choisi.
Et il conclut son discours par une remarque intéressante : la solution aujourd’hui n’est plus dans les décrets et les règlements, car l’Etat n’est plus tout puissant depuis un moment. La solution est dans le changement des organisations et leur impact sur les comportements des divers acteurs, et c’est une chose qui ne peut se décréter a priori.
 
Le discours de Martin Hirsch est séduisant. Contrairement à toute une classe politique, il ne fait pas de grandes promesses, il ne parle pas de grands idéaux et de valeurs, il ne fait pas rêver à des choses qui n’arriveront jamais. Il expose clairement les problèmes qu’il a observés, les solutions qu’il a trouvées et la méthode qu’il a mise en œuvre. C’est séduisant parce que le clivage politique n’existe pas plus que le conflit d’idée. Le RSA nous a-t-il dit, n’est pas asexué, mais hermaphrodite, c’est-à-dire qu’il mélange solutions de gauche et des solutions de droite. Martin Hirsch a vu la pauvreté, il a analysé les problèmes du quotidien et a proposé des solutions adéquates. C’est logique. C’est scientifique. C’est rassurant.
 
Il me semble cependant que le raisonnement de Martin Hirsch sur le RSA fait l’impasse selon moi sur un point crucial. Il s’est rendu compte que des gens qui travaillaient ne gagnaient pas suffisamment pour survivre, et que pour les aider il fallait mettre en place un complément de revenu. Mais s’est-il demandé pourquoi il existe des gens qui travaillent moins de quinze heures par semaine et qui ne peuvent pas gagner leur vie grâce à leur travail ?
Martin Hirsch est un pragmatique. Beaucoup feront remarquer que lui, au moins, il a obtenu des résultats en concrétisant une idée. Je ne le nie pas, et son travail est louable dans bien des aspects. Mais alors, quelle doit être notre ambition en tant qu’individu, en tant que citoyen-ne, en tant que militant-e et peut être en tant que futur-e élu-e ? Chercher des solutions pour améliorer la vie des gens, ou chercher des solutions pour améliorer la société ? La deuxième option est-elle encore envisageable aujourd’hui étant donné notre monde complexe et fragmenté ?
A la fin de la conférence, Martin Hirsch a insisté pour que les étudiants conservent leurs utopies pour faire avance le monde. Une de mes utopies est que la politique arrête de boucher les trous d’un bateau qui coule, et propose un véritable projet de société alternatif.

M.P.

Publié dans Point de vue militant

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authueil 26/10/2009 21:13


Es tu bien certain que tous soient d'accord pour qu'un nouveau projet de société se mette en place ? Crois tu que l'Etat a encore le pouvoir de "changer la vie" ?

Personnellement, je ne le pense pas. Et je ne considère pas que cela soit souhaitable. Si des changements se produisent, ils doivent venir de la base. L'Etat est là pour accompagner et éviter que
ça parte en vrille. Mais c'est tout.